"Pour bien informer ses lecteurs, encore faut-il bien s’informer "

 

Réponse à Stéphane Foucart à propos de son article dans LE MONDE en date du vendredi 18 Janvier 2013, «  ces étranges accusations de liens entre M.Séralini et  une secte mystérieuse ».

Vous commencez votre article par un résumé sur l’étude controversée de Gilles Eric Séralini  que vous terminez en disant que « toutes les instances scientifiques qui se sont prononcées contestent les conclusions du biologiste français : EFSA, de même que les agences de sécurité sanitaire française (Anses), allemande, BFR, canadienne (Environnement Canada), australienne et néo-zélandaise (Fsanz)ou le Haut conseil des Biotechnologie(HCB) français: toutes ces institutions ont noté des failles expérimentales, des défauts d’interprétation, une  statistique défectueuse. »

 Or vous faites plusieurs erreurs manifestes :

 1/-les missions de ces institutions n’est pas de vérifier la validité d’une étude scientifique ou d’évaluer les articles scientifiques mais de veiller à la sécurité alimentaire et de prévenir les risques sanitaires des nouveaux aliments en demande de commercialisation.

 2/- L’étude de Gilles Eric Séralini n’a pas pour objectif de demander une autorisation de mise sur le marché de quelque produit que ce soit mais de démontrer « que des doses de l’herbicide complet Roundup associé au maïs Génétiquement Modifié NK 603 dans l’alimentation des rats altèrent sévèrement les fonctions mammaire, hépatique et rénale, dépendantes des hormones »

 Se rapporter à l’avis de l’ANSES, du HCB  et d’autres agences quant à la validité de l’étude de Gilles-Eric Séralini, c’est mal connaitre les rôles des agences, des laboratoires et des revues scientifiques.

 J’ai écouté pendant 4 heures la retransmission des auditions de Gilles-Eric  Séralini organisée parl’OPECST, l’Office Parlementaire d’Etude des Choix Scientifiques et Technologiques, lundi 19 novembre 2012, « qui avait pour objectif de tirer les leçons du traitement de l’étude de Gilles Eric Seralini sur les OGM » ainsi que celle organisée par la Commission des affaires sociales de l’assemblée Nationale le 9 octobre 2012.

 Il est dommage que vous n’ayez pas assisté à ces deux auditions car vous auriez alors entendu rappeler le protocole qui veut qu’une étude scientifique soit vérifiée par les pairs via le comité de lecture d’une revue scientifique, en l’occurrence « Food and Chemical Technologie » et si cette étude est jugée sérieuse et valable, la revue la publie pour la porter à la connaissance de la communauté des scientifiques.

 Ainsi l’étude de Gilles-Eric Séralini a été publiée par une revue scientifique après avoir été analysée pendant 4 mois par un comité d’experts scientifiques. Ce qui veut dire que  l’évaluation positive de cette étude a été faite par les pairs au niveau des revues internationales.

 Que les institutions et les agences aient porté un jugement sur cette étude est une autre histoire !

 Il est dommage que vous n’ayez pas assisté à ces deux auditions car vous auriez alors entendu que des scientifiques, des journalistes, des députés se sont demandés comment ces agences avaient pu évaluer cette étude, alors que le Professeur Gilles Eric Séralini a refusé de leur transmettre les données brutes afin de mettre en valeur le disfonctionnement et la carence de ces agences et institutions qui n’ont jamais eu dans le passé les données brutes des études de MONSANTO et que les autorisations de mise sur le marché ont pourtant été faites.
D’où le titre de son livre «  tous cobbayes ! »  puisque « les effets en amont de la mise sur le marché n’ont pas été détectés », cela veut dire que les effets se feront en aval, c'est-à-dire après avoir été consommés… par les consommateurs !

