Le film de Thomas Lacoste "Pays basque et liberté" est un tissu de contre-vérités

Quatre spécialistes de la question basque apportent des réponses argumentées à chacune des allégations des personnes interviewées dans le documentaire de Thomas Lacoste "Pays basque et Liberté" afin de s’opposer à la manipulation des faits et de diffuser au plus grand nombre des informations issues de travaux d’historiens reconnus.

 

Documentaire de Thomas Lacoste

« Pays basque et Liberté, un long chemin vers la paix », 2019

Réponses aux commentaires des intervenants

 

Présentation

Le 27 avril 2020 un documentaire intitulé «Pays basque et liberté, un long chemin vers la paix» (50 minutes) a été diffusé par la chaîne publique FR 3. Ce film a été financé par France Télévision avec la participation de Public Sénat, et soutenu par le Centre national du cinéma et de l'image animée et la région Nouvelle-Aquitaine.

Dirigé par Thomas Lacoste, il reprend l’avis de deux anciens ministres (Pierre Joxe et Christiane Taubira), un ancien président de cour (Serge Portelli), un sénateur du Pays basque français du parti Les Républicains (Max Brisson), le maire centriste de Bayonne (Jean René Etchegaray ), deux professeurs d'Université (Xavier Crettiez et Jean Pierre Massias), Gabriel Mouesca (membre historique d'Iparretarrak) et les membres de l'ETA Eugenio Extebeste (Antton) et Josu Urrutikoetxea (Josu Ternera), entre autres.

Ce documentaire défend la thèse selon laquelle l'ETA mérite d'être reconnu pour ses efforts inlassables en faveur de la paix. Pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité sur son parti pris en faveur de l’organisation terroriste, le titre « Pays basque et liberté » se traduit en basque : « Euskadi Ta Askatasuna », comme l’acronyme d’ETA).

Il interprète le franquisme et la guerre civile espagnole comme des stratégies contre les Basques. Il diffuse des stéréotypes pour attribuer aux Espagnols une antipathie viscérale contre les Basques et frôle le racisme pour disqualifier la démocratie espagnole. Selon plusieurs participants en effet, les Espagnols n’auraient pas été capables de rompre leurs liens avec le régime franquiste. Pourtant, l’Espagne fait partie des démocraties consolidées de l’Union européenne et le Pays Basque, organisé en communauté autonome, est doté depuis quarante ans de très larges compétences et d’un remarquable pouvoir budgétaire.

 

Quatre spécialistes de la question basque apportent des réponses argumentées à chacune des allégations des personnes interviewées dans le documentaire de Thomas Lacoste afin de s’opposer à la manipulation des faits et de diffuser au plus grand nombre des informations issues de travaux d’historiens reconnus.

 

Introduction

Nous répondons dans ce document à chacun des intervenants du film de Thomas Lacoste en exposant non un point de vue, mais les faits dont nous avons connaissance par le biais de lectures de spécialistes espagnols de l’ETA, nombre d’entre eux chercheurs à l’Université du Pays basque.

Nous voulons montrer que le documentaire de Thomas Lacoste diffuse des contre-vérités (par exemple : l’ETA représente le « peuple basque », les franquistes ont été plus violents au Pays basque qu’ailleurs, l’historiographie espagnole ne reconnaît pas que le franquisme fut une dictature, les gouvernements espagnols n’ont jamais voulu négocier avec ETA, les mercenaires du GAL étaient des délinquants espagnols).

Nous voulons aussi faire apparaître des silences inacceptables (rien sur les victimes de l’ETA, rien sur les prisonniers qui ont accepté la voie proposée de réinsertion, rien sur les scissions ou les divisions internes de l’ETA au sujet de la stratégie criminelle, rien sur le fait que les nationalistes basques gouvernent depuis 40 ans).

Certes, une opinion est un jugement personnel qui n’est pas obligatoirement exact, mais nous estimons que le niveau de partialité du documentaire de Thomas Lacoste est une atteinte à l’honneur des victimes de l’ETA. Nous pensons que la célébration des criminels de l’ETA est une humiliation envers les victimes des terroristes et que cela ne doit pas être protégé par la liberté d’expression. La partialité du documentaire est ethique mais aussi epistémologique : l’Histoire a besoin d’historiens.

En tant qu’Européens français et espagnols, nous pensons aussi que le documentaire de Thomas Lacoste reflète un inacceptable mépris envers les Espagnols et la démocratie espagnole.

Nous pensons que les propos tenus dans le documentaire sont un élément d’un rouage bien huilé de marketing idéologique visant à créer un produit nationaliste basque aisément consommable dans la fête et la convivialité. Cette stratégie est le gage donné par les abertzales à l’ETA afin de  lui arracher la liberté de faire de la politique sans le boulet du terrorisme. Parce que l’ETA, en s’arrogeant le droit de condamner arbitrairement à mort, a été un outil de contrôle de son propre camps.

L’abandon des armes par l’ETA est une grande nouvelle, surtout pour ceux qui pendant des années n’ont pu sortir de leur maison sans gardes du corps et pour leurs enfants qui eurent si peur d’être orphelins trop tôt. Mais laisser s’installer la croyance que l’ETA est une page glorieuse de l’histoire de la nation basque, c’est enseigner aux générations futures qu’il est légitime de diviser le monde entre Basques et ennemis des Basques, et que l’élimination, l’exclusion, l’ostracisme, pourraient être des idéaux partagés dans la convivialité et la bonne humeur. Nous sommes au contraire convaincus qu’il est important, pour rendre la cruauté véritablement intolérable, de faire entendre les réflexions des militants de l’ETA qui condamnent leurs actes terroristes.

Nous ouvrons un débat contradictoire fondé sur des sources citées. Elles peuvent être constestées, avec d’autres sources, d’autres faits. Nous partagerons avec nos contradicteurs le projet de donner à chaque citoyen les moyens d’approfondir sa réflexion personnelle.

 

Barbara Loyer , professeure, Université Paris 8

Martin Alonso,, sociologue

Javier Merino, historien

Maite Pagazaurtundua, députée européenne



Juillet 2020

En italique : transcription des propos tenus dans le documentaire

 

Serge Portelli[1]  :

“À partir du moment où on n’a pas une véritable vision historique de la situation, on peut raconter n’importe quoi. Du coup on peut dire, il n’y a pas de conflit, donc il n’y a pas de processus de paix, donc il n’y a pas besoin de négociation, donc il n’y a besoin de rien ! C’est simplement une histoire d’États qui luttent contre des terrorismes ordinaires, et donc il faut simplement que les terroristes soient arrêtés, condamnés, emprisonnés, et ça sera terminé, on n’en parlera plus. Je pense qu’il faut absolument partir de ce point de départ là.  Qu’est-ce que le conflit basque, depuis combien de temps il dure, pourquoi il est né, quelles sont les parties qui s’y sont opposées, quelles ont été les victimes des deux côtés, quels ont été les torts des deux côtés, qu’effectivement on pourra idéologiquement, intellectuellement, entrer dans un vrai processus de paix.”

Réponse 1  

Ouvrir le documentaire par le témoignage d’un (ancien) juge (aujourd’hui avocat) laisse entendre au public que le récit est juste, équilibré comme la justice. Pourtant, ce juge tient un discours partial et militant faisant totalement abstraction de l’historiographie[2], de telle sorte que la déclaration initiale du magistrat dénote une absence d’intérêt pour les sources reconnues et une acceptation sans regard critique d’une des versions en lice, celle du conflit, celle de la catégorie sociale qui a encouragé l’ETA à l’époque et essaie aujourd’hui de justifier ce sombre héritage. 

Il est faux de dire que la lutte contre l’ETA est une lutte contre  le nationalisme basque.

Le mot « conflit » suppose que des forces antagonistes entrent en contact pour s’éliminer mutuellement ou élargir leur pouvoir aux dépens de l’autre. On pourrait considérer que ce fut le cas entre l’ETA et les forces politiques, judiciaires et policières. Toutefois, cet emploi du mot « conflit » a pour obfectif de confondre l’ETA avec le « peuple basque ».

Pourtant, du fait du caractère extrêmement décentralisé du système espagnol, le parti nationaliste basque gouverne la Communauté autonome du Pays basque presque sans interruption depuis 1980. Après 40 années de politique nationaliste basque au nom du peuple basque, il est faux de dire que la lutte contre l’ETA est une lutte contre le nationalisme basque.

Il convient d’entendre ici Serge Portelli non pas comme un juge mais comme un militant de plus. Par exemple, il a participé le 15 février 2020 à une action organisée par l’association nationaliste basque « Euskalmemoria Fundazioa », qui défend les mêmes thèses en Espagne[3].

 

Pierre Joxe[4]

Le Pays basque pour l’opinion française c’est quand même la guerre d’Espagne, Franco. Le Pays basque est un des bastions de la résistance au franquisme, et le Pays est un des terrains d’expérimentation par les armées nazis et fascistes avec le bombardement de Guernica. L’œuvre de Picasso, « Guernica », est entrée dans l’histoire mondiale, dans la culture mondiale par sa puissance évocatrice du massacre des civils en 1937, quand Guernica est à peu près rasée, des centaines de morts, c’est une expérimentation de terreur par l’armée nazie sur le Pays basque, et Guernica est entrée dans l’histoire. Après cela, que s’est-il passé ? Il y a eu un deuxième phénomène inverse, c’est en 1973, longtemps après. Carrero Blanco, dans sa grosse bagnole blindée qui pèse trois tonnes, les Basques ont foutu tellement de dynamite dans le sous-sol de la rue, que sa voiture blindée vole par-dessus les immeubles voisins. Et nous, nous avons applaudi à la mort de Carrero Blanco qui était une des ordures franquistes. Donc, les Basques, ils ont toujours un côté sympathique parce qu’ils avaient été victimes du nazisme, et victimes du franquisme.

Réponse 2

La cruauté de la guerre d’Espagne n’a pas atteint son paroxysme au Pays basque et en Navarre et, sauf dans ses dernières années, la répression franquiste ne s’est pas particulièrement concentrée sur le Pays basque; ce fut plutôt l’inverse, du fait de la base catholique et carliste monarchiste de la population, ainsi que de l’influence des élites basques. Rappelons que le concept d’« hispanidad » (caractère espagnol), noyau de la mythologie nationale catholique du franquisme, a été créé par deux auteurs basques: Zacarías de Vizcarra (1879-1963) et Ramiro de Maeztu (1874-1936)[5].

Les chiffres comparant la répression franquiste dans les différentes régions d’Espagne sont difficiles à établir car des victimes de situations diverses peuvent être additionnées. Le gouvernement basque présente la somme des morts au combat, sous les bombardement, à cause des balles perdues ou des explosions accidentelles, pour avancer un total d’environ 20 000 victimes de la guerre civile[6]. Parfois aussi, les morts non originaires du Pays basque, même s’ils sont morts dans ce territoire pour défendre la République, ne sont pas inclus dans les comptes effectués par les nationalistes basques, mais oui les Basques morts ailleurs. En 2009, l’historien Francisco Espinosa Maestre a publié une étude comparant la géographie des personnes fusillées et la proportion des victimes des franquistes et des républicains, au Pays basque.  Il établit une fourchette entre  1 556 et 1 809 victimes des franquistes (et cite une source atteignant le chiffre de 2000). Dans tous les cas, la répression franquiste a été moins brutale au Pays basque qu’ailleurs en Espagne. Elle a fait plus de victimes dans la ville de Séville (3 200) et de Valladolid (2000) que dans tout le Pays basque. De même dans la province de Huelva en Andalousie (6 019 morts), dont le nombre d’habitants est comparable à celui de la Biscaye ou du Guipuscoa. Dans la province de Zamora (280 148 habitants), en Castille, caractérisée par sa cohésion et sa tranquillité, quelques 4 500 personnes furent « portées disparues ».[7] Il n’y a pas de doute, selon Francisco Espinosa Maestre, qu’« au Pays basque des choses spéciales eurent lieu qui surprennent tout chercheur sur la répression. On observe que le plan d’extermination appliqué depuis le 18 juillet (1936, date du soulèvement franquiste) dans le reste du pays (…) fut freiné à l’arrivée dans le Pays basque ». Après avoir suggéré diverses hypothèse pour l’expliquer, Francisco Espinosa Maestre conclut  « contre toute évidence le PNV et les secteurs abertzales n’ont à aucun moment cessé d’alimenter le mythe que le Pays basque fut soumis à une répression plus dure que le reste de l’Espagne (…) Ces courants, tordant et occultant la réalité jusqu’à la rendre méconnaissable, ont fini par la présenter (la guerre civile) comme une guerre entre Basques et Espagnols ». De nombreux historiens contemporains partagent ce point de vue même si les statistiques sur le nombre des morts sont encore discutées. 

Au Pays basque, 37 bataillons dirigés par des organisations nationalistes basques[8] luttèrent contre les soldats franquistes, et 44 dirigés par des organisations républicaines et ouvrières. Les forces nationalistes ne représentèrent jamais plus de la moitié des forces républicaines engagées dans ce territoire[9].

L’historien José Mari Lorenzo Espinosa a affirmé dans le journal Gara, proche de la gauche abertzale, que : « L’histoire absout l’ETA » (Gara, 3/5/2018). Pierre Joxe assume cette vision qui fait abstraction des faits historiques. « Le nombre de personnes exécutées au Pays basque fut  inférieur à celui d’autres territoires de l’État, et il convient de faire observer qu’il s’agit de victimes originaires des quatre coins de l’État et pas uniquement du Pays basque, contrairement à certaines croyances » [10].

Dans ce bond de 1937 à 1973,  Pierre Joxe oublie donc les  Basques qui ont lutté aux côtés de Franco ou qui ont soutenu la dictature mais aussi que le Pays basque fut l’une des régions qui s’est le plus développée sur le plan économique sous le franquisme. De nombreux citoyens d’autres régions d’Espagne émigrèrent alors vers ses usines pour contribuer par leur travail à l’enrichissement d’une bourgeoisie très puissante. Le Pays se plaça alors en tête des statistiques sur le bien-être en Espagne. En 2000, Kepa Aulestia, militant de l’ETA jusqu’à l’amnistie de 1977, avait d’ailleurs défini l’organisation comme un « terrorisme du bien-être”[11] pour expliquer sa longévité.

En connivence avec un secteur du nationalisme catalan, le gouvernement basque a également envisagé la possibilité d’ouvrir des négociations avec d’autres gouvernements européens (y compris les nazis) en vue d’obtenir des avantages pour ces territoires en marge de la stratégie du gouvernement républicain.

Guernica : le bombardement de Guernica est systématiquement utilisé pour absoudre l’ETA. Lorsqu’il déclare: « Donc les Basques ils ont toujours un côté sympathique parce qu’ils avaient été victimes du nazisme, et victimes du franquisme », Pierre Joxe s’aventure à esquisser en cinq lignes l’histoire de l’Espagne, avec l’ETA pour seule note positive. En avril 2018, l’ETA publia de même un communiqué dont la conclusion réclamait une « solution démocratique au conflit politique...pour éteindre définitivement les flammes de Guernica ».

D’après les dernières recherches menées par les historiens Vicente del Palacio et José Ángel Etxaniz, de l’association Gernikazarra[12], le nombre de morts de ce bombardement s’éleva à 126 (il y avait des abris anti-aériens dans la ville), c’est-à-dire moins que dans d’autres attaques aériennes ailleurs, comme par exemple sur Jaén une semaine auparavant. Selon la terminologie franquiste, Guernica fit partie des “villes dévastées” de la guerre d’Espagne, que le régime fit reconstruire après la victoire avec des “bataillons de travailleurs” prisonniers républicains.

En décembre 1936, Picasso avait accepté la commande par le gouvernement républicain espagnol d’un tableau pour susciter une mobilisation internationale en faveur de la République à l’occasion de l’exposition universelle de Paris de 1937. La brutalité du bombardement de Guernica, le 26 avril 1937, par les aviations nazie et fasciste, qui provoqua une grande émotion en France, incita le peintre à se mettre au travail pour réaliser l’œuvre ayant conféré à cet événement la force remarquable de symbole de la barbarie fasciste.

Entre juin 1938 et mai 1940, 265 prisonniers républicains perdirent la vie à l’hôpital-pénitencier de Guernica, la majorité des suites de la tuberculose car cette prison était un mouroir pour prisonniers républicains atteints de maladies contagieuses :  18 étaient Basques, les autres étaient originaires d’ailleurs en Espagne ; par exemple, 72 venaient des Asturies, 39 de Catalogne ou 32 d’Andalousie.[13] Ils gisent dans des fosses communes qui n’ont pas toutes été ouvertes après le franquisme. À l’époque, la population de Guernica ne savait presque rien de ce pénitiencier, mais les gouvernements nationalistes basques démocratiques n’ont pas non plus cherché à faire la lumière sur cette histoire. La symbolique exclusivement nationaliste basque de Guernica accentue ainsi l’effacement des républicains dans ce territoire.

Il ne s’agit pas d’exonérer le régime franquiste des horreurs qu’il a commises, ni de diminuer la responsabilité des gouvernements démocrates qui ont laissé tant de morts sans sépulture ; il s’agit d’éviter que l’appropriation de ce capital négatif du franquisme dilue la responsabilité de l’ETA. La guerre civile a eu des répercussions égales sur l’ensemble du territoire espagnol, des Basques et des Navarrais  se sont engagés des deux côtés. De même, le parti pris républicain du gouvernement autonome de l’époque, gouverné par le PNV,[14] ne l’a pas empêché, au moment de la débâcle républicaine au Pays basque, de nouer un pacte avec les chefs militaires fascistes italiens pour obtenir l’évacuation des troupes nationalistes basques contre l’abandon de leurs alliés de la République espagnole (épisode connu sous le nom de « pacte de Santoña, » conclu le 24 août 1937). En connivence avec un secteur du nationalisme catalan, le gouvernement basque a également envisagé la possibilité d’ouvrir des négociations avec d’autres gouvernements européens (y compris les nazis) en vue d’obtenir des avantages pour ces territoires en marge de la stratégie du gouvernement républicain[15].

 

Brian Currin (anglais sous-titré)[16]

De toute évidence, la guerre civile en Espagne a été très brutale. Les atrocités commises étaient incroyables. On ne peut qu’être choqué au plus haut niveau par la brutalité des soldats qui débarquaient dans les villages et jetaient des grenades dans les maisons pour tuer des civils. Les atrocités, comme toujours, ont été commises des deux côtés, mais on ne peut pas nier que la brutalité de Franco et de ses troupes était extrême. Je souligne la brutalité de cette guerre civile parce je crois qu’elle a encore un impact sur la politique en Espagne aujourd’hui, et un impact sur ce conflit au Pays basque.

Réponse 3 

La guerre civile fut en effet brutale et le rappeler est un devoir pédagogique. Son impact reste certes perceptible dans l’Espagne contemporaine, mais elle ne peut d’aucune manière servir d’excuse pour justifier la violation de droits humains. L’ETA, qui est l’objet de ce documentaire, n’existait pas pendant la guerre civile. La violence des années 1980, dans un contexte de liberté démocratique, ne peut être présentée comme une de ses conséquences. Présenter le peuple basque dans son ensemble comme une victime du franquisme et du nazisme est une falsification de l’histoire uniquement défendue par la propagande du nationalisme radical.

Pointer tous les projecteurs sur le franquisme est une manœuvre de distraction. Le documentaire cherche à faire croire que l’ETA et le peuple basque sont une seule et même chose. Quiconque admet cela devrait regarder les images des manifestations contre l’ETA à Bilbao, suite au meurtre du conseiller municipal du Parti Populaire, Miguel Angel Blanco, en juillet 1997. En ligne sous le titre:  “El espíritu de Ermua” (https://www.youtube.com/watch?v=6ADIhWr_Kw0 ).

 

Francisco Exteberria Gabilondo (espagnol sous-titré) [17]

De plus, il y a eu une répression à l’arrière du front qui a fait des milliers de victimes civiles. Ce chiffre est de plus de 100 000 dans toute l’Espagne. Et, sur ce sujet, il n’y a jamais eu d’investigation en Espagne ni pendant la dictature ni depuis le début de la démocratie. À tel point que les chiffres ne sont pas officiels en Espagne. Il n’existe pas d’information officielle.

Réponse 4 

L’Association pour la récupération de la mémoire historique[18] est une organisation civile qui encourage l’exhumation et soutient les familles des victimes de la guerre et du franquisme[19]. La tentative la plus sérieuse d’aborder cette terrible plaie, qui figure sans nul doute parmi les tâches importantes auxquelles doit s’atteler la démocratie espagnole, a été la loi sur la mémoire historique (loi 52/2007), qui reconnaît et élargit les droits et prévoit des moyens en faveur de ceux qui ont souffert de persécution ou de violence durant la guerre civile et la dictature. S’est ajouté à cette loi l’arrêté royal 1791/2008 sur la reconnaissance de ceux qui ont souffert de persécution ou de violence durant la guerre civile et la dictature.

Avec la crise économique de 2008 et le gouvernement du Parti Populaire, les fonds destinés à l’exhumation ont été gelés. Les difficultés éprouvées par une partie de la droite pour réparer cette injustice historique nationale est un facteur qui perturbe la démocratie espagnole. La “Fondation Francisco Franco”  a pris la tête de la résistance contre l’exhumation de la dépouille du général Franco de la basilique de Cuelgamuros[20].

L’exigence de justice, de  réparation et de reconnaissance pour les victimes de la guerre civile et de la dictature doit s’appliquer aux victimes de l’ETA, être défendue avec la même énergie et des arguments similaires. Environ 300 crimes de l’ETA n’ont pas encore été résolus[21]. Il n’aurait pas été difficile d’inclure dans le documentaire des images et des paroles de victimes de l’ETA. Elles sont actives et revendiquent la mémoire, la dignité et la justice. Tout comme les victimes du franquisme. « Certains Espagnols avons été victimes de deux dictatures : celle de Franco et celle de l’ETA, et nous avons reconnus dans chacune d’entre elles des caractéristiques communes: les deux se sont fondées sur la haine, la mort et la peur ; les deux ont prétendu anéantir leur adversaire, dans le cas du franquisme, avec un succès qui a duré 40 ans, et dans le cas de l’ETA, avec un échec qui a duré 40 ans et provoqué un nombre incomparablement moindre de victimes que la terreur de Franco »[22].

 

Josu Ibargutxi (en basque sous-titré)

Comment qualifier le franquisme ? C’est clair pour nous. C’est clair pour tout le monde. Sauf peut-être pour l’Académie d’histoire espagnole. Il y a peu, ils disaient encore que Franco n’était pas un dictateur. Tout au plus un régime autoritaire, pas une dictature. Mais heureusement, le peuple lui, le sait. Ça a été une dictature de 40 ans, une terreur de 40 ans.

Réponse 5  

L’Académie royale d’histoire a en effet publié des travaux blanchissant le personnage de Franco, ce qui suscité une vive polémique ainsi que des reproches de la part d’historiens de renom et experts de l’histoire récente. Il n’est pas moins vrai que l'historiographie espagnole foisonne d’historiens sérieux et rigoureux ayant réalisé un excellent travail pour démontrer sur la base de données et de chiffres la répression cruelle qui a caractérisé le régime franquiste d’un bout à l’autre de son histoire (Julián Casanova, Santos Juliá, Javier Rodrigo, Francisco Espìnosa, Paul Preston…). On peut parler d’un corpus de doctrine établi qui a dépeint clairement les traits dictatoriaux du régime franquiste et ses liens avec les totalitarismes des premiers jours.

 

Voix de la commentatrice

L’ETA et ses analogues sont responsables de 845 des 914 victimes du terrorisme, soit 92 %, contre 62 victimes, soit 7 %, dans le cas du terrorisme d’extrême droite et des violences policières.

On estime le régime franquiste coupable de : 200 000 morts, 600 000 exilés, 1 500 000 prisonniers politiques, 120 000 disparus, 300 000 enfants enlevés, 200 camps de concentration, et entre 600 et 800 charniers ce qui fait de l’Espagne le pays qui compte le plus de disparus au monde, après le Cambodge.

Réponse 6

 Ces chiffres sont un autre exemple de l’appropriation par les nationalistes basques de la répression de la dictature franquiste contre tous les Espagnols à leurs propres fins de propagande. En outre, les sources chiffrées les plus reconnues n’apparaissent pas dans le générique. Si on s’en tient au Pays basque, le rapport Foronda[23] est une des sources les plus détaillées. Ce rapport (p. 165) comptabilise 845 victimes de l’ETA, dont 494 militaires et policiers, et 62 victimes de l’extrême droite et des violences policières.

Pour faire simple : L’ETA et ses analogues (ETA, ETAm, ETApm, CAA, etc.) sont responsables de 845 des 914 victimes du terrorisme, soit 92 %. Le terrorisme d’extrême droite et les violences policières sont responsible de 62 victimes, soit 7 % de ce total. Le 1 % restant n’a pas pu être attribué. Durant l’époque de la stratégie de l’ETA connue comme la « socialisation de la souffrance » (1995-2010), la totalité des victimes du terrorisme au Pays basque sont imputables à l’ETA.

Les chiffres choisis par Thomas Lacoste sont très proches de ceux que donnent la Euskal Memoria Fundazioa, une institution créée par le nationalisme basque radical deux ans avant que l’ETA n’annonce la cessation de ses activités, qui ignore les plus de 800 victimes de l’ETA et estime à 500 le nombre de morts des suites de « fusillades, explosions, accidents et contrôles routiers par la police » et à 5 656 les cas de torture.

 

Francisco Exteberria Gabilondo (espagnol sous-titré)[24]

On a ouvert 500 fosses communes et on a récupéré plus de 8 000 squelettes et ce qui étonne les médecins légistes d’autres pays, c’est que des chiffres si importants n’aient jamais fait l’objet d’enquête. C’est précisément ce qui incarne la mémoire historique de l’Espagne : ça ne parle pas du passé mais du présent. La mémoire historique nous montre ce qu’il reste à résoudre, ces événements qui ont été insuffisamment étudiés, dont l’analyse manque à la société démocratique.

Réponse 7

Cette insistance sur les fosses communes où gisent les personnes assassinées par les franquistes révèle une patrimonialisation de ces morts par les nationalistes basques. Voici ce que déclarait l’ancien conseiller à la justice du gouvernement basque (membre de Eusko Alkartasuna, une scission du PNV) Joseba Azkarraga : « La guerre civile [...] fait partie de notre patrimoine historique collectif [...]. Les victimes de la guerre civile, oubliées, bannies, enterrées dans l’anonymat des fosses communes, sont nos victimes, celles de tout notre peuple.[25] »

Joseba Azkarraga est aujourd’hui le porte-parole de SARE, l’organisation de défense des prisonniers de l’ETA, et fut l’un des participants à l’action des “Artisans de la paix” d’avril 2017 qui marqua le début du cycle de persuasion dans lequel s’inscrit ce documentaire. Les morts doivent contribuer à la construction de la nation basque, qu’ils aient été des communistes ou des carlistes monarchistes.

Francisco Etxeberria Gabilondo est l’auteur d’un des rapports commandés par le « Secrétariat général des droits de l’Homme, de la cohabitation et de la coopération » du gouvernement autonome (dirigé par le PNV) et dont le directeur est Jonan Fernández. Ce rapport[26] de 400 pages évoque 4 113 cas de torture. Ces chiffres sont toutefois très contestables. Comme l’écrit le juriste Ruiz Soroa : « Ainsi, le nombre de « cas de torture examinés » s’élève à 4 113, dont environ 2 000 correspondent à des « cas de dénonciation de tortures confirmés par les victimes face à la commission » et les 2 000 autres à des « cas de dénonciation portés à la connaissance du grand public » mais n’ayant pas été confirmés face à la commission, et devant laquelle les victimes présumées n’ont pas témoigné (...)

La commission semble accorder une pleine valeur de vérité à toutes les dénonciations, quelle qu’en soit la catégorie, qu’elles aient ou non été confirmées, que cette même commission ait ou non interrogé les victimes. Cela est tout à fait surprenant. »[27] Il convient d’ajouter que la moitié des psychologues ayant collaboré à l’élaboration du rapport ont participé à la défense ou au soutien de terroristes incarcérés.[28]

 

Josu Ibargutxi (en basque sous-titré)[29]

Ils ne nous laissaient pas parler basque, cette langue dans laquelle je vous parle. Notre culture, ils voulaient l’écraser et imposer leur culture, c’est ce qu’a fait le franquisme. Il y a 500 ans déjà, le royaume de Castille s’en prenait au royaume de Navarre. Le dernier à s’imposer manu-militari a été Franco, avec sa culture espagnoliste, pas espagnole. Nous n’avons rien contre la culture espagnole, les Espagnols, mais nous sommes opposés à l’espagnolisme, ça oui ! La majorité du peuple ici est opposée à cet espagnolisme cruel et autoritaire.

Réponse 8

Lorsqu’il est annexé par la Castille, le royaume de Navarre ne comporte ni la Biscaye, ni l’Alava, ni le Guipuscoa. Il n’a donc rien à voir avec le Pays basque d’aujourd’hui. Prétendre qu’il existe une continuité historique d’un peuple basque dont l’identité reste stable et intacte au fil des siècles est une déformation insoutenable de l’histoire. De même, parler d’un espagnolisme intrinsèquement cruel et autoritaire revient également à attribuer des caractères permanents à d’autres peuples, en l’occurrence négatifs, ce qui manque tout bonnement du moindre aval scientifique.

En déroulant plus loin le fil historique des relations entre les Basques et les Espagnols dans leur ensemble, il peut également être intéressant de remonter aux guerres carlistes qui, au 19ème siècle, ensanglantèrent l’Espagne et durant lesquelles le Pays basque se divisa entre libéraux et carlistes ; les fiefs les plus importants des carlistes partisans de l’Ancien Régime et de l’absolutisme furent les provinces basques. Bien que plusieurs auteurs aient mis en évidence certains éléments de continuité entre le carlisme et le nationalisme basque, et que d’indiscutables coïncidences existent entre l’implantation géographique du carlisme et du nationalisme basque radical d’aujourd’hui, il serait injuste d’attribuer aux Basques un caractère antilibéral ou antidémocratique persistant au fil des siècles.

 

Jean Pierre Massias[30]

Je dirais que c’est un système de domination total, politique, économique et culturel. Et donc évidemment, plus le territoire a des particularités fortes, plus ce système de domination et d’assimilation forcées a des conséquences. La pression qui s’exerce sur le Pays basque, pression considérable, qui est d’autant plus accrue par les spécificités économiques et culturelles du Pays basque. Parce que le Pays basque est riche et parce que le Pays basque est culturellement différent, la pression du gouvernement espagnol sera plus forte à l’endroit de ce territoire.

Réponse 9  

L’ETA et le nationalisme radical ont besoin de confrontations pour polariser la société, créer des traîtres. L’opposition au franquisme n’est pas le trait qui caractérise le mieux l’ETA. Voici ce qu’écrivait l’organisation dans une lettre adressée aux intellectuels basques en septembre 1963 : « Nous pouvons donc affirmer que la dictature du général Franco est pour notre peuple infiniment plus positive qu’une république démocratique bourgeoise, qui aurait étouffé nos aspirations sans créer de tensions comparables à celles dont nous disposons aujourd’hui pour pousser le peuple à engager la lutte[31] ».

En comparaison avec le reste de l’Espagne, le Pays basque a subi moins de répressions et a reçu plus d’investissements et de fonds. Il est quelque peu contradictoire de caractériser un « système de domination total, politique, économique et culturel », tout en reconnaissant une évidence : le territoire supposément dominé était et est encore riche. C’est une des communautés autonomes dont le revenu par habitant est le plus élevé aujourd’hui (la deuxième) et l’était dans les dernières années du franquisme (la troisième). Les économistes Arantza Mendizabal et Felipe Serrano assurent que l’écart de croissance de l’industrie basque sous le franquisme s’appuyait sur deux piliers : la dynamique productive locale et la politique industrielle du régime. En 1973, alors que le Pays basque représentait 5,7 % du total de la population espagnole, il accueillait 10,33 % de la population active industrielle espagnole et assurait 17 % du total des exportations au niveau national.

Les institutions basques bénéficient aujourd’hui de plus du double de financement publique par habitant que la moyenne des communautés dénommées « de régime commun»  pour les différencier du Pays basque et de la Navarre.

Aujourd’hui, le système de financement autonome du Pays basque et de Navarre est extrêmement avantageux par rapport à celui des autres communautés autonomes espagnoles. La commununauté autonome basque affiche les niveaux de salaires et de pensions les plus élevés d’Espagne, c’est l’une des régions les plus riches d’Europe ; le salaire moyen y était supérieur à la moyenne européenne en 2016[32].  Les institutions basques reçoivent deux fois plus de financements publics par habitant que la moyenne des communautés autonomes que l’on dit de “régime commun[33]” pour les distinguer du régime fiscal spécial du Pays basque et de la Navarre.

 

Iñaki Anasagasti[34] (espagnol sous-titré)

Ce sont 40 ans d’une répression, ciblée, continue, systématique, contre la langue et l’identité basque, contre notre façon de nous gouverner nous-même. Ça a provoqué une réaction. Dans les années 60, dans le contexte de la révolution cubaine, et de l’Algérie, très importante pour nous, se crée un mouvement appelé ETA, en réaction au franquisme et sa persécution continue et acharnée.

Réponse 10

Si l’ETA avait été une réaction au franquisme, elle aurait dû disparaitre avec lui, surtout lorsque l’amnistie de 1977 a permis la libération de tous les prisonniers de l’ETA. D’autant plus que, entre 1984 et 1990, près de 100 détenus ont bénéficié de mesures de grâce, des dossiers ont été clôturés et des avantages pénitentiaires ont été obtenus. 289 personnes avaient bénéficié des politiques de réinsertion[35]. Toutefois, comme nous l’avons vu, non seulement ses attentats n’ont pas cessé, mais ils se sont même multipliés au cours des années critiques de la transition, mettant à mal la démocratie espagnole dont l’extrême droite était un puissant ennemi.

La réponse violente a été le résultat d’une combinaison de facteurs dans laquelle une lecture spécifique du passé a créé le terreau adéquat pour qu’une minorité opte pour la voie du terrorisme. Aucun élément préalable ne rendait ce choix inévitable.

L’historiographie, notamment un essai récent sur l’ETA,[36] insiste sur l’importance des décisions prises par des personnes et/ou des groupes concrets.

 

Joseba Arregi, militant du PNV avec Iñaki Anasagasti jusqu’en 2004, et conseiller à la culture du gouvernement basque en 1984-1985 puis de 1987 à1995, écrit : « La guerre n’a pas opposé Euskadi à l’Espagne ; ce fut une guerre civile au Pays basque également, entre les partisans du soulèvement et les loyaux à la République. Le mythe d’une guerre entre Euskadi et l’Espagne avait besoin du mythe complémentaire selon lequel la répression franquiste s’est acharnée sur les nationalistes, ce qui ne coïncide pas avec les données de l’histoire réelle. [...] Cet horizon est tributaire d’une mémoire collective qui réécrit l’histoire pour chercher en sa mystification la légitimation de son nationalisme et pour “ comprendre ” le recours à la violence et à la terreur de la part de l’ETA »[37].

 

Eugenio Etxebeste, dit Antton (espagnol sous-titré)[38]

Le peuple est soumis au silence, jusqu'au moment où, en 1958, fort heureusement, ce peuple donne naissance à un mouvement de résistance, un mouvement volontaire, appelé ETA, qui commence à réunir des gens, des secteurs, des structures, pour combattre non seulement le franquisme, mais pour continuer de revendiquer les droits nationaux et sociaux de ce peuple. Cela dure de 1958 jusqu’à aujourd’hui où toutes ces revendications restent d’actualité.

Le plus frappant et le plus blessant dans ce documentaire est le silence dont font l’objet les prisonniers réinsérés. Ces prisonniers sont pourtant les mieux placés pour invoquer ce retour vers un processus de paix.

Réponse 11

 

Aucun des intervenants ne mentionne la « Voie de Nanclares », un projet de réinsertion de prisonniers de l’ETA ayant décidé de renoncer au terrorisme tout en acceptant cinq conditions 1. Accepter les règles pénitentiaires

  1. Se retirer du collectif des prisonniers
  2. Renoncer publiquement à ETA ainsi qu’au recours à la violence
  3. Demander pardon aux victimes et s’engager à les indemniser dans le cadre de leur responsabilité civile.
  4. Collaborer avec la justice pour lutter contre le terrorisme.

Ceux qui acceptaient ces conditions pouvaient être transférés à la prison de Nanclares de Oca, dans la province d’Alava.

 

Iñaki Anasagasti[39] (en espagnol sous-titré)

Cette violence était une résistance au franquisme, ce n’était pas du terrorisme. Le terrorisme c’est poser une bombe dans le métro ou dans un magasin. Là, c’était très ciblé. Contre les militaires, la police, et contre les membres du régime. Après ça s’est élargi. Mais à l’époque du franquisme, c’est clair que la Garde civile torturait. ETA faisait des attentats contre eux, les tuait, bien sûr les gens se réjouissaient.

Réponse 12

Identifier des gardes civiles assassinés par l’ETA à des tortionnaires est une interprétation qui ne correspond pas à la réalité. José Antonio Pardines, la première victime de l’ETA, était un jeune garde civil âgé de 25 ans affecté au trafic routier. Il lui aurait été difficile de torturer qui que ce soit. Nous savons que Melitón Manzanas était effectivement un tortionnaire. Ni nous, ni certainement Iñaki Anasagasti, ne connaissons le parcours des gardes civils assassinés pour en déduire qu’ils avaient commis des actes de torture.

L’auréole de justicière que l’ETA est parvenue à s’assigner avec succès permet de comprendre que la population a si souvent accepté de criminaliser les victimes, comme si la stigmatisation décidée par l’ETA suffisait à justifier l’assassinat d’une personne et l’ostracisme de sa famille. Fernando Aramburu relate dans son roman intitulé « Patria » le rejet par leur voisinage des proches des personnes assassinées par l’ETA. 

Les associations de victimes insistent sur le fait que les institutions ou l’enseignement scolaire ne peuvent justifier les crimes, car cela légitimerait à l’avenir les désir et les projets de rejeter, physiquement ou socialement (intimidation, harcèlement collectif) ceux qui ne veulent pas s’inclure dans la sociologie nationaliste.

 

Jean Pierre Massias

Je crois que le recours à la violence est important. D’abord parce qu’il marque une différence considérable dans les modes d’opposition au franquisme mais parce qu’il va au fond incarner un certain nombre d’événements extraordinairement symboliques. La violence utilisée par ETA s’incarne au fond autour de deux dates, 1970 : le procès de Burgos, 1973 : l’exécution de Carrero Blanco, qui était le successeur présumé pour le général Franco. Le caractère extrêmement spectaculaire de l’attentat, cette voiture qui explose, qui monte en l’air et qui se désintègre à sa chute, ça va donner à ETA une dimension internationale considérable. Les liens que l’on évoquait tout à l’heure avec le mouvement algérien et le mouvement cubain ne sont pas non plus inintéressants parce qu’on est dans l’époque des guérilleros et donc on voit bien, on a la sensation qu’il y a une certaine forme de logique, entre le combat d’indépendance, la lutte contre un régime autoritaire, l’utilisation de la violence. Après tout on n’est pas très loin de la seconde guerre mondiale, on n’est pas très loin de la résistance, ce qui fait qu’on fond l’ETA, très rapidement, va devenir le symbole de la lutte antifranquiste qui utilise des moyens que l’on considère comme encore admissible à l’époque.

Réponse 13

La guérilla implique un affrontement armé entre combattants ; le terrorisme consiste à attaquer des personnes ou des groupes sans défense.

 

 

Qu’un professeur et juriste déclare que « le recours à la violence est important » est problématique. Qui plus est s’il parle d’un pays voisin démocratique.

 

Actualités d’époque : 20 novembre 1975: « Españoles. Franco ha muerto » (Espagnols, Franco est mort).

La mort du général Franco n’a pas signifié la fin du franquisme. Donc la transition démocratique n’a pas eu d’effet sur le conflit basque, on peut même considérer que cela l’a exacerbé, assez curieusement. Mais pas trop curieusement puisqu’effectivement Franco a disparu mais pas le franquisme. Voilà. C’est tout simple.

Réponse 14

Un tiers du film parle du franquisme.

Pourtant, 41 des années d’existence de l’ETA (les 2/3) se déroulent postérieurement à la période franquiste (1977-2018), et 16 années lorsque Franco était en vie (1959-1975, et même moins si on compte à partir de l’année du premier assassinat commis par l’ETA (1968).