 Ainsi un débat s’est instauré pour essayer de comprendre d'une part comment ces dit-experts ont-ils pu donner un avis positif et d'autre part comment les agences, en charge de l’évaluation de ces études, ont-elles pu valider, au nom de la science, les autorisations de mise sur le marché de produits de consommation auprès des gouvernements et de l’Europe, et ce depuis plus de 20 ans ! 

 Au vu de cette incertitude quant aux effets, elles auraient  dû ne pas autoriser la commercialisation de ces produits et exiger d’autres études en se référant au principe de précaution qui n’est pas un principe de blocage mais un principe de recherche.

 De plus au cours de ces auditions, des scientifiques sont intervenus pour défendre la validité des conclusions de l’étude de Gilles-Eric Séralini. Il est dommage que vous n’ayez pas entendu  Le professeur Bellé,  expert en biologie cellulaire qui a déclaré que le rapport Bénéfice/Risque des OGM était mal évalué pour les raisons suivantes :

 Après avoir rappelé que tous les OGM sont fabriqués pour être tolérant au Round-UP, c'est-à-dire que les plantes OGM, après avoir été arrosées par cet herbicide, vont l’ingérer dans toutes les cellules de leur organisme et ne pas mourir, à contrario de la mauvaise herbe qui a eu le malheur de pousser à côté, Monsieur Bellé a constaté que lors de la division cellulaire le round up occasionnait des dommages irréversibles.

 Pour mémoire, avant chaque division cellulaire, les gènes doivent être multipliés par deux, puis de là, partir moitié pour moitié dans chaque cellule divisée.A ce niveau de transfert, que Monsieur Bellé nomme le « check-point », une vérification est faite pour savoir si les gènes sont parfaitement identiques. S’il ne le sont pas, la division se bloque, le transfert des gènes est stoppé et un mécanisme de réparation de l’ADN s’enclenche soit pour réparer, soit pour détruire.

Or Monsieur Bellé a constaté qu’après 60 minutes, en présence d’une solution de Roundup la division cellulaire était accélérée et déstabilisait le mécanisme de contrôle  visant à réparer ou à détruire les cellules contenant des aberrations de l’ADN au niveau du « check-point ».

Et de conclure par cette phrase «  le round-Up, par l’accélération de la division cellulaire a une relation avec le cancer génotoxique ». pour votre information cette étude date de 2001...Ce qui veut dire que depuis plus de dix ans, il est avéré que l'herbicide, le plus utilisé de par le monde, a des effets toxiques sur la santé des plantes, des animaux, des êtres humains!

 En tant que citoyenne, j’ai été déstabilisée par ces auditions et je suis étonnée qu’en tant que journaliste  vous n’ayez retenu de cette polémique que les déclarations hâtives et unanimes de ces agences, alors que la communauté scientifique en jugeait autrement.

 Pour conclure, je vous dirais que pour bien informer ses lecteurs, encore faut-il bien s’informer. Et je m’aperçois que moi, travaillant 40 heures par semaine, j’ai pris du temps  sur mon temps libre pour écoutez ces retransmissions,  pour lire le soir des livres parlant de ces sujets complexes et que je ne retrouve pas chez certains professionnels de l’information cet investissement nécessaire et indispensable pour se faire sa propre idée sur la question. Vous semblez bien souvent répéter comme un mantra ce que le nuage médiatique vous insuffle.

Pourtant, travaillant au journal LE MONDE, vous auriez juste à changer de bureau pour rencontrer votre collègue Hervé KEMPF qui a publié en 2003 « La guerre secrète des OGM » et il vous aurait alors raconté ce qui est arrivé en Angleterre en 1998 au docteur Arpad Pustaï, éminent scientifique dénonçant lui aussi les effet toxiques d’une pomme de terre OGM pour vous  expliquez que l’attitude de ces agences d’évaluation qui consiste à décrédibiliser les études scientifiques portant sur les OGM est la même depuis 20 ans dès que l’on essaye de remettre en cause les intérêts de la firme MONSANTO.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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