 

Christiane Taubira[40]

Ce qu’il en reste, aussi bien chez les nostalgiques du franquisme, on sait qu’il y en a encore, on sait qu’il y a des gens qui viennent encore commémorer Franco, sa date de naissance, sa date de mort, ses dates d’exactions, mais cela ferait commémorer sûrement toute l’année. On sait qu’il y a des personnes qui banalisent, qui trouvent que ce n’est pas si grave, on sait qu’il y a des personnes qui font des équivalences, qui trouvent que c’était pareil l’autoritarisme, le fascisme… bon voilà, et tout le reste, effectivement avec des solidarités nazies et tout le reste, qu’il y a des équivalences avec l’engagement des républicains et le fait que les républicains étaient prêts à prendre les armes. NON, NON, NON, il faut clarifier les choses. Aussi bien dans la société espagnole que dans la société française, et dans l’esprit des gens dans le monde, il faut clarifier les choses, il n’y a pas d’équivalence. Il n’y a pas d’équivalence entre la domination, l’autoritarisme, l’état d’exception, les pratiques d’exception, les meurtres d’État, la criminalité extra-judiciaires etc, d’un côté, et puis, d’un autre côté, de la résistance, l’attachement jusqu’au péril de sa vie, l’attachement à des valeurs, à une république, à une société démocratique, à l’égalité entre les citoyens. Il n’y a pas d’équivalence. Il n’y a pas d’équivalence, et la guerre ne fait pas d’équivalence. D’être face à face avec des armes ça ne fait pas d’équivalence. Donc, je crois que c’est sur ça qu’il nous faut faire des efforts de clarification.

Réponse 15

Peut-on parler de paix lorsque les artisans de la guerre n’expriment aucune distanciation, aucune forme de repentir vis-à-vis de leur trajectoire violente ?

Il existe indubitablement des nostalgiques du franquisme, comme il y a des nostalgiques des régimes de Vichy, d’Hitler et de Pinochet. Et il semble qu’ils gagnent en importance. Les nostalgiques du franquisme ne représentent toutefois pas la majorité de la société espagnole. Certains éprouvent également de la nostalgie vis-à-vis de l’ETA. Christianne Taubira semble prendre leur parti lorsqu’elle classe l’ETA dans le lot de la « résistance, l’attachement jusqu’au péril de sa vie, l’attachement à des valeurs, à une république, à une société démocratique, à l’égalité entre les citoyens ». Comme le montrent les faits, l’ETA était nettement plus disposée à donner la mort qu’à la subir.

Christiane Taubira omet deux aspects importants. D’une part, les victimes de l’ETA, et d’autre part, la paix. Peut-on parler de paix si les responsables de la guerre ne prennent aucune distance, n’expriment aucune forme de remords face à leur trajectoire violente?  L’auteur du documentaire auraient dû se rapprocher des membres de l’ETA ayant choisi la voie de la réinsertion tout en reconnaissant les torts qu’ils ont engendrés ( « Voie Nanclares »), ceux-là mêmes qui ont renoncé à leur legs militant pour s’engager sur une autre voie que celle de l’intolérance.

Le philosophe espagnol Manuel Reyes Mate écrit[41]: « Dans une société dévastée par la terreur, comme c’est le cas de la société basque, il n’y aura d’avenir possible que s’il se produit un changement intérieur chez les personnes impliquées dans la violence [...] il faudrait introduire la politique de rapprochement des prisonniers dans le contexte d’une forme de cohabitation supérieure sur le plan démocratique. La sortie de la violence doit être une forme supérieure de démocratie. Le prisonnier peut apporter une puissante contribution à la construction de cet avenir s’il active sa capacité de vérité et de justice. Exiger de lui qu’il reconnaisse les torts qu’il a causés, qu’il admette l’absurdité du recours à la violence et qu’il se soumette à l’autorité de la victime, ne devrait pas être perçu comme un obstacle à la réinsertion mais plutôt comme une manière de le faire valoir, de lui accorder de l’importance, de lui faire voir que son expérience, qui fut certes létale, peut se transformer en une contribution curative »[42].

L’ancienne directrice du bureau d’aide aux victimes du gouvernement basque, Maixabel Lasa, veuve du gouverneur civil de Guipuscoa assassiné par l’ETA, Juan Mari Jáuregui, se situe sur la même ligne lorsqu’elle indique que les prisonniers repentis sont « les mieux à même de délégitimer le recours à la violence »[43].

Toute initiative de paix digne de ce nom se doit d’intégrer ces trajectoires biographiques concordantes avec la paix[44].

 

Jean Pierre Massias[45]

Les mêmes vont rester en place. Il n’y a aucune condamnation, des policiers, des gardes civils, des militaires qui ont utilisé des méthodes répressives et qui auraient bien mérité de se voir demander des comptes. Et comme il n’y a pas de condamnations et qu’ils restent en place, il n’y a pas de condamnation morale du système. Il y a une forme de continuité des pratiques et qui fait qu’au fond, finalement, la torture ne s’arrête pas, la répression ne s’arrête pas, la violence politique ne s’arrête pas. Le paradoxe de la Transition espagnole, c’est que c’est une période de construction pacifique de la démocratie, qui s’opère dans un contexte extrêmement violent avec près de 600 morts entre 1975 et 1982. 

Réponse 16

Les minorités catalanes et basques ont demandé l’amnistie lors de la session du Congrès du 27 juillet 1977. La motion présentée par le groupe parlementaire des minorités catalane et basque : « Vise à proposer une loi d’amnistie promulguant une amnistie générale applicable à tous les délits à visées politiques, quelle qu’en soit la nature, commis avant le 15 juin 1977 ». Les sénateurs basques ont suivi le même exemple[46].

En effet, rien en Espagne ne s’est jamais apparenté à un processus de dénazification ou de déstalinisation. Les changements se sont opérés lentement, l’organisation terroriste d’autodéfense de droite dénommée « Batallón Vasco Español » (bataillon basque espagnol) a été démantelée en 1981 par le gouvernement de Calvo Sotelo, et le gouvernement socialiste s’est efforcé de démocratiser la culture politique de l’armée. Toutefois, des fonctionnaires au passé entaché d’actes de torture sont en effet restés en fonction et certains ont été décorés par le régime démocratique, comme Antonio González Pacheco, Billy el Niño, numéro deux de la terrible brigade politico-sociale du temps de Franco. Rappelons à nouveau que ces personnages sinistres n’ont pas exercé une répression différente sur la population basque et que la transition espagnole vers la démocratie, qui n’a rien eu de pacifique, n’a pas non plus limité ses exactions à la scène basque[47].

L’opinion selon laquelle il n’y a pas de condamnation morale du système est très discutable. Le franquisme a été répudié comme un régime antidémocratique et, contrairement à d’autres pays d’Europe, l’extrême droite a été une force négligeable pendant 40 ans après la mort de Franco et la fin de sa dictature. Le souvenir du franquisme a plutôt fait effet de vaccin contre la croissance de l’extrême droite. Aujourd’hui, même le parti d’extrême droite, Vox, qui a obtenu 15% des voix et 52 députés aux législatives de 2019, ne se déclare pas ouvertement franquiste, bien qu’une part de ses sympathisants ou adhérents soient des nostalgiques de ce régime.

Les documents et les faits corroborent la thèse selon laquelle l’ETA préférait que le franquisme se poursuive. Il était plus facile de faire passer le peuple basque pour un peuple opprimé par l’Espagne sous la dictature que dans le cadre d’une démocratie avec un statut d’autonomie accordant de larges compétences aux institutions basques, y compris une police autonome nommée « Ertzaintza ». Les assassinats de chefs d’état-major clés à des moments critiques (le jour de l’adoption de la constitution au Parlement – le 21 juillet 1978 – ou a quelques semaines de l’entrée en fonction du gouvernement de F. González – le 4 novembre 1982) pouvaient difficilement avoir pour autre fin que de provoquer les forces de l’ordre et l’armée pour que se produise un coup d’État[48].

 

Voix de la commentatrice

Au printemps 1977, alors que le Pays basque connaît des mobilisations sociales d’une rare ampleur, à caractère insurrectionnel, qui se verront très violemment réprimées par un grand nombre d’arrestations et sept morts parmi les manifestants, une occasion historique va se présenter lors des discussions secrètes de Chiberta, à Anglet. Ces rencontres clandestines réunissent toutes les forces clandestines, sociales et militaires indépendantistes. Elles ont pour objectif la mise sur pied d’un véritable Front Populaire basque, et pour but la démocratisation du territoire. Afin que ce Front Populaire se concrétise, ETA va pour la première fois dans ce conflit mettre dans la balance des négociations la fin de la lutte armée. Malgré cette proposition qui aurait pu bouleverser le cours du conflit dès 1977, le PNV, parti démocratie chrétien basque, préférera négocier avec le gouvernement espagnol afin d’assurer ses propres intérêts politiques, et quittera ces discussions secrètes en tournant le dos à cette avancée historique et au front commun. Quelques mois plus tard, deux membres éminents de la délégation de l’ETA qui ont porté à Chiberta cette proposition de sortie de la lutte armée, sont ciblés par deux attentats commandités par l’État espagnol. Le 21 décembre 1978, Argala est tué à Anglet, et le 13 janvier 1979 au matin, Peixoto est laissé pour mort à Saint Jean de Luz.

Réponse 17

Ces réunions tenues à l’hôtel Chiberta (Bayonne), au Pays basque français, d’avril à mai 1977, ont notamment traité de la question de l’opportunité de participer ou non aux premières élections espagnoles. Y ont pris part les groupes et partis nationalistes ANV, EHAS, EIA, EKA (parti carliste du Pays basque), ESB, ESEI, ES, LAIA, PNV, ETA militaire, ETA politico-militaire, les commandos berezis, issus d’une scission de l’ETApm, un groupe de maires abertzales avec à sa tête José Luis Elkoro, Miren Purroy, directrice de l’hebdomadaire nationaliste radical Punto y Hora du Pays basque, et le théoricien du mouvement de libération nationale basque, proche de l’ETA, Telesforo Monzón.

Le PNV, l’ETA politico-militaire et d’autres organisations nationalistes considéraient que les conditions étaient suffisantes pour participer aux élections. L’extrême gauche dans son ensemble, les partis communistes situés à la gauche du PCE, ont participé aux élections.  L’ETA militaire s’y est refusée. Au Pays basque, l’EIA et l’EMK ont constitué la coalition Euzkadiko Eskerra. Elle représentait la convergence d’un secteur du nationalisme radical issu de l’ETA politico-miltiare et d’un parti de la gauche révolutionnaire qui s’était créé en 1966 suite à une scission antérieure de l’ETA (ETA Berri)[49].

Les négociations de Chiberta se sont soldées par un échec car le PNV était résolu à participer aux élections et donc à se rallier au processus de Transition. Chiberta fut une tentative de créer un front abertzale frustré par le refus de l’ETA militaire de participer aux élections. La non-participation de l’ETA militaire et de ses partisans au système démocratique  fut une décision unilatérale non suivie par les autres partis et organisations de la gauche radicale et du nationalisme basque[50].

Mettre en lien le sommet de Chiberta avec les attentats ayant ciblé Argala et Peixoto s’appuie sur un raisonnement dénué de fondement. Argala a été assassiné au moyen d’une bombe placée dans sa voiture le 20 décembre 1978, tandis que Peixoto a été la cible de tirs le 13 janvier 1979, auxquels il a survécu mais dont il a gardé de graves séquelles lui ayant presque fait perdre la vue. 

Voici le bilan de la voie empruntée par l’ETA : en 1978, année d’adoption de la Constitution, l’ETA a tué 68 personnes ; en 1979, année d’adoption du statut d’autonomie, elle assassine 80 personnes; en 1980, année des premières élections autonomes et de la formation du premier parlement basque, elle en tue 98 (presque deux par semaine)[51].   Il est difficile d’associer ce bilan à une vocation démocratique et pacifique.

 

Jean Pierre Massias[52]

On introduit ici une espèce de contradiction à mon sens absolument fondamentale entre un système qui est véritablement un système démocratique, qui se transforme en un système de démocratie parlementaire, qui rentre dans l’UE, à l’époque dans le Marché Commun, et, en même temps, un système qui maintient des pratiques héritées de la dictature, justifié par la lutte anti-terroriste. Comme le système français colonial avait maintenu la torture, et accentué la torture dans les années 50. Le système espagnol va le faire aussi.

Réponse 18

Il n’y a pas eu depuis 1978 d’État dictatorial ou de situation dans laquelle les membres de l’ETA et ses sympathisants se sont retrouvés dans l’impossibilité de se défendre.

L’existence de tortures et de violations de droits humains de la part des appareils de l’État espagnol est une réalité, mais on ne peut nullement parler de pratiques systématiques, et on ne saurait oublier la capacité des citoyens de cet État, y compris des membres de l’ETA injustement détenus ou torturés, de faire valoir la défense de leurs droits devant les tribunaux espagnols ou européens. De fait, plusieurs arrêts de tribunaux européens ont reconnu la réalité de ces violations de droits.  Par conséquent, depuis 1978,  il n’y a pas en Espagne d’état dictatorial ou d’atteinte aux droits de la défense des membres de l’ETA ou de ses sympathisants.  

En revanche, depuis 1978, l’ETA a systématiquement attenté contre la démocratie.

Le 7 mai 2000, le journaliste José Luis López de la Calle,  torturé par la police franquiste parce qu’il était militant communiste, fut assassiné par l’ETA alors qu’il allait acheter ses journaux. En 2000, Reporters sans frontières publia un rapport selon lequel, entre janvier 1978 et juin 2000, l’ETA avait commis 18 attentats à l’encontre de journalistes, dont plusieurs ont été assassinés. « Environ cinquante journalistes et directeurs de publication sont sous escorte de la police au Pays basque et à Madrid. Au total, près d’une centaine bénéficient d’une protection officielle ou privée. Par ailleurs, une dizaine de professionnels de l’information se sont “ exilés ” du Pays basque vers Madrid et certains médias multiplient les mesures de sécurité. Aussi bien au Pays basque que dans le reste du pays, les médias et les journalistes qui ne partagent pas l’idéologie nationaliste radicale sont qualifiés de “ traîtres basques ” ou “ d’envahisseurs espagnols ” et sont menacés par l’organisation indépendantiste armée Euskadi ta Askatasuna (ETA). »[53] La campagne de l’ETA « intervient après une période de menaces, de mises en garde, de publication de “ listes noires ” et s’inscrit dans une série d’attentats de plus en plus violents contre des médias et des journalistes », dont deux « ont reçu, l’un à Séville et l’autre à Madrid, des colis piégés, neutralisés à temps. Le 14 mai et le 4 juin, les deux quotidiens ayant les plus grands tirages du Pays basque ont été, à leur tour, victimes d’attentats à la bombe ».

Le rapport fait également référence aux déclarations de Arnaldo Otegi, aujourd’hui porte-parole de Sortu, relatives à l’assassinat de José Luis López de Lacalle, dans lesquelles il affirmait que l’ETA voulait sans doute avec ce meurtre “mettre sur la table” le rôle que les médias jouent dans une “stratégie de l’information manipulatrice et de guerre au Pays basque.”[54]

 

Voix de la commentatrice

Depuis sa fondation en 1958, ETA est responsable de 837 morts, dont 506 militaires et policiers. Dans les rangs de l’organisation, on compte 44 000 arrestations, 22 000 prisonniers, 484 morts perpétrées par l’État espagnol et ses milices paramilitaires, et plus de 5 400 cas de tortures avérées avec une multiplication par trois des tortures après la transition démocratique de 1978.

Réponse 19

Cette intervention est construite de curieuse manière : une ligne contenant deux chiffres (837 et 506) pour informer sur les assassinats commis par l’ETA;  trois lignes contenant quatre chiffres beaucoup plus élevés (44 000, 22 000, 5400, 484) pour informer sur les actions contre l’ETA. C’est la comptabilité que le documentaire veut faire passer. Les données relatives à l’organisation sont révélatrices de cette volonté jusque dans la manière dont sont arrondis les nombres.

Ces chiffres sont tout bonnement invraisemblables. Ils ne sont accrédités par aucune source. Comme indiqué plus haut, un rapport relatif aux actes de torture discrédité du fait de ses déficiences techniques présentait un chiffre 20 % en deçà de ce qui est avancé ici.

Face à une organisation qui séquestrait, menaçait, se livrait à des extorsions et tuait, quelle réponse l’État devait-il apporter ? La torture est  totalement inacceptable. Mais les protestations à l’égard des arrestations ou des extraditions semblent miser sur l’impunité de très graves délits. Est-ce cela que défend ce documentaire ?

 

Jean Pierre Massias[55]

Et le point d’orgue de cette espèce de contradiction qui, à mon avis, est très, très, très importante, dans la compréhension de ce système, c’est la période du GAL. C’est la période où le gouvernement socialiste de Felipe González, peut-être pas lui si on veut respecter la présomption d’innocence, encore que… mais en tout cas, des ministres socialistes du gouvernement de Felipe González vont utiliser des paramilitaires d’extrême droite pour venir assassiner des militants basques qui ont le statut, pour certains, de réfugiés politiques en France.

Réponse 20

Les dénonciations de l’action des GAL sont entièrement justifiées et rien de ce qui suit n’en diminue la gravité. Ils sont responsables de la mort de 27 personnes, certaines tuées par erreur,  et de blessés, Ce n’était pas la première fois que l’ETA était illégalement combattue. On avait connu dans le passé les organisations “Anti terrorisme ETA” (ATE), “l’Alliance apostolique anticommuniste” (Triple A) et le “bataillon basque espagnol” (BVE)[56].

L’origine du GAL est liée à l’existence d’un véritable « sanctuaire » français, où l’ETA pouvait agir à l’abri des poursuites. Les gouvernements de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand considéraient en effet le terrorisme de l’ETA comme une affaire intérieure de l’Espagne, dont ils mettaient en doute le régime démocratique, tandis que les terroristes avaient le statut de réfugiés politiques. Dans un contexte où les crimes de l’ETA aggravaient la pression de l’extrême droite espagnole (mise en lumière lors de la tentative de coup d’État dirigé par le colonel Antonio Tejero en février 1981), le manque de collaboration française a joué un rôle déterminant dans la mise en marche par le ministère de l’intérieur du gouvernement socialiste espagnol de ce sinistre dessein consistant à terroriser les terroristes sur le territoire français[57].

Le cas de José Antonio Lasa et José Ignacio Zabala, deux militants de l’ETA âgés de 20 ans, réfugiés depuis 1981 en France et enlevés à Bayonne le 15 octobre 1983, épouvantablement torturés, puis assassinés et enterrés recouverts de chaux vive, est le sommet de l’horreur des actes du GAL. Leurs corps furent découverts par un chasseur en janvier 1985 et restèrent au cimetière jusqu’à ce que dix ans plus tard le chef du groupe de la police judiciaire d’Alicante, Jesús García García, parvienne à identifier leurs cadavres. La police compte aussi dans ses rangs des gens honnêtes au service de la justice.

Grâce aux enquêtes journalistiques et à l’action populaire,[58] l’Audience nationale a condamné en avril 2000 le général Enrique Rodríguez Galindo, l’ex-gouverneur civil Julen Elgorriaga, le lieutenant colonel Ángel Vaquero, les ex-gardes civils Enrique Dorado et Felipe Bayo à des peines supérieures à soixante années de prison[59]. Furent également condamnés l’ancien ministre José Barrionuevo, son secrétaire d’État à la sécurité, Rafael Vera, l’ancien directeur de la sécurité, Julian Sancristobal, le leader du PSE de la Biscaye, Ricardo Damborenea, l’ancien chef du commandement unique dans la lutte antiterroriste, Francisco Álvarez, l’ancien responsable des services d’information de Bilbao, Michel Planchuelo, et le commissaire adjoint de police, José Amedo. Ils bénéficièrent cependant rapidement de remises de peine du gouvernement de José María Aznar. Alors qu’il témoignait dans l’affaire Lasa et Zabala, le policier Jesús García succomba à une attaque cardiaque.

Le financement des GAL aurait également servi à détourner des fonds réservés à des hauts fonctionnaires en lien avec le PSOE.

Le GAL a sans nul doute été la note la plus sombre de l’histoire récente de la démocratie espagnole. Elle entâche sa réputation[60] mais il est évident que si les GAL avaient joué un rôle à ce point décisif dans le devenir de l’ETA, celle-ci aurait modifié son mode d’action au moment de la disparition des GAL (1987).

Des zones d’ombre restent à éclaircir sur le rôle des policiers français dans cette opération criminelle[61]. Les victimes des GAL et leurs familles ont tout aussi droit à la vérité que celles de l’ETA.  Toutefois, justifier l’action de l’ETA par l’existence du GAL n’est pas tenable face à la réalité. L’ETA a tué avant, pendant et après les GAL.

 

Voix off

Biarritz, Anglet, Saint Jean de Luz, Bayonne, Hendaye. Voiture piégé, enlèvement, assassinat, fusillade, 25 morts et plus de 30 blessés en deux ans et demi. Jamais, depuis la guerre d’Algérie, une organisation terroriste n’a laissé de traces aussi sanglantes en France. Ce terrorisme noir est signé GAL.

 

Xavier Crettiez[62]

Ce qui, entre parenthèse, fait des GAL, jusqu’à l’arrivée de la vague islamiste de 2015, le groupe terroriste le plus meurtrier sur le territoire français. Évidemment il tue des Basques, donc d’une certaine façon ce n’est pas du terrorisme totalement aveugle et ça reste très localisé. Donc le gouvernement français s’en souciera modérément, mais il s’en souciera quand même, parce que ce n’est pas très bien d’avoir du terrorisme noir dans le sud. Et donc, c’est le début de la collaboration, et ça a très bien marché. Le GAL ça va très bien marcher. En gros, que dit le gouvernement espagnol à la France ? « On exporte chez vous le conflit basque. Vous dites que le conflit basque est uniquement un conflit espagnol, ce n’est pas vrai, la preuve, regardez, c’est en train de déborder chez vous ».

Réponse 21 

La volonté de ceux qui ont créé les GAL était certes de forcer la France à collaborer davantage. On peut dire que cet objectif a été atteint dans la mesure où les gouvernements français ont intensifié leur collaboration et ont commencé à faire obstacle à l’activité alors ouverte et libre de l’ETA sur le sol français. Les dates du début de la collaboration française avec la police espagnole pour interdire le territoire français aux militants de l’ETA[63], et celles des résultats effectivement obtenus, diffèrent néanmoins selon les sources[64].

Par ailleurs, les crimes des GAL

1) Auraient eu pour effet d’inciter au recrutement de jeunes dans les rangs de l’ETA (« dans les années 1980, il n’y avait pas meilleure justification que les GAL pour intégrer l’ETA », écrit Paddy Woodworth[65]),

2) Répondaient au schéma stratégique de l’ETA : action - répression - action (une action entraîne une répression qui ouvre la voie à une nouvelle action).

3) Ont contribué à assoir la vision abertzale de l’Espagne comme un pays non démocratique.

 « Le phénomène des GAL, assure Paddy Woodworth, est parvenu à ce que l’ETA n’était pas en mesure de réaliser seule : introduire un élément de doute corrosif dans le succès que fut, aux dires de  tous, la transition de l’Espagne vers la démocratie ».

 

Le souvenir des GAL restera un stigmate pour la démocratie espagnole.

La loi pour les victimes du terrorisme, approuvée par tous les partis en décembre 1999, incluait les victimes de l’ETA, de l’extrême droite, de l’extrême gauche et des GAL[66].

 

Témoignage Roman Orbe, 1984[67] (en espagnol doublé)

Nous marchions dans la rue en bavardant tranquillement, la camionnette était à cet endroit, quand, tout à coup, la moto a explosé. Là, il y avait un photographe, il était sûrement au courant de ce qui allait se passer. Pour moi, c’est la police ou quelqu’un d’autre qui l’avait renseigné. Pendant que nous étions au bar, le commissaire de Biarritz et ses hommes sont passés trois fois devant. Ils savaient quelque chose. Ils savaient qu’il se passerait quelque chose.

Réponse 22 

La presse française s’est fait l’écho d’agissements de policiers français (Le quotidien Libération nomme le commissaire Guy Medge) qui n’en auraient pas référé à leur hiérarchie[68]. L’Humanité a consacré plusieurs articles[69] sur les zones d’ombres entourant la collaboration de policiers français contre paiements et sur les difficultés du juge d’instruction de Bayonne à mener l’enquête.

Peut-être le documentaire aurait-il pu également s’interroger sur le fait que, jusqu’en 1983 les militants de l’ETA circulaient tout à fait librement en France, de manière publique et notoire. L’impôt révolutionnaire était perçu en toute impunité sur le territoire français où les terroristes préparaient leurs attentats et se mettaient à l’abri après les avoir commis. Il ne semble guère que la tradition française de terre des Droits de l’Homme puisse justifier d’avoir couvert pendant plusieurs années des crimes d’une telle gravité.

On ne mesure pas assez l’importance qu’a eue la France pour expliquer la durée du terrorisme de l’ETA. Dans son étude sur la fin de l’ETA, fondé notamment sur l’analyse des documents internes de l’organisation armée confisqués par les polices  Florencio Alonso écrit : 

« La clé de la défaite de l’ETA fut la destruction de sa capacité d’encadrement historiquement installée en territoire français. Les structures de la bande en France permettaient le fonctionnement efficace de l’ETA. Ses différents appareils s’occupaient du recrutement de nouveaux militants, de leur entraînement, (…) du financement de ses activités, de la fourniture d’armes et d’explosifs (…)  Sans ces structures, le potentiel de violence de certains secteurs de la population ne se serait pas transformé en activité terroriste ».  Entre 2000 et 2004 les opérations des polices espagnoles et françaises en France se multiplient contre  « tous les appareils de l’ETA «  qui « souffrent une détérioration spectaculaire du fait de la capture de leurs leaders  » et de leur infrastructure. Par exemple, en 2000, le démantèlement du bureau de falsification de documents opérant dans un appartement de Bayonne, en 2002 celui d’une des plus grande caches d’armes et d'argent dans les Landes, en 2003 les documents comptables de ETA à Estialescq (64) ; 2004 fut l’« année noire de l’appareil logistique » avec des arrestations dans diverses villes de France et la découverte d’une fabrique d’armes et d'explosifs dans la localité de Saint Michel (64). Ces opérations sont « l’étape de gestation de la défaite de la bande, même s’il elle a tardé encore plusieurs années pour clairement se matérialiser [70]» 

 

Question

La police était donc au courant qu’un attentat devait avoir lieu, et elle ne vous avait pas prévenus ?

Román Orbe

Si la police passe à côté de nous sans nous prévenir, c’est qu’ils veulent nous laisser tuer tous, sans intervenir. Ça c’est évident. Ils se sont mis d’accord avec le gouvernement espagnol, et ils s’entraident. Ce qu’ils veulent, c’est nous exterminer, nous faire partir d’ici.

Réponse 23

Aucune démocratie ne doit autoriser ces pratiques.

Des différences s’observent toutefois : aucune cérémonie de bienvenue n’a été célébrée pour les GAL et aucun documentaire n’en fait l’éloge. À l’inverse, en 2019, 20 hommages publics ont été rendus à des militants de l’ETA, et 63 en 2018.[71]

La phrase « ils veulent nous exterminer » résume très bien le sentiment exprimé par les personnes menacées par l’ETA et les familles des personnes assassinées par l’ETA.

 

Commentaire : Nous avons demandé à rencontrer le commissaire de Biarritz. Le ministère de l’intérieur nous l’a interdit.

 

Pierre Joxe[72]

Les Gal, ceux qu’on appelait les « galeux », c’était pas forcément des policiers espagnols, mais des voyous espagnols, qui étaient motivés, qui étaient payés pour aller commettre du contre- terrorisme en France. Ils ont tué des citoyens français, et même des fonctionnaires de la police nationale. Alors, je peux vous dire qu’on s’en est occupés. On les identifiés. Et le gouvernement espagnol de l’époque niait totalement, disait ce n’est pas vrai, ce n’est pas nous. Je leur disais : « On a fait des filatures, on a remonté, on a des voitures, on a des preuves ». Ils niaient, comme des enfants. Je leur disais : « Mais arrêtez, vous me fatiguez. Moi j’ai des preuves, des vrais preuves, qui… en justice…. » Pourquoi ? Parce que les Espagnols ne supportent pas la problématique du Pays basque.

Réponse 24

D’après Pierre Joxe, les mercenaires du GAL étaient des voyous espagnols.

Voyons cela : Patrick de Carvalho, était un ancien sergent des troupes spéciales françaises qui tenait un bar à Pau. Roland Sanpietro, un ancien boxeur, conduisait la camionnette avec laquelle Carvalho a commis l’attentat de Biarritz dans lequel ont été gravement blessés Ramón Orbe, qui apparaît dans le documentaire, et Pérez Revilla. Les deux avaient été gardes du corps de Simone Veil. Jean-Pierre Cherid, était un sergent vétéran parachutiste lors de la guerre d’Algérie ayant par la suite rejoint l’OAS ; il avait participé à des actions du bataillon basque espagnol du temps de Franco et, aux débuts du GAL, avait servi comme chef de la structure de mercenaires. À sa mort, il a été remplacé dans cette fonction par Jean-Philippe Labade, impliqué dans l’assassinat de Arenaza, beau-frère de Txomin. Mohammed Khiar était un mercenaire vétéran. Il a été arrêté par la police française en avril 1984 avec au moins dix membres soupçonnés d’appartenir au GAL. La majorité des personnes arrêtées étaient de nationalité française et appartenaient à des bandes criminelles de Bordeaux et de Paris[73]. Ils ont été remis en liberté par le juge Michel Svahn, qui fit de même avec Jean-Philippe Labade. Étaient également impliqués Pierre Baldés, Pierre Frugoli et Lucien Mattei, trois gangsters de Marseille[74].

Selon Pierre Joxe, « les Espagnols ne supportent pas la problématique du Pays basque ».

On peut dire également que les nationalistes basques de l’ETA ne supportent pas que le Pays basque soit à la fois basque et espagnol et que c’est pour cette raison qu’ils ont tué tant de personnes en les désignant comme Espagnols ou traîtres (Basques « espagnolistes »).

À l’inverse, quand ils ont voté en faveur de la constitution de 1978, les Espagnols ont accepté, parmi beaucoup d’autres choses, le plurilinguisme dans la totalité de l’État ainsi que l’octroi de droits spéciaux, au nom de l’histoire, aux communauté autonomes du Pays basque et de Navarre. Dans les années 1980, les gouvernements de gauche et de droite ont voté la décentralisation complète de l’enseignement, de la culture, de la santé. L’affirmation selon laquelle « les Espagnols ne supportent pas la problématique du Pays basque » est fausse et blessante.

 

Image d’actualités françaises, Madrid 14 juillet 1986

Environ dix heures ce matin, un autobus transportant 50 gardes civiles traverse la place de la République dominicaine.  Soudain l’explosion, l’autobus est criblé d’éclats. Huit gardes civils ont été tués, environ une trentaine ont été blessés, certains sont dans un état très grave. La voiture piégée était stationnée depuis près d’un mois sur la place où l’attentat a eu lieu, autant dire qu’il n’était pas improvisé.

 

Voix de la commentatrice

C’est dans ce contexte d’intensification des violences, appuyé par des mobilisations sociales de grande ampleur pour sortir du conflit armé, que vont se dérouler, à partir de 1989, trois temps de négociations bilatérales entre l’État espagnol et ETA, pour penser la sortie du conflit armé. Le premier à Alger, en 1989, où sont mêlés discussions militaires et politiques. Le second à Zurich, en 1999, alors que viennent d’être ratifiés les accords de Lizarra-Garazi qui ont fait naître un immense espoir en réussissant ce qui avait été manqué en 1977 à Chiberta, la constitution d’un Front Populaire basque. Et enfin, de 2005 à 2007, la dernière tentative de négociations bilatérales cherche, avec le processus dit de Loyola, à faire la synthèse des expériences passées. L’idée ici est de séparer formellement négociations politiques et questions militaires, par deux tables de négociations : une politique à Loyola, l’autre, technique, à Genève. Autour de ces trois temps de négociations bilatérales, des arrestations interviendront systématiquement parmi les dirigeants de l’ETA afin de déstabiliser l’organisation. Malgré les spécificités et avancées respectives de chacune de ces discussions toutes vont échouer dans leur tentative de résoudre le dernier et plus ancien conflit armé d’Europe occidentale. Et c’est ainsi que le 30 décembre 2006 s’ouvre un dernier cycle de violence avec l’explosion du terminal 4 de l’aéroport de Madrid.

Réponse 25

L’« intensification des violences » est le fait de l’ETA. Lorsque commencent les négociations d’Alger (janvier 1989), cela fait longtemps que les GAL ont disparu. Les discussions avaient été entamées des années auparavant, et certains des pires attentats de l’ETA ont été perpétrés alors qu’avaient lieu ces discussions préalables (le grand magasin Hipercor à Barcelone, le 19 juin 1987, ou la caserne de la Garde civile à Saragosse, le 11 décembre 1987).

Dire que « les accords de Lizarra-Garazi ont fait naître un immense espoir » traduit une implication idéologique très forte avec les thèses abertzales. Ces accords, signés en 1998, étaient une rupture avec les termes de l’« Accord pour la normalisation et la pacification du Pays basque »[75] signé en 1988 par la majorité des partis basques nationalistes et non nationalistes (PSE, PNV, EA, EE, CDS et AP) à l’exception de Herri Batasuna, bras politique de l’ETA, qui n’avait pas voulu participer. 

On peut lire dans ce pacte de 1988 (aussi appelé Pacte d’Ajuria Enea )

« Presque onze ans après les premières élections démocratiques, le terrorisme est un phénomène qui persiste parmi nous. Son éradication reste donc aujourd’hui un objectif commun fondamental de l’action de toutes les institutions et forces démocratiques. La lutte contre le terrorisme est, par-dessus tout, la lutte de la raison contre l’injustice, de la vie contre la mort, de la liberté contre la contrainte. Il s’agit par conséquent de l’effort pour faire prévaloir les principes éthiques sur lesquels se fondent la cohabitation dans une société civilisée face à ceux qui s’y refusent ».

 

Au contraire, en 1998, à Estella (Lizarra Garazi en basque) la démarcation a été établie entre abertzales et constitutionnalistes et non plus, comme dix ans plus tôt, entre entre démocrates et violents[76]. Après les multiples assasinats d’élus non nationalistes basques, seuls des partis nationalistes basques signèrent les « accords de Lizarra Garazi » : le parti nationaliste basque (PNV), Herri Batasuna, Eusko Alkartasuna, Ezkerra Batua, les syndicats nationalistes ELA/STV et LAB, et d’autres organisations abertzales et de gauche, notamment Elkarri prédécesseur du Forum social permanent.[77]  Cette union des forces fut motivée par la peur du nationalisme de perdre son hégémonie suite aux manifestations en réaction à l’assassinat de Miguel Ángel Blanco et à la résistance civile qui s’organisait contre l’ETA et “le nationalisme obligatoire” (cf réponse nº 3 sur  «l’esprit d’Ermua »[78]).

   On peut lire dans cet accord de 1998 :

Le contentieux basque est un conflit historique d’origine et de nature politique dans lequel sont impliqués l’État espagnol et l’État français. Sa résolution doit nécessairement être politique. Comme différentes conceptions existent quant à la source et à la continuité du conflit, exprimées sur le plan de la territorialité, de l’objet de décision et de la souveraineté politique, celles-ci deviennent le noyau des questions fondamentales à résoudre.

 

Cet accord de 1998 installe donc le conflit comme argument central pour expliquer la violence et établir les conditions de sa résolution.

 Des associations nationalistes pacifistes comme Elkarri sont chargées de diffuser l’idée selon laquelle la fin de la violence (pacification) repose sur la satisfaction de revendications identitaires (autodétermination)[79].

L’anomalie de la violence était ainsi attribuée à un déficit démocratique, de sorte que la responsabilité était toujours attribuée à l’Espagne.

En 1996, l’ETA avait tué 16 personnes. En 1998, elle en tue 6. En 1999, elle ne fait aucune victime. En 2000, elle assassine 23 personnes et en 2001, 15[80].

 

Archives : José Luis Rodríguez Zapatero 

« L’attentat d’aujourd’hui est incompatible avec l’accord de cessez-le-feu permanent. En conséquence, j’ai ordonné de suspendre toutes les initiatives liées aux efforts de dialogue ».

 

Voix de la commentatrice

C’est à cette date que l’histoire va prendre un tournant inédit et que la communauté internationale est invitée par la gauche indépendantiste à se mobiliser.

 

Jonathan Powell (anglais sous-titré)[81]

J’étais là quand les négociations ont échoué à Genève. J’ai vu les visages des leaders indépendantistes. Ils étaient furieux, les visages se sont effondrés. Je pense que ça les a amenés à convaincre leur base au Pays basque de suivre un chemin politique plutôt que militaire. Ils ont fait des centaines de réunions dans tout le pays pour gagner le soutien de la population. Ça a fondamentalement changé l’approche.

Réponse 26

L’échec des négociations à Genève survient après qu’une bombe de l’ETA posée dans un des terminaux de l’aéroport de Barajas ait tué deux citoyens équatoriens. Même après cet attentat, le président du gouvernement espagnol, Rodriguez Zapatero, malgré ses déclarations contraires, a de nouveau essayé de poursuivre le dialogue avec l’ETA. C’est une fois de plus l’ETA qui a rompu, après avoir compris que le gouvernement n’était pas disposé à satisfaire toutes ses revendications.

Jonathan Powell prétend que les leaders indépendantistes ont joué un rôle très important au moment de convaincre leur base de « suivre un chemin politique plutôt que militaire ». Si c’est effectivement le cas (et ce l’est selon nous en partie), cela signifie que les leaders indépendantistes ont également joué un rôle très important dans le maintien, des décennies durant, du soutien d’une partie des citoyens basques envers l’organisation terroriste. Les responsabilités politiques que cela implique n’apparaissent nulle part dans le documentaire.

 Jonathan Powell semble reconnaître que, pour ces leaders, le choix entre la voie politique ou militaire se fondait sur l’efficacité en termes de gains politiques potentiels, et non sur des critères moraux[82].

Il n’est mentionné nulle part que la motivation principale des indépendantistes basques n’était pas leur désaccord fondamental envers la violence, mais plutôt la certitude du coût politique qu’elle impliquerait pour eux. Il n’est mentionné nulle part l’affaiblissement matériel de l’ETA,  résultat de l’action efficace de l’État espagnol et de la coopération internationale, notamment après les attentats du 11 septembre 2001 à New York. 

Le tournant pour une partie du MLNV se situe en 2003 lorsque le parti Herri Batasuna fut interdit en vertu de la loi sur les partis politiques votée en 2002 au Parlement espagnol.[83] Contrairement à ce qui avait été prédit, il n’y eut pas, au Pays basque, de manifestations importantes pour prendre la défense de Herri Batasuna. En 2009, le Tribunal Européen des Droits de l’Homme confirma la légalité de cette interdiction. Florencio Dominguez écrit :[84] « Les dirigeants de l’ancienne Batasuna qui aspiraient à revenir à la politique prirent conscience (…) qu’ils ne pourraient le faire à moins de rompre avec l’ETA (…) ou que la bande cesse ses activités. (…) La faiblesse de la direction de l’ETA facilita la tâche aux dirigeants de l’ancienne Batasuna qui osèrent, pour la première fois, s’imposer et faire pression pour que l’ETA arrête son activité afin qu’ils puissent revenir à la légalité. L’action policière se convertit en alliée stratégique des dirigeants de Batasuna, reconverti en Sortu. »

En janvier 2010, la police intercepta un commando et fit échouer son projet d’attentat à la voiture piégée contre deux grandes tours à Madrid (les tours KIO), ce qui accentua l’état d’impuissance de l’ETA y compris vis-à-vis de l’ensemble du mouvement. Des documents internes de l’organisation de 2011 lui attribuait encore « la direction de la stratégie politico-militaire », mais, à l’été 2011, ETA finit par abandonner la « direction politique » à Batasuna, faute de pouvoir l’assumer à cause de la pression de la police. « La conférence internationale célébrée à Saint Sébastien le 17 octobre 2011 fut la manœuvre mise en scène pour adoucir l’amère fin de la défaite de la bande terroriste. Trois jours plus tard, ETA annonçait « la fin définitive de son activité armée ».

 

Rufino Etxeberria[85] (basque sous-titré)

En 2009, nous terminions ces réunions. Nous peaufinions cette réflexion, les documents étaient prêts, nous allions les distribuer au sein de la gauche indépendantiste. C’est là qu’ont eu lieu les arrestations de nos dirigeants. Le gouvernement savait que nous menions ce processus. Pourquoi ? Jusque-là, l’État avait trouvé le moyen de combattre cette stratégie politico-militaire. Il préférait cette stratégie de vainqueur/vaincu, gagnant/perdant. L’État pensait que le temps jouait pour lui. Ça lui convenait de suivre cette voie, parce qu’il pensait nous vaincre.

Réponse 27

L’insistance des intervenants sur le refus des gouvernements de l’Espagne à négocier est un mensonge : ils s’y sont tous prêtés.

En décembre 1976 et janvier 1977, avec le gouvernement de l’UCD présidé par Adolfo Suárez, à Genève.

À la fin de l’été 1980, avec le ministre de l’intérieur de l’époque, Juan José Rosón (UCD), et le secrétaire général de Euskadiko Ezkerra, Mario Onaindía (par la suite menacé de mort par l’ETA).

En juin 1984, en collaboration avec l’ambassadeur français en Espagne, Pierre Guidoni, un groupe de jésuites s’est proposé de servir de médiateur au gouvernement espagnol, ce que ce dernier a accepté.

En janvier 1987, le secrétaire d’État Julián Sancristóbal, et les commissaires Manuel Ballesteros et Pedro Martínez, se sont entretenus avec Domingo Iturbe Abasolo dit Txomin, qui s’est présenté aux côtés de l’avocate française Christianne Fando.

En janvier 1989, trois chefs de l’ETA (« Antxon », Ignacio Aracama et Belén González) ont rencontré en Algérie Rafael Vera (secrétaire d’État à la sécurité du gouvernement du PSOE) et Juan Manuel Eguiagaray  (délégué du gouvernement au Pays basque).

En mai 1999, les interlocuteurs du gouvernement de José María Aznar (PP) furent le secrétaire général de la présidence, Javier Zarzalejos, et le secrétaire d’État à la sécurité, Ricardo Martí Fluxá, qui rencontrèrent en Suisse le dirigeant de l’ETA Mikel Albisu dit Antza.

Le 17 mai 2005, le Congrès adopta en séance plénière avec le soutien de tous les partis à l’exception du Parti Populaire, une résolution en faveur de l’ouverture d’un processus de dialogue avec l’ETA, à la condition que la bande terroriste dépose les armes. Le 30 décembre 2006, alors que le gouvernement de Rodríguez Zapatero considérait achevé le processus de deux ans de discussions, l’ETA tua deux personnes au moyen d’une puissante bombe à l’aéroport de Barajas[86]

 

Jonathan Powell [87] (anglais sous-titré)

Même au Nigéria, à la fin de la guerre du Biafra, le gouvernement affichait partout : « Pas de gagnant, pas de perdant ». Le gouvernement espagnol du Parti Populaire voulait être le gagnant, et que ETA soit le perdant. Le Sinn Fein obtenait un tiers des voix en Irlande du Nord. Ils avaient un vrai soutien politique malgré les violences. Nous devions donc traiter avec eux. Les indépendantistes ont un vrai soutien politique. Nous devons donc nous engager à leurs côtés.

Réponse 28

La formule « Pas de gagnant, pas de perdant » est de Jonan Fernández[88], qui disait qu’une « fin ordonnée » de l’ETA serait nécessairement « sans vainqueurs ni vaincus ».  La tâche des médiateurs fut de faire le possible et l’impossible pour y parvenir.

 

Anita Lopepe[89]

De là, s’ensuit un événement qui est extrêmement important qui est la conférence internationale de paix d’Aiete (17 octobre 2011) à Saint Sébastien, qui réunit beaucoup de personnalités de haut rang, des personnalités internationales, qui viennent en quelque sorte, par leur seule présence, exprimer la nécessité d’arriver à la mise en place d’un processus de paix. Cette déclaration en cinq points acte, entre autres, la nécessité d’arrêter la lutte armée de l’ETA, la nécessité de discuter entre l’ETA et les États français et espagnols. Elle a acté cette décision de l’ETA d’arrêter son activité armée, elle acte aussi l’importance de prendre en compte la question des victimes, des conséquences du conflit, et enfin, la communauté internationale propose son aide, son regard pour mener à bien cette feuille de route. C’est un événement extrêmement important. À cette conférence, à Saint Sébastien, on trouve ces personnalités internationales, mais on retrouve aussi des représentants de l’ensemble des forces politiques et syndicales qui sont présentes sur le Pays basque sud et le Pays basque nord.

Réponse 29

Pour le documentaire, les nationalistes basques sont le peuple basque notamment ceux qui se reconnaissent dans les arguments et les revendications de la gauche abertzale, alors que le soutien électoral à Batasuna et apparentés tourne autour des 17 %. Cet abus de représentation est récurrent.

La « société basque » n’a  participé ni aux actions de Aiete et de Bayonne, ni à celles de Cambo (conférence d’Arnaga), car ni les gouvernements nationaux, ni le gouvernement autonome basque n’y étaient représentés (mais le parti PNV l’y était). Des acteurs essentiels comme les organisations actives en faveur des victimes de l’ETA et de la démocratie n’y étaient pas non plus (Gesto por la Paz[90], Foro Ermua[91], Covite[92], Association Victimes du terrorisme (AVT)[93], Fundación Miguel Ángel Blanco[94], Fundación Fernando Buesa[95], Fundación Gregorio Ordoñez[96], Fundación Mario Onaindia[97], etc).

C’est un groupe d’associations nationalistes opposées à la stratégie des assassinats (Elkarri, Lokarri, Baketik, Foro Social, Bake Bidea, Artisans de la Paix) qui, en association avec les secteurs à la tête du nationalisme basque radical, a géré ces actions et leur publicité et eu recours à plusieurs personnalités internationales et conseillers municipaux du Pays basque français pour attirer les projecteurs.

Le Parti socialiste et le syndicat communiste Comisiones Obreras n’étaient pas représentés à Cambo parce qu’ils ne voulaient pas « contribuer à blanchir la fin de l’ETA[98] ».

La référence à la communauté internationale et aux personnalités internationales est abusive. Les personnes impliquées n’ont pas de mandat public et ont souvent des liens personnels de longue date avec le nationalisme basque radical.

 

Anaiz Funosas[99]

Ça a été un grand moment, je dirais un nouvel espoir. La communauté internationale qui croit en ça, de voir que les gens se remettent autour d’une table, et une organisation ETA qui va répondre trois jours après favorablement avec une déclaration historique.

Réponse 30

Il n’existe pas une telle communauté internationale. Une série de personnalités, plus ou moins prestigieuses et toujours respectables, participent à un jeu difficilement justifiable. Ils ne représentent aucune institution internationale, instance ou entité supranationale.

La situation est restée identique avant et après que l’ETA a renoncé à la violence. La décision de déposer les armes fut le résultat de la volonté des militants de l’ETA, comme l’avait été celle de les prendre. Il est évident que, si une quelconque procédure de réelles négociations avait eu lieu, l’ETA aurait soumis le dépôt des armes à ces négociations ; ce ne fut pas le cas.

 

Voix de la commentatrice

Le 20 octobre 2011, ETA annonce solennellement la fin de la lutte armée et appelle le peuple basque à prendre part dans la sortie raisonnée du conflit, déclaration qui n’infléchira pas les politiques répressives des États espagnols et français, bien au contraire. Ces derniers feront tout, en multipliant les arrestations, pour empêcher le futur désarmement.

Réponse 31

C’est vrai. L’ETA fut la seule à abandonner « le conflit » car elle en était le seul acteur.

 

Actualités espagnoles. Déclaration Mariano Rajoy. Président du gouvernement (espagnol sous-titré)

« Nous ne leur devons rien et nous ne devons les remercier pour rien ».

Réponse 32

Il est étonnant que cette déclaration soit considérée comme un événement. Le gouvernement espagnol devrait-il les accueillir comme des héros et leur décerner le prix Nobel de la Paix ? D’autant plus qu’ils n’avaient jamais exprimé le moindre repentir ? 

 

Actualités françaises. Déclaration Manuel Valls, ministre de l’intérieur puis premier ministre

« La France et l’Espagne continueront donc à œuvrer avec la même détermination, cette politique sera poursuivie. Il n’y a pas de changement. Il ne peut pas y avoir de changement ».

Réponse 33

Qu’auraient dû faire les gouvernements de France et d’Espagne? Passer outre les enlèvements, assassinats, extorsions, harcèlements et attaques de domiciles et d’établissements ?

 

Raymond Kendall[100]

Leur attitude est, à mon avis, primitive. Nous, nous voulons gagner. On veut vous éliminer, rien d’autre ne nous intéresse. Et ce n’est dans ces conditions-là que l’on peut entamer un dialogue quelconque. Et, pour l’instant, avec l’Espagne, on en est là. En conséquence aussi de cette attitude, on en est là en France aussi.

Réponse 34

Qu’y-a-t-il de mal à vouloir soumettre, dans le respect des procédures de l’État démocratique, une organisation armée qui a prétendu imposer ses objectifs au moyen d’une persécution violente de ceux qu’elle désignait comme ses ennemis ?  Voulons-nous vaincre les forces antidémocratiques, xénophobes, suprémacistes présentes en Europe ? Ou devons-nous ouvrir avec elles des espaces de négociation et d’accord ?

 

Anaiz Funosas[101]

Ce qui s’est passé après c’est, malheureusement, très rapidement, si ce n’est le jour même, le gouvernement du PP va carrément mépriser la communauté internationale avec des mots très, très durs, notamment à l’encontre de Kofi Annan, et va, dès le premier moment refuser la mise en place de ce processus de paix. Il va, à partir de là, lancer l’unique message : « Ici, il n’y a pas de conflit, ici il n’y a que du terrorisme. Les terroristes on les terrorise, et donc c’est par la voie policière qu’on trouvera une issue à tout ça ».

Réponse 35

Il semble qu’aucun membre du gouvernement espagnol n’a employé ces termes. La thèse qu’ont soutenu les gouvernements espagnol et français a été simple : des libertés existent tant en Espagne qu’en France pour défendre les propositions souhaitées. Le fait qu’une organisation ait commis des assassinats pendant des décennies ne veut pas dire que la raison est de son côté.

 

Jonathan Powell (anglais sous-titré)[102]

L’utilisation du mot « terrorisme » ne nous aide pas beaucoup. Il ne sert qu’à insulter l’autre camps. La terreur peut être utilisée par un gouvernement, par un individu, par un groupe. Cela ne vous dit rien des motivations, ni comment résoudre le problème.

Réponse 36

Une des rares occasions où le mot « terrorisme » apparaît dans le documentaire est pour nier la pertinence de son usage. Quelques semaines après l’attentat de l’aéroport de Barajas à Madrid (comment le chef de cabinet de Tony Blair qualifierait-il cela ?) un « groupe permanent de conseillers internationaux », mis sur pied par le gouvernement nationaliste basque de Juan José Ibarretxe, affirma, via son porte-parole Roelf Meyer, ancien ministre d’Afrique du Sud, que «la bombe suppose un défi, une provocation au processus, sans pour autant signifier la conclusion de ce dernier » et que « le conflit peut uniquement être résolu par le dialogue et la négociation ». Et d’ajouter que « l’attentat suppose une nouvelle occasion de renforcer le processus de paix et de permettre de nouvelles négociations[103] ».

Imaginons que, suite à l’attentat contre Charlie Hebdo, quelqu’un ait soutenu qu’un tel évènement ne constitue pas un motif suffisant pour ne pas établir un dialogue avec les responsables.

La tâche des experts revient, dans les faits, à légitimer l’autodescription des violents et donc leur solution : un soi-disant dialogue qui n’en est pas un, à moins que l’on accepte l’imposition de leurs clauses. Si vous n’acceptez pas les prémisses abertzales, vous êtes discrédité en tant qu’interlocuteur car vous ne voulez pas le dialogue et vous êtes accusé d’agir contre la paix.

 

Anita Lopepe[104]

On pourrait imaginer que dans ce nouveau scénario il y ait des signes d’apaisement qui soit envoyés juste comme l’expression d’une volonté de construire quelque chose. Non, bien au contraire : la dispersion des prisonniers dans différentes prisons des États français et espagnols a augmenté, les droits des prisonniers ont continué à être bafoués, et dans certains cas, sur certains conflits bien précis, dans des situations complètement aberrantes. Les familles ont continué, et ça c’est très important, je pense, la question des prisonniers politiques et de leurs familles, parce que, au regard de cette phase de confrontation armée, on parle de milliers et de milliers de personnes qui, à un moment donné, ont été soit mises en examen, incarcérées, arrêtées, ont subi une garde à vue, ont été emprisonnées, ont connu quelqu’un qui a été emprisonné ou torturé. Ça fait beaucoup, beaucoup de monde qui finalement avaient beaucoup d’espoir et se sentent vraiment frustrés de constater que non seulement les choses ne s’arrangent pas, mais, qu’en plus, sur certains points, les conditions, par exemple des prisonniers, se dégradent. 

Réponse 37

Il n’est pas précisé en quoi consiste cette dégradation des conditions des prisonniers.

Anita Lopepe exprime le point de vue du documentaire : on insiste sur les souffrances des prisonniers de l’ETA tout en les exagérant, sans même mentionner les raisons de leur emprisonnement, les torts engendrés et, plus important encore, le fait qu’ils avaient la possibilité d’éviter la dispersion en suivant la voie de la réinsertion. Le silence sur ce point est le biais le plus grave du documentaire et la pire entorse au titre de pacifistes des “Artisans de la paix”. 

 

Rufino Etxeberria[105] (basque sous-titré)

Au fond, l’État espagnol ne voulait pas changer de stratégie. Ce conflit qui existait depuis des décennies dans notre pays, l’État ne voulait rien y changer parce qu’il se sentait mieux dans cette situation et parce qu’ils n’ont pas d’agenda démocratique pour notre peuple. Donc, mieux vaut un conflit démocratique de faible ou de forte intensité, il était alors de faible intensité. Donc, continuons comme ça plutôt que de travailler à construire la paix et la démocratie réelle. 

Réponse 38

Expliquer que l’État (qu’entend-t-on par “l’État” ?) se sentait mieux dans cette situation est une affirmation gratuite et sans fondement. Il ne parait pas très logique de penser que des politiques, juges, policiers, fonctionnaires... puissent se sentir mieux avec la menace du terrorisme pesant sur eux. Ne serait-il pas plus raisonnable de penser que toutes les personnes menacées par l’ETA au fil des ans ont rendu un énorme service au système démocratique en faisant front courageusement à une organisation qui n’a pas hésité à tuer pour le simple fait de ne pas partager ses objectifs ?

Les gouvernements du Parti socialiste (PSOE) ont cherché une sortie négociée avec l’ETA (Felipe González dans la négociation d’Alger, José Luis Rodriguez Zapatero dans le dénommé processus de paix à partir de 2005), et les gouvernements du Parti Populaire, en principe moins enclins au dialogue, ont également discuté avec l’ETA dans le cadre de la trêve de 1999.

Entre 1996 et 1999, le premier gouvernement du Parti Populaire a autorisé le transfert de 190 membres de l’ETA au Pays basque, tout en facilitant le retour de trois cents exilés et en améliorant les conditions d’emprisonnement[106].

Face à une organisation terroriste, un gouvernement démocratique qui utilise tous les pouvoirs de l’État (police, justice, institutions pénitentiaires) pour combattre les violents cherche à provoquer sa défaite. Quel mal y-a-t-il à cela ? Faut-il décréter une égalité entre les institutions démocratiques et les terroristes ? Quelle doctrine politique défend une telle position ?

 

Anita Lopepe[107]

Ici[108], les gens ont réussi à parler, ils ont une sensibilité politique différente, à se mettre d’accord sur un certain nombre de points extrêmement concrets, qui définissent un petit peu cette feuille de route. Il y a des personnes aussi qui ont réussi à parler, alors qu’elles étaient quelques années auparavant des deux côtés de la barricade, si on peut dire. Il y a des choses qui se sont passées au niveau de la société civile qui sont extrêmement fortes de sens et, à côté de ça, la question du conflit basque continue à être instrumentalisée par les gouvernements français et espagnols pour des intérêts qui dépassent totalement ceux des habitants d’ici. 

Réponse 39

Anita Lopepe s’arroge le titre de représentante des intérêts d’« ici » face aux instances démocratiques françaises de représentation. C’est la stratégie populiste de Batasuna depuis les années 1990 : « l’idée selon laquelle l’objet de la politique basque est le peuple basque doit être à la base de chacun de nos actes »[109].

L’ancien prisonnier de l’ETA et porte-parole de la “Voie Nanclares”, un collectif incontournable et ignoré à dessein du casting du documentaire, Joseba Urrusolo Sistiaga, a une autre vision de la “société civile” évoquée par Anita Lopepe. Il dit: « Toute une série de mouvements tels que Sare, Foro Social [avec Bake Bidea]… contrôlés par Sortu[110], par des militants de Sortu, se mettent en marche avec pour seul objectif d’atténuer la responsabilité de Sortu [...] en passant à côté de l’essentiel : la réflexion critique et éthique sur toutes les souffrances injustes que nous, le monde de l’ETA, pas seulement ses militants, avons provoquées »[111].  Né en 1957, Joseba Urrusolo Sistiaga a intégré l’ETA dans sa jeunesse. Il a participé aux commandos Madrid et Barcelone et fut un des terroristes les plus recherchés des années 1980 et du début des années 1990. Il a abandonné l’ETA pour cause de divergences avec sa direction en 1994 et a été arrêté en France en 1997. Il a été condamné à 449 ans de prison pour 16 assassinats et deux enlèvements. Pionnier de la réflexion autocritique des prisonniers de l’ETA, il est sorti de prison le 28 février 2016.

 

Max Brisson[112]

Malgré nos démarches, malgré tout un travail au-delà des étiquettes politiques des uns et des autres, nous avons été confrontés à ce silence, cette indifférence, comme si, dans l’histoire, on avait un exemple de conflit qui n’avait pu être réglé que par des opérations militaires ou policières. Aucun conflit dans l’histoire n’est réglé par les armes.

Réponse 40  

Max Brisson exprime une sensibilité répandue parmi les médiateurs, une combinaison de suprémacisme – ils savent mieux que quiconque comment résoudre le problème, tous ceux qui ont essayé au préalable ou d’une autre manière ne comprennent rien, sont incompétents ou malintentionnés – et de messianisme – ils font l’impossible pour apporter des solutions inédites qui ne sont ni acceptées ni reconnues. Ils semblent à tel point habités par leur rôle de pacificateurs, selon la thèse des militants abertzales proches de l’ETA,  qu’ils ne perçoivent pas l’enjeu démocratique d’une reconnaissance publique, par les militants de l’ETA et leurs soutiens, que le terrorisme nationaliste basque fut totalitaire.

Les noms des criminels de l’ETA ne peuvent être accueillis dans les manuels d’histoire du Pays basque, quelle que soit la langue d’enseignement,  comme ceux de chevaliers d’une épopée héroïque.

 

Jean Noël Etcheverry dit Txetx[113]

Plus incroyable encore, c’est que les États vont mettre des obstacles à un travail qui se met en place après la décision d’arrêter la lutte armée, qui est un travail d’inventaire de l’arsenal de ETA, et de mise sous scellées de cet arsenal pour bien contrôler les armes, qu’elles n’aillent pas à des gens, par exemple à des dissidences qui voudraient réalimenter le conflit etc., Et donc, les États et les polices françaises et espagnoles vont, en fait, s’amuser, d’une part, à arrêter les militants de l’organisation ETA qui mènent ce travail d’inventaire, de mise sous scellés etc., etc., mais, en plus, vont également faire des pressions sur les membres de la commission internationale de vérification, ou ces experts, les spécialistes qui sont chargés de vérifier, de favoriser ce processus de neutralisation de l’arsenal de l’ETA.

Réponse 41

Ce qui est incroyable, c’est de soutenir que les États doivent être au service d’un groupe particulier de la société qui n’a fait preuve d’aucun repentir vis-à-vis de ses crimes et continue à encenser ses assassins. Une organisation qui souhaite se désarmer ne peut-elle vraiment pas s’en charger seule ? Est-ce crédible de prétendre que l’ETA n’a eu cesse de vouloir la paix depuis qu’elle s’est mise à tuer mais que c’est uniquement grâce au labeur de ceux qu’on appelle, à tort, les « médiateurs » et la « communauté internationale » qu’elle est parvenue à vaincre la diabolique stratégie des États pour l’empêcher de déposer les armes ?

Txetx déclare : « L’État espagnol, qui n’a eu de cesse d’instrumentaliser la lutte armée afin de dépolitiser la question basque. » Si vraiment la lutte armée a bénéficié à l’État espagnol ou à la droite espagnole, et que l’ETA et ses soutiens en étaient conscients, n’appartenait-il pas à l’ETA de mettre un terme à une activité bénéficiant à son ennemi déclaré ?

 

Alberto Spektorowki (anglais sous-titré)[114]

Même aux yeux d’un gouvernement de droite en Israël, qui ne fait jamais aucune concession, imaginons que le Hamas déclare : « Fin de la violence. Fin de l’histoire », Israël dirait « On ne vous croit pas ». Mais si les services de sécurité disent : « C’est la vérité. Ils veulent non seulement la fin de la violence et aussi rendre les armes dans un geste de démonstration à Israël ». Et, mieux que ça, ils ne demandent pas en échange l’autodétermination pour Ia Palestine, Rien. La seule chose qu’ils demandent c’est le rapprochement des prisonniers. Je suis sûr que le gouvernement d’Israël dirait : « allons-y s’il vous plait, récupérons les armes ! C’est bon, merci beaucoup ».

Réponse 42 

La comparaison entre le problème palestinien et le soi-disant conflit basque est très difficile à accepter. Un simple aperçu des conditions de la vie quotidienne à Bilbao, Vitoria et Saint Sébastien par rapport à ce qui se passe à Gaza ou en Cisjordanie devrait suffire à éviter toute comparaison de cette nature. Une des mystifications les plus récurrentes du nationalisme radical basque a été de se faire passer pour un peuple opprimé en permanence.

Les « experts » en matière de paix et de conflits comparent sans rougir des cas très différents de situations violentes : Sri Lanka, Kurdistan, Irlande du Nord, Afrique du Sud, Sahara occidental, Palestine. Alberto Spektorowki dit que les Basques sont les Palestiniens mais qu’ils n’ont pas de contrepartie raisonnable comme apparemment le serait, de son point de vue, l’État d’Israël. Il insinue donc que les élus de l’État espagnol, le plus décentralisé d’Europe, sont aveuglés par une étrange folie ou une insondable stupidité.

 

Jean Noël Etcheverry dit Txetx[115]

Nous, en tout cas, qui étions des militants qui étions plutôt critiques, voire très critiques par rapport à la stratégie de lutte armée d’ETA, et qui avions applaudi sa décision d’arrêter la lutte armée, on voyait ça d’un œil très préoccupé, inquiet. On est entré en contact avec l’organisation ETA et on a commencé à discuter pour voir si effectivement il y avait, comme ils l’affirmaient, une volonté réelle de désarmer, etc., et de leur proposer de contribuer à ce désarmement, jusqu’à leur proposer de nous déléguer la responsabilité du démantèlement de leur arsenal.

Réponse 43

La dernière phrase ne manque pas d’humour, à moins de croire en leurs pouvoirs thaumaturgiques : une organisation responsable de la mort de plus de huit cents personnes ayant procédé à des enlèvements, extorsions, violences et persécutions se laisse subitement convaincre par cet “Artisan”. 

Il faudrait l’inviter à s’impliquer dans la liste des conflits faisant rage sur la planète. En commençant, par confort de proximité, avec ceux ayant mené une lutte armée dans les rues de Paris, de Strasbourg ou de Nice.  Étant donné que l’ETA a tué pendant presque la moitié de leur existence, on se demande à quel moment ils ont exprimé leur première critique de la violence. Jean Noël Etcheverry parle de « lutte armée », il ne parle pas de terrorisme. Ce n’est pas anodin.

 

Actualités françaises. Arrestation de militants de Bakea à Louhossoa (Pays basque français) le 16 décembre 2016 – Déclaration du ministre de l’intérieur Bruno Le Roux

« Je veux féliciter toutes les forces de sécurité qui ont procédé à des arrestations et qui ont pu saisir de très nombreuses armes, des explosifs, des munitions. Aujourd’hui c’est à la justice, et donc au procureur de mener l’enquête ». Placées en garde à vue, les cinq personnes sont actuellement entendues à la police judiciaire de Bayonne, et devraient être transférées prochainement au parquet anti-terroriste de Paris.

 

Jean-René Etchégaray[116]

Ceux qui ont été arrêtés à Louhossoa, ce sont des faiseurs de paix, ils sont traités comme des criminels alors qu’en réalité ils sont en train de construire la paix en Pays basque pour demain.

Réponse 44

La même question persiste : où étaient les “Artisans de la paix “pendant que l’ETA tuait ? Les crimes de l’ETA n’intéressaient-ils pas les “Artisans de la paix “?

La paix est déjà instaurée au Pays basque. Les faiseurs de paix avaient un rôle à jouer quand des violences étaient perpétrées ; ils n’ont aujourd’hui plus d’utilité. Il n’y a pas de processus de paix car il n’y a jamais eu de guerre ou d’affrontement entre factions. Il y avait un groupe terroriste, qui a fait disparaître avec lui toute trace du soi-disant conflit. Des rivalités et des différences persistent, comme dans toute société normale.

Le maire de Bayonne ignore-t-il que le monopole de la violence appartient à l’État ? Ne comprend-t-il pas que les démarches impliquant des armes ne peuvent être attribuées à qui que ce soit en marge de l’État ? N’est-il pas frappant que la seule fois où le mot « criminels » est employé dans le documentaire il sert à discréditer l’État ?

Jean-René Etchégaray fait preuve d’une parfaite partialité envers les prisonniers de l’ETA et démontre une absence complète de solidarité envers les personnes assassinées par l’ETA. Il ne respecte pas la résolution du Parlement européen du 30 mai 2018 établissant des normes minimales concernant le soutien et la protection des victimes de la criminalité.

        

Raymond Kendall[117]

C’était ridicule, c’était ridicule. Le ministre de l’intérieur aurait dû réfléchir un petit peu avant de faire une telle déclaration.

 

Pierre Joxe[118]

Qu’est ce qui s’est passé exactement ? D’après mes informations et les gens que je connais qui se sont occupés de ça, il y avait une volonté d’essayer de faire une étape de plus dans le désarmement, en désarmant, y compris d’une façon technique, c’est à dire en neutralisant des armes qui, si elles ont été démilitarisées, ne sont plus des armes. Donc ça paraît une très bonne chose ça. Là, je dois dire que mon lointain successeur… Comment s’appelle-t-il déjà ? Le Roux ? Le Roux… n’a pas dû être très bien briefé avant de s’exprimer.

Réponse 45 

À cette date, l’ETA assumait que l’Espagne comme la France refuseraient de négocier son désarmement. Elle a donc essayé d’organiser la destruction d’une partie de ses armes sans contrôle des gouvernements, pour éviter l’image de la reddition, et pour éviter également de livrer des armes intactes aux autorités.

Un rapport du Centre pour la mémoire des victimes du terrorisme écrit: « L’opération du 16 décembre a empêché la destruction d’un lot d’armes de l’ETA dans la localité de Louhossoa par un groupe de citoyens français. Cette action policière a mis définitivement un terme aux tentatives de la bande de se débarrasser de ses armes sans les livrer intactes aux autorités. (...) L’ETA a dû assumer en avril 2017 ce qu’elle n’admettait pas au mois de décembre précédent, la remise de ses armes sans manipulation[119]. Un membre de l’ETA, Oier Ibarguren, lors d’un jugement tenu à Paris le 28 avril, a reconnu que la bande avait remis les armes parce que l’Espagne et la France n’avaient pas permis la destruction de l’armement, un point que le membre de l’ETA avait trouvé « choquant » et « incroyable »[120].

 

Serge Portelli[121] 

Donc vous avez une organisation qui dit « Je vous remets les armes pour qu’elles soient neutralisées dans un processus de paix », et vous avez de l’autre côté, c’est une application très claire du phénomène du déni, un gouvernement ou des policiers qui disent : « Et bien voilà, nous avons réussi une opération antiterroriste extraordinaire, donc c’est une victoire ». Effectivement tout cela n’a strictement aucun sens. Et je comprends que, pas simplement les élus, les représentants du peuple basque, le peuple basque lui-même, soit humiliés, humiliés. Parce que c’est non seulement méconnaître cette réalité, mais c’est en même temps mépriser une aspiration très forte du peuple basque.

Réponse 46

Les familles, les amis des personnes assassinées par l’ETA, ainsi que les citoyens qui vivaient avec des gardes du corps parce qu’ils s’étaient manifestés publiquement contre l’ETA, ont de quoi se sentir humiliés car ils ne bénéficient en France d’aucun signe de solidarité ou de compréhension, au contraire. La profanation de la mémoire des morts, les hommages rendus aux membres de l’ETA non repentis n’apparaissent pas dans le documentaire.

La Résolution du Parlement européen du 30 mai 2018 sur la mise en œuvre de la directive 2012/29/UE établissant des normes minimales concernant les droits, le soutien et la protection des victimes de la criminalité « demande (points 48 et 49) aux États membres d’éviter toute nouvelle victimisation découlant d’humiliations ou d’atteintes à l’honneur de la victime commises par des membres des secteurs sociaux proches de l’auteur des violences; rappelle que ces actes constituent une nouvelle victimisation et ne sont pas protégés par la liberté d’expression, conformément à l’article 10, paragraphe 2, de la convention européenne des droits de l’homme et à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme; invite les institutions concernées à prévoir des garde-fous pour éviter les préjudices secondaires subis par les victimes du fait des humiliations et des atteintes portées à leur image par des secteurs sociaux liés aux agresseurs »[122].

 

Max Brisson[123]

On ne veut pas voir le fait que, y compris dans les prisons, il y a des hommes et des femmes qui disent : « On veut tourner la page ». Ce qui ne veut pas dire que l’on nie ce que l’on a fait. On le regarde en face, et comme on veut avancer, on est prêt à faire des gestes. Donc on ne prend pas ça en compte, on met le couvercle sur la marmite en disant : « De toutes façons ils ne représentent plus rien, on a gagné la guerre » . On sait ce que ça donne par la suite. C’est que la marmite un jour, elle explose à nouveau

Réponse 47

Max Brisson considère comme aveugles et ignorants ceux qui n’acceptent pas la définition de la réalité des “Artisans de la paix” et ne sont pas reconnaissants de leurs actes. Max Brisson dit que les prisonniers de l’ETA veulent tourner la page.  Prenons l’exemple de quelqu’un qui a tué sa femme. Peut-il exiger la même chose ?

Lorsqu’il s’agit de violences politiques, on ne peut pas tourner la page sans l’avoir lue, sans se rendre compte des motivations ayant été invoquées pour perpétrer ces violences et des conséquences qu’elles ont engendrées. On ne peut donc pas admettre que Max Brisson ignore les prisonniers de l’ETA ayant opté pour la “Voie Nanclares” en assumant les torts qu’ils ont engendrés[124].

Les pacificateurs se présentent comme des accompagnateurs du démantèlement des armes alors qu’ils ne font rien pour désarmer les esprits, ce qui est pourtant ce qu’ont proposé les prisonniers dissidents. Joseba Urrusolo Sistiaga, l’ancien prisonnier de l’ETA et porte-parole de la “Voie Nanclares”, aurait mérité ici encore quelques minutes d’écran. Il explique que, lorsqu’il a décidé en 2008 de quitter le collectif des prisonniers avec d’autres membres de l’ETA, l’organisation a exercé sur lui une pression énorme. La position du collectif de prisonniers contrôlé par l’ETA était intransigeante : on ne pouvait ni choisir un avocat en dehors de ceux du collectif, ni demander un changement de grade ou de prison. De plus, les prisonniers dissidents avaient à pâtir du fait que leur décision supposait une stigmatisation de leurs familles. « Il était impressionnant de voir des militants, avec des années d’expérience au sein de l’ETA et de nombreuses années de prison, totalement dépourvus de leur capacité de décider»[125]. Ils acceptèrent l’année suivante l’instauration par le gouvernement d’une application flexible de la politique pénitentiaire en échange de la reconnaissance des torts engendrés et du renoncement à l’ETA. Ils établirent des liens avec les personnes et organismes qui travaillaient sur les thèmes de la paix et de la cohabitation. Ces militants de l’ETA, absents du documentaire, furent les véritables médiateurs. Max Brisson aurait pu leur demander : « qu’est-ce que ça fait de regarder en face vos actions ?” “Que signifie aller de l’avant ?” “Que signifie être disposé à entreprendre des démarches ?”

Malheureusement, en 2011, le gouvernement du Parti Populaire a mis un frein à la “Vía Nanclares” ; exiger son rétablissement aurait été une demande raisonnable de la part des pacificateurs, car ces dissidents avaient pour leur part un message conséquent pour la paix. Joseba Urrusolo écrit: « Nous insistions pour notre part sur le fait que l’essentiel est de procéder à une réflexion nécessairement critique du passé et de la mentalité si néfaste qui se développe autour du recours à la violence. Car nous le devons à la société. Comme allons-nous continuer à justifier face aux jeunes, comme réflexion pour l’avenir, une peine de mort que nous avons nous-même décidée et appliquée, alors que nous y sommes résolument opposés en tant que méthode pour appliquer la justice ? Il est nécessaire de fermer les plaies en reconnaissant combien il fut brutal, injuste et inacceptable de les avoir provoquées. Il s’agit, en outre, de la seule manière d’aider les prisonniers qui souhaitent s’inscrire dans cette réflexion, en produisant un autre climat social et politique rendant possible une application plus positive de la législation pénitentiaire ».[126]

 

Brian Currin (anglais sous-titré)[127]

Quand on imagine un nouveau Pays basque, une nouvelle région basque, quel que soit son avenir politique, qu’il obtienne l’indépendance ou non, une plus grande autonomie ou non, on ne peut que s’inquiéter de la qualité et de la nature de la relation avec Madrid. Madrid n’a joué aucun rôle constructif, elle a joué un rôle, mais pas constructif dans le processus de paix.

Réponse 48

La comparaison du cas basque au cas irlandais n’a pas de fondement ; dans le cas du Pays basque, il n’y a pas deux communautés qui s’affrontent mais plutôt un secteur social qui décide de tuer quiconque n’accepte pas ses postulats. Imaginons que les victimes aient mis sur pied une organisation parallèle pour représenter une partie de la société basque et qu’elle se soit affrontée à l’ETA ; l’analogie aurait alors pu être faite. Non seulement cela ne s’est pas produit, mais en plus les victimes ont fait preuve d’un comportement exemplaire et n’ont jamais eu recours à la vengeance. 

Le langage de Brian Currin déforme la réalité car il a une longue histoire aux côtés des nationalistes basques radicaux et de l’ETA. On ne sait pas quel sera l’avenir du« nouveau Pays basque » évoqué par Brian Currin, mais sa situation présente est que les nationalistes basques y sont au pouvoir avec de larges compétences.

Brian Currin[128] est proche des positions de la gauche abertzale. Dans le numéro 188 du Monde Diplomatique  il écrit ainsi que « si l'organisation clandestine renonce définitivement à la violence et dépose les armes, on peut craindre que le gouvernement espagnol fasse l'impasse sur les aspects politiques du conflit, pour proclamer sa victoire dans la lutte contre le “terrorisme”. La constitution du GIC vise en partie à l'en empêcher »[129]. Brian Currin a annoncé en novembre 2010 la création du Groupe international de contact (GIC) pour « accélérer, faciliter et permettre la réalisation de la normalisation politique au Pays basque ». Ce groupe a été officiellement présenté à Bilbao le 15 février 2011. Nous ignorons l’origine  du financement du GIC.

 

Gerry Adams[130]

Tout comme en Irlande la plupart des gens, je veux dire 99,99 % des gens que j’ai rencontré en prison, moi y compris, n’auraient jamais été envoyés en prison si ce n’est pour leurs convictions politiques. Je suis conscient des revendications des victimes. Nous savons qu’il ne faut pas généraliser, toutes les victimes survivantes et leurs familles ne partagent pas les mêmes positions. Je ne me considère pas comme une victime. Mais dans ce bureau, des gens sont morts. Ce bureau a été bombardé, mitraillé, attaqué à la roquette. Nous nous sommes réunis et nous avons dit : « C’est fini ! Nous en avons terminé avec ça. Nous voulons être amis avec ceux qui ont tenté de nous tuer ». Parce que c’est le futur. Le futur du Pays basque c’est de vivre joyeusement sur un pied d’égalité avec les citoyens de l’État espagnol. Je ne suis pas anti britannique ni anti espagnol. Nous devons seulement tirer les leçons. Parfois, je constate que ceux qui crient le plus fort sont ceux qui sont le moins affectés personnellement par les ravages et les horreurs du conflit.

Réponse 49

L’histoire du nationalisme basque luttant contre les multiples répressions de son identité ne dit pas que l’histoire de cette idéologie fut étroitement liée à l’immigration au Pays basque d’ouvriers d’autres régions. Dans les années 1960, l’arrivée d’ouvriers castillans, galiciens ou d’Estrémadure dans les villes basques suite au grand développement industriel de l’époque, venant s’ajouter à la répression de l’expression de la culture basque par le régime franquiste, suscita la rébellion de jeunes craignant de laisser disparaître  l’identité d’un peuple qu’ils disaient millénaire[131].

Il existe un parallélisme entre la réaction de Sabino Arana et des premiers nationalistes basques à la fin du XIXe siècle, d’une part, et des jeunes de l’ETA 60 ans plus tard, d’autre part. Le franquisme est un facteur sans nul doute pertinent, mais qui n’explique pas à lui seul l’existence de l’ETA. Le refus de se mélanger à des gens venus d’ailleurs fait également partie de cette histoire. Sinon, la fin du franquisme aurait supposé la fin de l’ETA. De nombreux militants de l’ETA la quittèrent  à la fin du franquisme parce qu’ils ne souhaitaient pas faire primer la lutte nationale sur les luttes sociales. Dire que franquisme est la cause principale de l’existence de l’ETA revient à occulter un débat essentiel de la société basque sur l’inclusion ou l’exclusion des gens humbles sans racines familiales au Pays basque.

 

Gabriel Mouesca[132]

Quand on entend le mot « paix », évidemment ce n’est pas la paix des cimetières, ce n’est pas la paix des vaincus, c’est la paix basée sur la justice, et nous y travaillons, et nous ne doutons pas un seul instant qu’à l’instant où je vous parle c’est une vérité qui habite des milliers et des milliers de gens dans ce pays. Nous parviendrons à imposer, et j’utilise ce terme « imposer » de façon un petit peu provocante, mais nous allons finir par imposer les conditions d’une paix juste et durable pour le peuple basque… Enfin !

Réponse 50

La dernière phrase de Gabriel Muesca révèle la substance du raisonnement sous-jacent à cette manière de comprendre le dialogue et la cohabitation : « nous allons finir par imposer les conditions d’une paix juste et durable pour le peuple basque ». Gabriel Muesca annonce ou décrit une stratégie déclarée de domination idéologique. Les médiateurs sont-ils prêts à assumer les conséquences de cette formule, à être les avocats de ceux qui cherchent à “imposer” ?

Julen Madariaga, un ideologue de l’ETA, a écrit : « Pour les gudaris (soldats basques) militants, « tromper, contraindre et tuer sont certes des actes déplorables, mais également nécessaires. [...] notre vérité est la vérité ABSOLUE, à savoir, la VÉRITÉ EXCLUSIVE, qui ne laisse place ni au doute, ni à l’opposition, et qui justifie l’élimination des ennemis virtuels ou réels »[133].

 

Discours Anaiz Funosas (manifestation)[134]

Bonjour à tout le monde, et un grand merci d’avoir répondu à l’appel de ce 8 avril[135], et vous être déplacés en si grand nombre sur cette place de Bayonne. Rien n’aurait pu être possible si vous n’aviez pas cru à cet élan, si vous n’aviez pas cru qu’en effet nous avions le pouvoir de changer les choses et d’ouvrir la voie au processus de paix. De la part de tous les organisateurs, un grand merci, parce que la réussite de cette journée elle tient surtout parce que vous êtes tous là.

Réponse 51

En d’autres termes : Nous avons raison car nous sommes nombreux. Nos revendications se justifient par notre  seule présence car nous représentons la volonté populaire.

 

Serge Portelli[136] 

Le 8 avril c’est un moment assez extraordinaire, un peu incroyable, ça ne ressemble à rien, il faut dire les choses comme elles sont. Dans un conflit, il y a une partie qui dépose les armes. Voilà. Donc la guerre est finie. Vive la paix. Ce qui est bizarre, c’est que l’autre partie au conflit n’en a pas envie. Il y a quelque chose de profondément absurde. Alors c’est vrai que l’État français n’en a pas envie, mais en même temps il se dit : « On ne peut pas trop quand même recourir à nos méthodes ordinaires, on ne peut pas faire de la répression parce qu’évidemment il y a un regard, j’allais presque dire du monde entier, sur ce qui est en train de se passer ». Donc on a le processus qu’on a connu, avec des caches qui sont signalées aux autorités françaises, à la police, à la gendarmerie, en leur disant : « Bon, ben on va vous accompagner, on va les récupérer. Il y a même une cache dont la police n’arrivait pas à retrouver l’endroit exactement ; donc les Basques les ont conduits, les ont amenés sur place, ont remis les armes, quoi. En même temps, c’est une grande fête, il faut dire les choses telles qu’elles sont. Moi je me souviens de ce jour-là, c’était beau, on avait tous les larmes aux yeux. Sur la grande place de Bayonne des milliers et des milliers de personnes. On dit souvent « le peuple », mais il était là le peuple. C’était vraiment tout un tas de gens qui écoutaient, qui buvaient les paroles, qui communiaient… C’était la fin de la guerre.

Réponse 52

“Le désarmement, matérialisé le 8 avril 2017, fut également présenté comme une décision unilatérale, mais ce n’était rien d’autre que l’acceptation de l’ultime échec de l’ETA»[137].  Le groupe de citoyens français qui servait d’intermédiaire a mis entre les mains de la commission de vérification et des médias un inventaire papier des armes et explosifs que le groupe terroriste était prêt à remettre. Ce groupe d’intermédiaires a déclaré publiquement le 8 avril que les planques de l’ETA contenaient 120 armes à feu, alors que les inventaires papier faisaient état d’un total de 107 armes : 47 pistolets, 52 revolvers, 5 fusils d’assaut et 3 pistolets-mitrailleurs. Pourtant, le décompte final des autorités françaises fut  inférieur à 70 armes à feu; il en manquait donc environ 40 par rapport à l’inventaire et bien davantage par rapport à ce que l’ETA avait dérobé à Vauvert en 2006. Le ministère public français a estimé que, pour ce qui est des armes dérobées à Vauvert, il manquait une centaine de pistolets que la bande terroriste n’avait pas remis ». 

 

Véronique Dudouet[138]

Quand je parle à d’autres mouvements dans le monde du désarmement de l’ETA, ils me disent : « Ils sont fous, mais qu’est ce qui leur est passé par la tête ?  Comment est-ce que maintenant ils peuvent s’assurer qu’il y aura une avancée sur tous les dossiers sur lesquels ils travaillent depuis tellement d’années ? » Je pense que la force de ce mouvement a été de montrer qu’on peut se défaire de sa capacité à détruire par la violence de manière digne, de manière inclusive, transparente, coordonnée, de manière sécurisée, sans que ce soit vécu par le mouvement et par la population, par la base, comme une défaite, comme une capitulation et comme une humiliation. Il y a quelques semaines, nous avons invité une délégation de négociateurs qui représentent des groupes armés, six ou sept groupes armés dans le monde, qui sont actuellement en négociation ou en phase d’attente de négociation, qui sont venus au Pays basque, non pas pour apporter leur contribution mais pour apprendre de ce qui s’était passé au Pays basque. Je me rappelle le premier forum social en 2009. On m’a posé la question : « Quelle est la place de la société civile dans le désarmement et la démilitarisation ? » (ce qu’on appelle le DDR en anglais- Disarmament, Demobilization, Reintegration). Je leur ai dit : « La société civile ne fait pas partie de ces processus en général, ce sont vraiment des processus qui se passent directement avec les acteurs concernés. Mais peut être que le Pays basque va innover. Peut-être allez-vous trouver une force en vous qui va vous permettre de développer des nouveaux schémas, peut-être même que la société civile aura un rôle dans la vérification du processus de DDR ». Et c’est ce qui s’est passé, c’est incroyable. Quand j’ai lancé cela en l’air, je ne pensais pas que ce serait réalisé un jour.

Réponse 53

Véronique Dudouet n’a pas peur d’assimiler le terrorisme à un outil de plus dans les « dossiers sur lesquels ils travaillent depuis tellement d’années ».  En arrêtant de tuer, dit-elle, « Comment est-ce que maintenant ils peuvent s’assurer qu’il y aura une avancée sur tous les dossiers sur lesquels ils travaillent depuis tellement d’années ? »

Il n’y a rien d’innovant à vouloir effacer de l’histoire du Pays basque quarante années de dictature de l’ETA ; c’est au contraire réactionnaire. Cela va à l’encontre de tous les mouvements civiques contemporains en faveur de l’approfondissement des récits historiques nationaux. En Espagne comme en France, de nombreux chercheurs travaillent et débattent sur la documentation historique et ses interprétations possibles.

Véronique Dudouet se place au-dessus du bien et du mal, à savoir, de la loi, des institutions et de ceux qui ne partagent pas sa lecture. Elle emmène cette suprématie sur le terrain du choix identitaire en cautionnant un supposé modèle basque de résolution des conflits.

Ce récit de la « voie basque » n’est pas une traduction sincère de la réalité mais la version officielle que l’ETA cherche à imposer et en échange de quoi elle consent à épargner ses ennemis non nationalistes. Il s’agit du fondement d’une stratégie très réfléchie de communication, de marketing, d’une ETA idéalisée. Par exemple, peu avant que soit posée la statue de la hache à Bayonne[139], Iñaki Egaña a publié un livre intitulé « Le désarmement. La voie Basque » avec en couverture l’image d’une autre hache-arbre. Il a été publié en français, en espagnol et en basque par des maisons d’édition proches du nationalisme basque (Txalaparta, Gara, Mediabask, 2018). Le livre contient un avant-propos de David Pla, un des membres du comité exécutif de l’ETA ayant participé à l’annonce de sa cessation et qui bénéficie de  soutiens en France. 

 

Eugenio Etxebeste, dit Antton (espagnol sous-titré)[140]

À une époque on s’est levés en armes, maintenant on se lève en politique. Ce soulèvement donne lieu à une accumulation suffisante de forces culturelles, sociales, économiques, populaires, de jeunes, de femmes, etc. qui grandissent chaque jour un peu plus. Et on espère tous atteindre notre objectif : une république basque, fruit d’une confédération des trois territoires aujourd’hui séparés : La communauté autonome, la Navarre et le Pays basque nord, qu’on aimerait réunir un jour dans cette république basque qui tutoierait la république française.

Réponse 54

Le plus marquant dans le documentaire est l’unilatéralisme biaisé que révèlent les non-dits. Il utilise le mot « victime » à six reprises ; trois fois en référence aux victimes du franquisme, c’est-à-dire, d’après l’attribution binaire du documentaire, au peuple basque, tandis que les trois autres fois sont des références génériques. La seule victime qui apparaît est le porte-parole de la plateforme basque des victimes de la dictature franquiste. Celles de l’ETA sont invisibles, inexistantes.

En résumé, les victimes sont absentes car elles sont le prix à payer, le sacrifice nécessaire au « long chemin vers la paix ». N’apparaissent ni les enlèvements (quatre sous Franco, 76 depuis sa mort), ni les extorsions, ni la violence des actes de persécution, ni la « kale borroka » (lutte insurrectionnelle dans les rues), ni la socialisation de la souffrance[141], ni les gardes du corps, ni cet acte totalitaire d’interdire les rassemblements de l’organisation Gesto por la paz... Absente, la librairie Lagun (brûler des livres est un indicateur idéologique sans équivoque) d’abord prise d’assaut par l’extrême droite, ensuite par les radicaux basques. Absents, Pertur ou Yoyes, deux militants de l’ETA assassinés par l’organisation pour avoir réclamé le droit d’exprimer leurs désaccords. Absents Miguel Ángel Blanco et les 31 élus assassinés par l’ETA.

Parmi les personnes ayant assisté, en mai 2018, au “sommet d’Arnaga” à Cambo-les bains, pour “la résolution du conflit”, se trouvait la majorité des protagonistes du documentaire.

Lors des élections européennes de juin 1994, la liste du Parti Populaire de Saint Sébastien, dont la tête de liste était Gregorio Ordóñez, député autonome et adjoint au maire de la ville, a recueilli le plus de voix.  « On t’a assez vu. Hors du Pays basque, salaud », pouvait-il entendre sur son répondeur.  Le 16 juin 1994, un débat fut organisé à la télévision basque (ETB) entre Gregorio Ordóñez (PP), Fernando Buesa (PSE) et Joseba Egibar (PNV). Les deux premiers furent assassinés, le 23 janvier 1995 et le 22 février 2000. Joseba Egibar, qui fait partie du secteur le plus indépendantiste du PNV, était présent à Cambo-les-bains pour résoudre “le conflit”.

 44 % des personnes assassinées par l’ETA en 2000 furent des personnalités politiques, et 26 % en 2001. C’était hier. Pas même une trace dans le documentaire ; aucune trace non plus des dizaines de milliers de personnes qui ont dû quitter le Pays basque pour échapper aux menaces de l’ETA, aux abertzales embrigadés dans la guerrilla urbaine (kale borroka), au harcèlement quotidien.

Que le metteur en scène du documentaire donne exclusivement la parole à la partie nationaliste de la société basque, met en évidence le double langage des “Artisans de la Paix” qui parlent de paix tout en soutenant un programme identitaire. En assumant la version  sectaire de l’histoire de l’ETA, les « pacificateurs » autodéclarés contribuent plutôt au réarmement des esprits après la défaite afin de gagner le même combat (« Une république basque fruit d’une confédération des trois territoires (…) qui tutoierait la république française ») si possible sans les assassinats qui, à notre époque, en desservent la cause.

 

Conclusion : lecture en français de la déclaration du 3 mai 2018 de Josu Urrutikoetxea, membre historique de l’organisation

« ETA est née alors que le Pays basque agonisait, étouffé par les serres du franquisme et assimilé par l’État jacobin, et maintenant, 60 ans plus tard, un peuple vivant existe et veut décider de son avenir, grâce au travail réalisé dans différents domaines, et la lutte menée par plusieurs générations. ETA est née du peuple et à présent elle se dissout en lui ».

 Réponse 55

Le documentaire met sur le même plan l’ETA, d’une part, et le Pays basque et son peuple, d’autre part. Cela explique le titre : “Pays basque et liberté”, qui se dit en basque : Euskadi Ta Askatasuna, dont l’acronyme est E.T.A.

 

Voix de la commentatrice

Et pourtant, depuis cette date historique de l’autodissolution la répression des États espagnols et français continue. Le 16 mai 2019, Josu Urrutikoetxea, cheville ouvrière de la sortie du conflit armé, est arrêté dans un hôpital public en France au milieu de soins urgents qui lui étaient prodigués. Celui qui a prêté sa voix pour annoncer le 3 mai 2018 l’autodissolution de l’organisation ETA, qui a participé depuis Chiberta à l’ensemble du processus de sortie du conflit armé, qui a été condamné uniquement et précisément pour être présent sur ces temps de négociation, et qui a passé plus de 27 années de privation de liberté, 10 ans de prison et 17 ans en semi-clandestinité, puisqu’il a été accueilli le temps des négociations par les États suisse et norvégien. C’est cet homme, qui a permis à la population basque de regarder en face, ensemble et lucidement l’avenir, qu’aujourd’hui, au mépris de toutes les règles diplomatiques élémentaires en matière de protectorat, l’État français choisit d’enfermer.

 

Réponse 56

Il est surprenant que le documentaire s’achève par la sanctification de la personne qui représente le mieux la trajectoire criminelle de l’ETA, Josu Ternera.  Josu Urrutikoetxea, alias Josu Ternera, est entré dans l’ETA pendant le franquisme; il a choisi de poursuivre dans la voie criminelle après l’amnistie de 1977, l’adoption de la Constitution de 1978 et celle du statut d’autonomie du Pays basque en 1979.

En 1974, le premier attentat contre des civils dans la cafétéria Roldán de Madrid, provoque une crise interne à l’organisation; les contradictions sur les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre l’autodétermination aboutissent à la division entre ETA politico-militaire (plusieurs centaines de militants) et ETA militaire (une trentaine de militants qui conservent les armes). Josu Ternera choisit la seconde et prend la direction de l’appareil militaire. À partir de 1975, il fait partie des chefs de l’ETA. À partir de 1985, depuis la France, il organise les grandes campagnes d’actions terroristes à Madrid et Barcelone pour affaiblir le gouvernement espagnol pendant une période de négociations avec d’autres chefs de l’ETA depuis l’Algérie.  Il est donc un personnage clé de l’appareil militaire au moment des attentats de la place de la República Dominicana de Madrid (juillet 1986, cité dans le documentaire : 12 morts et 45 blessés, plusieurs civils ; mais aucune mention d’Urrutikoetxkea n’est faite dans le film), du supermarché Hipercor (juillet 1987 : 21 morts, 45 blessés), de la caserne de la Garde civile à Saragosse (décembre 1987 : 11 morts, dont cinq enfants) [142].

Arrêté en janvier 1989, il est livré à la justice espagnole en 1996. En octobre 1998 il est élu (depuis sa prison; pendant la période de détention préventive il a le droit d’être candidat) parlementaire autonome sur les listes de Euskal Herritarrok (Euskal Herritarrok est alors l’avatar de l’ancienne Herri Batasuna et obtient de très bons résultats suite à la trève de l’ETA de juin 1998). Il est même nommé membre de la commission des droits de l’Homme du Parlement basque avec les votes nationalistes basques, dont celui de l’actuel président du gouvernement autonome basque, Iñigo Urkullu. Les protestations des associations de victimes contre ce qui est alors perçu comme une cynique provocation n’y changent rien. C’est en effet l’époque où les partis nationalistes basques mettent en pratique le pacte de Estella (Lizarra-Garazi) de 1998, affirmant la centralité du conflit pour expliquer la violence et établir les conditions de sa résolution[143], après avoir abandonné la prévalence des “principes éthiques sur lesquels se fondent la cohabitation dans une société civilisée” qu’affirmait le pacte de Ajuria Enea de 1988.

Le 14 janvier 2000, Josu Ternera est libéré sur décision du Tribunal suprême espagnol. Les juges de ce tribunal estiment alors que les faits reprochés avaient déjà été jugés et condamnés en France. Lors des élections anticipées de 2001 les abertzales tenaient à faire réélire ce chef de l’ETA. Les polémiques au Parlement que provoquaient sa présence servaient en effet l’objectif de division de la société entre nationalistes et non nationalistes basques. Il fut donc placé assez haut sur la liste pour assurer ce résultat. C’était prudent: ce scrutin, tenu après la reprises des assassinats par l’ETA, le 21 janvier 2000, fut en effet catastrophique pour Euskal Herritarrok (un tiers des voix perdues par rapport à 1998).

En tant que parlementaire, Josu Urrutikoetxea n’a fait aucune déclaration sur « la paix ». 

La justice espagnole enquête alors sur l’attentat contre la caserne de Saragosse du 11 décembre 1987 commis par un commando de Français[144]. En septembre 2002, il est convoqué pour déclarer au sujet de son rôle, en 1987, dans l’appareil décisionnaire de l’ETA. Il refuse de se présenter et entre dans la clandestinité; il est inscrit en 2003 sur la liste d’Interpol des deux cents fugitifs les plus recherchés[145]. Sa participation à la conférence d’Arnaga à Cambo-les-bains, en 2018, s’inscrit dans une stratégie révisionniste : il s’agit d’écrire une histoire officielle d’ETA s’affranchissant des faits.

Au-delà de ce que les juges parviendront ou non à prouver à son encontre, c’est une atteinte aux valeurs de la démocratie que d’en faire un exemple. Il partage aujourd’hui avec Eugenio Etxebeste, l’autre chef de l’ETA apparaissant dans le film (réponse 54), la conviction que les meurtres sont devenus contre-productifs pour avancer vers l’indépendance; mais ce n’est que pour parfaire de nouvelles méthodes d’élimination de ses adversaires de l’espace public (par exemple, dans ce documentaire, l’effacement des victimes de l’ETA de l’histoire officielle du peuple basque que les anciens terroristes et leurs soutiens veulent maintenant imposer pour construire leur avenir politique, notamment en France). La démocratie ne peut pas être dissociée de principes éthiques. 

 

Christiane Taubira[146]

À partir du moment où, justement, cette personne contribue à ce qu’on arrive à sortir de cet affrontement militaire, avec des morts, avec des tortures, avec des transgressions à la loi, y compris par celles et ceux qui sont les gardiennes et les gardiens de la loi, on doit tenir compte, de la même façon qu’on a tenu compte de leur courage dans le choix de cette cause, on doit tenir compte de leur force morale dans la contribution à la résolution de ce conflit et de ce problème. Donc, c’est ça le sens de l’espace pour un geste, pour des gestes.

Réponse 57

Christiane Taubira accepte sans vérification préalable cette thèse révisionniste qui occulte tout ce que peut avoir fait Josu Ternera contre la négociation et en faveur du terrorisme (car il ne s’agit pas d’un affrontement militaire). En tant que ministre de la justice, elle devrait se demander si le fait de mettre un terme aux assassinats aujourd’hui lave les crimes d’hier. Peut-on parler de courage et de force morale alors qu’est poursuivie une trajectoire criminelle de cette nature sans le moindre geste de remise en question ?

 

Serge Portelli[147] 

J’essaye de ne pas trop intervenir sur des cas individuels en public. C’est vrai que tu as des personnages assez extraordinaires qui portent la parole de la paix. Effectivement, on parle plus généralement des personnalités extérieures, internationales, que des Basques eux-mêmes. Mais je pense qu’il faudrait remettre l’éclairage sur eux. Moi je viens au Pays basque, je ne risque rien, mais eux, se sont engagés, s’engagent, et ils ont dans le peuple basque une auréole, une aura incroyable. Ce sont ces gens-là qui vont demain construire, construire la paix. Donc, on pourrait peut-être les laisser tranquilles, les laisser travailler pour la paix.

Réponse 58

Convertir une bande de criminels en un collectif philanthropique, traduire des actions criminelles en une aura et une auréole héroïques, voilà un véritable exercice de prestidigitation sémantique. Étaient-ce les membres de l’ETA qui avaient besoin de gardes du corps ? Étaient-ce les nationalistes  basques qui se voyaient menacer par des graffitis vengeurs ou par la destruction de leurs biens ? Ne fut-ce pas plutôt, par exemple, la famille de l’auteur du rapport Foronda (note 23) lors de sa publication ? Serge Portelli a-t-il lu le livre de José Ramón Recalde, victime du franquisme, membre du gouvernement basque et victime d’un attentat de l’ETA ? De quel côté se trouve l’aveuglement historique ? Peut-on qualifier d’initiative de paix un discours intégrant la justification historique de la violence ?

Il convient de rappeler la réflexion de celui qui a le mieux écrit sur l’ensemble des victimes, en commençant par celles du franquisme : « Si les morts ne comptent pas, alors le bonheur n’est pas le propre de l’homme mais du survivant. Si la vie de chacun importe, alors nous mettrons en rapport la vie arrachée des morts avec les intérêts des vivants, en nous refusant de suivre un projet qui méprise ceux qui sont tombés. Lorsque nous décidons d’oublier la mort, nous commettons un crime herméneutique s’ajoutant au crime physique[148] »

Deux semaines avant que l’ETA n’annonce « l’arrêt définitif de l’activité armée », un éditorial de Gara (2/10/2011) titrait : “Avis à ceux qui attendent un récit de gagnants et de perdants : celui qui convaincra, vaincra” (« Aviso a los que quieren un relato de vencedores y vencidos: el que convenza, vencerá »), et concluait ainsi : « Ceux qui cherchent un récit de gagnants et de perdants ont tort ».

Un an plus tard, José Mari Esparza, directeur de la maison d’édition nationaliste basque Txalaparta, appelait à ce que « la gauche abertzale se nourrisse de son passé d’abnégation, le cultive parmi ses nouveaux militants et sache le transmettre, avec humilité, à Bildu et au reste de la société basque. Car une fois gagnée la bataille de la mémoire, nous aurons toutes et tous gagnés[149] » (Gara, 12/7/2012).

Un an plus tard, le président de Sortu, Hasier Arraiz, affirmait que « une des principales batailles politiques d’aujourd’hui est celle du récit » (El Correo, 19/11/2013). Il exprime lui-même en ces termes son évaluation du passé : « nous revendiquons avec toutes nos erreurs ce que nous avons été et ce que nous sommes, ce que nous avons fait et ce que nous faisons[150] » (El Mundo, 21/11/2013). [151]

Ces effets de rhétorique consacrent la spécificité du modèle basque, comme l’a exprimé l’hispaniste américain Gabriel Jackson[152]: « Ce qui rend unique le cas basque, et ce qui me choque en tant qu’historien, c’est que le terrorisme politique basque des 20 dernières années défie toute explication rationnelle, à moins de démêler l’histoire réelle de l’histoire érigée en mythe et de la fausse anthropologie. […] toute image selon laquelle les Basques ont été opprimés (plus que les autres) par les gouvernements espagnols relève littéralement de la mythologie pure[153] »

Poursuivons alors dans la sphère du mythe, sur la carte des régions imaginaires où une hache peut symboliser la paix. Il ne s’agit pas de l’artisanat mais de la révolution des mots. Cette statue, qui renverse la réalité, a été installée sur la place Roland Barthes de Bayonne ; ainsi, qui mieux qu’un sémiologue pour conclure ce guide herméneutique, cette interprétation du documentaire qui classe la violence dans la catégorie de la paix : « Rien n’est plus essentiel à une société que le classement de ses langages. Changer ce classement, déplacer la parole, c’est faire une révolution »[154].

Un gigantesque effort d’ingénierie conceptuelle est certainement nécessaire pour opérer la révolution sémantique de convertir la trajectoire d’une organisation terroriste en une odyssée pacifiste.

[1] « Magistrat, président de la cour d’appel de Versailles ».

[2] L’Institut universitaire d’histoire sociale Valentin de Foronda de l’université du Pays basque est l’institution ayant apporté la contribution la plus sérieuse et la plus riche aux publications relatives (entre autres) à l’histoire récente du Pays basque. On peut également citer trois titres récents sur la question des récits, du mot «conflit» et de la représentation des «factions» en présence : José María Ortiz de Orruño et José Antonio Pérez (coords), Construyendo memorias. Relatos históricos para Euskadi después del terrorismo, Madrid, La Catarata, 2013 ; Antonio Rivera (ed.), Nunca hubo dos bandos. Violencia política en el País Vasco 1975-2011, Grenade, Comares, 2019 ; Rafael Leonisio, Fernando Molina et Diego Muro (eds.), ETA’s terrorist campaign: From violence to politics, 1968-2015, Londres, Routledge, 2016. En français : Loyer, Barbara. « Conflit et représentations du conflit au Pays basque : la fin de l’ETA », Hérodote, vol. 158, nº 3, 2015, p. 16-38. https://www.cairn.info/revue-herodote-2015-3-page-16.htm?contenu=article

[3]« Portelli y Ruiz Goikotxeta hablaron sin tapujos sobre tortura en la mesa redonda de Iruñea », 15/2/2020

http://www.euskalmemoria.eus/es/Noticias/20200215/Portelli_y_Ruiz_Goikotxeta_hablaron_sin_tapujos_sobre_tortura_en_la_mesa_redonda_de_Irunea

[4] « Ministre de l’Intérieur puis de la Défense entre 1984 et 1993 ».

[5] Javier Gómez Calvo et Erik Zubiaga Arana, « Represión de guerra y dictadura en el País Vasco. Cifras y letras », dans Antonio Rivera (ed.), Naturaleza muerta. Usos del pasado en Euskadi después del terrorismo, Saragosse, Prensas de la Universidad de Zaragoza, 2018, p. 143-158. Santiago de Pablo, « La guerra civil en el País Vasco », Ayer, nº 50, 2003, p. 121. Erik Zubiaga Arana, « La represión franquista de guerra y posguerra en el País Vasco a debate: entre el exterminio y el oasis »,  Historia y Política, 37, p. 357-384.

[6] Mikel Ormazabal, « 5.887 vascos fallecieron en la Guerra Civil en crímenes de lesa humanidad », El País, 3/7/3019 https://elpais.com/ccaa/2019/07/03/paisvasco/1562150748_308232.html

[7] Francisco Espinosa: « Sobre la represión franquista en el País Vasco »,  Historia Social 63, 2009, p. 59-75 et Contra el olvido. Historia y memoria de la guerra civil, Crítica, Barcelone, 2006.  

[8] 28 bataillons dirigés par le PNV, 4 par l’ANV, 3 par le syndicat ELA-STV, 2 par  un syndicat étudiant, Euzko Mindigoizale Batza)

[9] Jesús Casquete, En el nombre de Euskal Herria. La religión política del nacionalismo vasco radical, Madrid, Tecnos, 2009, p. 143 (l’auteur y cite Francisco Manuel Vargas Alonso,: "El partido Nacionalista Vasco en Guerra: Euzko Gudarostea", Vasconia  31, 2001: 305-343).

[10] Ascensión Badiola Aristimuño, La represión franquista en el País Vasco. Cárceles, campos de concentración y batallones de trabajadores en el comienzo de la posguerra, thèse de doctorat, UNED 2015, p. 256. Voir aussi José Ángel Etxaniz Ortuñez et Vicente Palacio Sánchez (Grupo de historia Gernikazarra), « Morir en Gernika. Presos republicanos madrileños y castellano-manchegos fallecidos en el hospital penitenciario militar (1938-1940 », Cuadernos Republicanos 52, 2003, p. 83-99.

[11] Kepa Aulestia, « El terrorismo del bienestar », La Vanguardia, 26/08/2000

Dans une intervention orale lors de rencontres organisées par la Fondation Fernando Buesa, en 2006, Kepa Aulestia reprend cette idée: « S’il y a une caractéristique singulière du terrorisme basque c’est que c’est le terrorisme du bien-être, et du bien-être dans tous les sens : pas seulement le bien-être matériel, mais aussi de l’intégration sociale de ce groupe humain. Ce n’est pas un groupe composé de personnes non intégrées, déracinées, non, non. Ce sont des personnes très enracinées, très intégrées, qui se sentent soutenues et voient qu’elles le sont, qui ont autour d’elles un corps social conformant, si l’on veut, une pathologie sociale »  dans : « A modo de introducción: ETA y su instinto de conservación». Fundación Fernando Buesa Blanco Fundazioa : Encuentros:  Luces y sombras de la disolución de ETA político-militar. Donostia-San Sebastián, 28 de octubre de 2006,  pp.35-62 http://www.fundacionfernandobuesa.com/pdf/publicaciones/Encuentros-Topaketak-2.pdf

[12] https://gernikazarra.blogspot.com/. D’autres sources approximatives vont de 150 à 300 morts (voir liste des sources première note de bas de page de l’article Wikipedia « Bombardeo de Gernika »)

[13] La liste de ces décès peut être consultée via le lien suivant

https://gernikazarra.blogspot.com/p/artikuloak_27.html article : « Morir en Gernika Lumo »

[14] Partido Nacionalista Vasco

[15] José Luis Martín Ramos Guerra y revolución en Cataluña, Barcelone, Editorial Crítica, 2018, p. 334.

[16] « Avocat sud-africain, expert en résolution des conflits ».

[17] « Médecin-légiste ».

[18] Page web : www.memoriahistorica.org

[19] Carte des fosses communes (ministère de la justice)

https://mapadefosas.mjusticia.es/exovi_externo/CargarMapaFosas.htm

[20] Amnesty International. España: poner fin al silencio y a la injusticia. La deuda pendiente con las víctimas de la Guerra Civil española y del régimen franquista, 18/7/2005, 77 p.

Aguilar, Paloma. Políticas de la memoria y memorias de la política, Madrid, Alianza, 2008.

Alonso, Martín (coord.). El lugar de la memoria. La huella del mal como pedagogía democrática, Bilbao, Bakeaz, 2012.

Gil, Alicia. La justicia de transición en España. De la amnistía a la memoria histórica, Barcelone, Atelier, 2009.

Miguez Macho, Antonio. La genealogía genocida del franquismo. Violencia, memoria, impunidad, Madrid, Abada, 2014.

[21] Juanfer Calderón, Agujeros del sistema. Más de 300 asesinatos de ETA sin resolver, Vitoria, Ikusager, 2015. 

[22] José María Calleja: «Víctimas de Franco, víctimas de ETA», El País, 10/5/2010. https://elpais.com/diario/2010/05/10/opinion/1273442405_850215.html

[23] Raúl López Romo, Informe Foronda. Los contextos históricos del terrorismo en el País Vasco y la consideración social de sus víctimas 1968-2010.  Rapport élaboré par l’Institut universitaire d’histoire sociale Valentin de Foronda de l’Université du Pays basque (Euskal Herriko Unibertsitatea) à la demande de la direction de la promotion culturelle du gouvernement basque. 2014, 190 p. Tableaux statistiques pages 128-171 En ligne : https://www.eldiario.es/norte/euskadi/estudio-ETA-franquismo-resulto-democracia_0_367114113.html

[24] « Médecin-légiste ».

[25] « Hernani en la memoria », El Diario Vasco, 08/11/2006. https://www.diariovasco.com/prensa/20061108/opinion/hernani-memoria_20061108.html

[26] Francisco Etxeberria, Carlos Martín Beristain et Laura Pego. « Proyecto de investigación de la tortura y malos tratos en el País Vasco entre 1960-2014 », décembre 2017. INFORME-Proyecto-investigacion-tortura-1960-2014

[27] José María Ruiz Soroa, « Escasamente científico », El Correo, 28/12/2017, https://www.elcorreo.com/opinion/escasamente-cientifico-20171228221918-nt.html

[28] Iñaki Iriarte, « La izquierda abertzale: arte y parte del informe de torturas », Diario de Navarra, 20/12/2017. http://www.tolerancia.org/sociedad-bilingue-instituciones-bilingues-la-izquierda-abertzale-arte-y-parte-del-informe-de-las-torturas/18235/

[29] « Porte-parole de la plateforme basque des victimes de la dictature franquiste ».

[30] « Professeur de droit, spécialiste justice transitionnelle ». 

[31] Cité dans Antonio Elorza, (Coord.), La Historia de ETA, Barcelone, Martínez Roca, 2000, p. 78.

[32] Fernando Segura, « Euskadi supera por primera vez el sueldo medio de la UE, pero está lejos de los países punteros », El Diario Vasco, 24/5/2017

https://www.diariovasco.com/economia/201705/24/euskadi-supera-primera-sueldo-20170524001902-v.html

[33] Jaume Viñas, « País Vasco y Navarra gozan del doble de recursos por el régimen foral », Cinco Días, 13/10/2015 https://cincodias.elpais.com/cincodias/2015/10/12/economia/1444666565_966308.html.

[34] « Député puis sénateur (1986-2015). PNV (parti démocrate-chrétien basque).

[35] Fernando Molina.  « La época socialista, 1982-1996. Negociación, violencia y fantasmas », dans Antonio Rivera (ed.), Nunca hubo dos bandos. Violencia política en el País Vasco 1975-2011, Grenade, Comares, 2019, p. 125-127

[36] Gaizka Fernández, La voluntad del Gudari. Génesis y metástasis de la violencia de ETA, Madrid, Tecnos, 2016, 368 p.

[37] Joseba Arregi, « Ensayo para entender el surgimiento y desarrollo de ETA », dans Antonio Rivera (ed.) Nunca hubo dos bandos. Violencia política en Euskadi 1975-2011, Grenade, Comares, 2019, p. 203-206.

[38] « Membre historique de l’ETA ».

[39] « Député puis sénateur (1986-2015). PNV (parti démocrate-chrétien basque) ».

[40] « Ministre de la Justice (2012-2016) ».

[41] Reconnu pour son traitement du thème de la mémoire (de l’holocauste, de la guerre civile, de l’ETA)

[42] Manuel Reyes Mate, « Esperando a los presos o el reconocimiento de un capital moral y político que puede ser o no ser », dans Antonio Rivera et Eduardo Mateo (eds.), Víctimas y política penitenciaria, Madrid, La Catarata, 2019, p. 15-30.

[43] elDiario.es, « Maixabel Lasa afirma que los presos de ETA arrepentidos son “ los mayores deslegitimadores del uso de la violencia ” », 18/9/2019

https://www.eldiario.es/politica/maixabel-lasa-eta-arrepentidos-deslegitimadores_1_1475131.html

[44] La figure la plus connue de ce point de vue est certainement Mario Onaindia, condamné lors du procès de Burgos : Fernando Molina, Mario Onaindía (1948-2003). Biografía patria, Madrid, Biblioteca Nueva, 2012. Certains membres repentis de l’ETA ont écrit sur leurs vies soit directement, soit par le biais d’entretiens : Matías Antolín, Soares Gamboa, Agur ETA. El adiós a las armas de un militante histórico, Madrid, Temas de hoy, 1997. Iñaki Rekarte, Lo difícil es perdonarse a uno mismo, Barcelone, Península, 2015. Pour une étude générale, María Ángeles Escrivá, El camino de vuelta. La larga marcha de los reinsertados de ETA, Madrid, El País-Aguilar, 1998. Pour une vision critique d’une partie de la gauche dans sa relation avec l’ETA, Antonio Duplá: « Reconocer a todas las víctimas y a todos los sufrimientos: un déficit histórico en la izquierda radical », dans Antonio Duplá et Javier Villanueva (coords.), Con las víctimas del terrorismo, Saint-Sébastien, Gakoa , 2009, p. 73-86. Prologue de Maixabel Lasa. Pour une révision rapide d’un ancien membre de l’ETA, Eugenio del Río, « El final del silencio », https://ctxt.es/es/20191204/Firmas/29826/ETA-terrorismo-franquismo-el-final-del-silencio-eugenio-del-rio.htm. Eugenio del Río a conseillé Mariano Barroso, metteur en scène de la minisérie « La línea invisible », dédiée aux premières années de l’ETA et réalisée avec plus de rigueur historique que le documentaire en question.

[45] « Professeur de droit, spécialiste justice transitionnelle ».

[46] « Proposent que la Chambre remette une communication urgente au gouvernement le priant instamment d’ordonner sans délai, en utilisant les voies établies dans la législation en vigueur, l’élargissement de la totalité des personnes incarcérées étant toujours privées de liberté pour des délits à visées politiques, et d’autoriser le retour en toute sécurité des personnes exilées et expatriées se trouvant actuellement en dehors du territoire de l’État espagnol pour des motifs identiques ». Signataires : Juan María Bandrés Molet, Gregorio Monreal Zía, Juan María Vidarte Ugalde, Federico de Zabcila Alcibar, Ignacio Oregui Goenaga, Miguel de Unzueta Uzcanga, Ramón Ehjo Fmlo, Manuel de Irujo, Ramón Rubia Cavia. Sénat, registre des procès-verbaux, 14 juillet 1977, p. 19. En ligne : http://www.senado.es/legis0/publicaciones/pdf/S_1977_002.PDF

[47] Sophie Baby, El mito de la transición pacífica. Violencia y política en España (1975-1982), Madrid, Akal. 2018.  Equipo Cinco. Las víctimas del post-franquismo. 55 muertos. Balance trágico de un año de terror, Madrid, Sedmay, 1977. José Luis Piñuel.  El terrorismo en la transición española, Madrid, Fundamentos, 1986. Xavier Casals, La transición española. El voto ignorado de las armas, Barcelone, Pasado&Presente, 2016.

[48] José M. Portillo Valdés, Entre tiros e historia. La constitución de la autonomía vasca (1976-1979), Barcelone, Galaxia Gutenberg, 2018.

[49] F. Javier Merino, La izquierda radical ante ETA. ¿El último espejismo revolucionario en Occidente?, Bilbao, Bakeaz, 2011.

[50] Gaizka Fernandez Soldevilla, « Ellos y nosotros. La cumbre de Chiberta y otros intentos de crear un frente abertzale en la Transicion ». Historia del presente, 13, 2009/1 II época, p. 97-114.

[51]  Rogelio Alonso, Florencio Dominguez, Marcos García Ray, Vidas Rotas. Historia de los hombres, mujeres y niños víctimas de ETA, Espasa, 2010, 1310 p. (tableau p. 1210)

[52] « Professeur de droit, spécialiste justice transitionnelle » 

[53]Rapport de RSF, 22 juin 2000 « Les journalistes dans la ligne de mire de l’ETA. Une centaine de professionnels des médias sous protection officielle ou privée au Pays basque espagnol » En ligne

https://ifex.org/fr/les-journalistes-dans-la-ligne-de-mire-de-leta/

[54] "ETA lo que, me imagino, pretende es, en primer lugar, poner encima de la mesa el papel de determinados medios de comunicación. Poner encima de la mesa el papel de determinados profesionales de los medios de comunicación que, a juicio de ETA en todo caso, están planteando una estrategia informativa de manipulación y de guerra en el conflicto entre Euskal Herria y el Estado" Citation sur le site de la radio COPE : https://www.cope.es/emisoras/pais-vasco/noticias/otegi-tras-asesinato-lopez-lacalle-eta-pone-encima-mesa-papel-medios-comunicacion-20200507_710367

[55] « Professeur de droit, spécialiste justice transitionnelle » 

[56] https://www.larazon.es/cataluna/20200614/ph5vjbzpvbbfhl3rfyulraf754.html

[57] Fernando Molina, « La época socialista, 1982-1996. Negociación, violencia y fantasmas », dans Antonio Rivera (ed.), Nunca hubo dos bandos. Violencia política en el País Vasco 1975-2011, Grenade, Comares, 2019, p. 120-129.

[58]« La acusación popular solicitará 114 años de prisión para Miguel Ángel Planchuelo en el último juicio sobre los GAL », Europa Press, 9/6/2008  https://www.europapress.es/nacional/noticia-gal-acusacion-popular-solicitara-114-anos-prision-miguel-angel-planchuelo-ultimo-juicio-gal-20080609162047.html

[59] Melchor Miralles et Antonio Onetti, GAL. La historia que sacudió el país, Madrid, La Esfera de los Libros, 2006, p. 352-353.

[60] Emmanuel Fansten, « Les GAL hantent toujours l’Espagne », Libération 28/09/2017, https://www.liberation.fr/france/2017/09/28/les-gal-hantent-toujours-l-espagne_1599665

[61]Éric Pelletier, « Des complices français », L’Express, 12/04/2001,

https://www.lexpress.fr/actualite/des-complices-francais_495111.html

[62] « Professeur à Science-Po, Saint Germain en Laye ».

[63] Sorj Chalandon « Comment des policiers français ont aidé le GAL. Ces complicités ont gêné la coopération entre Paris et Madrid contre les séparatistes de l'ETA », Libération, 19/09/1995.

https://www.liberation.fr/france-archive/1995/09/19/comment-des-policiers-francais-ont-aide-le-gal-ces-complicites-ont-gene-la-cooperation-entre-paris-e_143773

[64] Libération, l’Humanité, L’Express, Paddy Woodworth (p. 34, 35, 99, 105, 183).

[65] Paddy Woodworth, Guerra sucia, manos limpias. ETA, el GAL y la democracia española, Barcelone, Crítica, 2002, p. 77. Un tel capital négatif contraint le nationalisme basque radical à se tourner encore et encore vers les GAL lorsqu’il a besoin d’alimenter son discours avec de nouveaux arguments. Par exemple : https://www.naiz.eus/es/actualidad/noticia/20200614/papeles-desclasificados-de-la-cia-confirman-que-gonzalez-dio-su-aprobacion-a-la-creacion-de-los-gal

[66] Ibid. 396, 397, 399, 414-420.

[67] « Victime du GAL, Biarritz, 15 juin 1984 ».

[68] Sorj Chalandon »Comment des policiers français ont aidé le GAL . Ces complicités ont gêné la coopération entre Paris et Madrid contre les séparatistes de l'ETA », Libération, 19/09/1995.

https://www.liberation.fr/france-archive/1995/09/19/comment-des-policiers-francais-ont-aide-le-gal-ces-complicites-ont-gene-la-cooperation-entre-paris-e_143773

[69] « La mort d’un juge », 14/12/1990

https://www.humanite.fr/node/14451

« Joël Cathala: «Des innocents ont été tués par le GAL», 24/2/1996

https://www.humanite.fr/node/125230

 « Le juge Seys peu optimiste » 24/2/1996

https://www.humanite.fr/node/125219

« Un tueur du GAL veut faire témoigner des ex-ministres », 7/ 3/1996

https://www.humanite.fr/node/126062

« GAL: deux policiers de la PAF mis en cause par un policier espagnol », 4/4/1996

https://www.humanite.fr/node/128184

« Un maillon des GAL aux assises spéciales de Pau », 28/1/1997

https://www.humanite.fr/node/149524

« Et au milieu, les GAL, terroristes d’État », 2/3/2015

https://www.humanite.fr/et-au-milieu-les-gal-terroristes-detat-566980

[70] Florencio Domínguez, Rapport du centre Mémorial des victimes du terrorisme, n°3 : « El Final de ETA », 2017, Pages 20-27, http://www.memorialvt.com/wp-content/uploads/2017/04/Informe03.pdf

 

 

 

[71] Covite (Colectivo de Víctimas del Terrorismo)

https://covite.org/observatorio-de-radicalizacion-2019/

[72] « Ministre de l’Intérieur puis de la Défense entre 1984 et 1993 ».

[73] Libération 14 et 15/4/1984

[74] L’enquête la plus poussée sur les GAL a été menée par deux journalistes de Diario 16, Merchor Miralles et Ricardo Arques. Dans leur livre sur l’affaire (818 pages), intitulé « Amedo. El Estado contra ETA » (Plaza&Janes-Cambio16, 1989), quatre chapitres (pp. 322 à 364) sont consacrés aux « Hommes de Amedo en France ». Le livre donne également, pp 768 à 783, une courte bibliographie de 123  acteurs des GAL avec leurs condamnations. La nationalité n’est pas toujours indiquée, mais nous avons dénombré une quarantaine de noms à consonance française. Le livre contient aussi une chronologie précise des attentats commis par les GAL. Voir aussi note 59, des mêmes auteurs, un livre daté de 2006.

 

 

[75] Document disponible dans son intégralité :

 https://www.diariovasco.com/politica/acuerdo-normalizacion-pacificacion-20180105134716-nt.html?ref=https%3A%2F%2Fwww.diariovasco.com%2Fpolitica%2Fanos-pacto-ajuria-20180107194432-nt.html

[76] Document disponible en intégralité via le lien suivant : https://www.libertaddigital.com/suplementos/pvascoe/documentos/pacto_estrella.pdf

[77] El « Foro social permanente » regroupe, depuis 2106 , 17 organisations (syndicats, associations « en faveur de la paix », associations « qui travaillent pour surmonter les conséquences de ce qu’on appelle le conflit », association « mémorialiste », féministe, chrétienne, association pour le dialogue entre les cultures, media.. Il annonce trois objectifs : la « défense des victimes » (sans mentionner l’ETA), la fin de « l’exception pénitentiaire », la construction d’une « mémoire collective inclusive ».

http://forosoziala.eus/es

[78] L’esprit de Ermua : https://www.youtube.com/watch?v=6ADIhWr_Kw0.

[79] Martín Alonso et Fernando Molina, « Historical narratives, violence and nation. Reconsidering the “ Basque conflict ”, dans Rafael Leonisio, Fernando Molina et Diego Muro (eds.), ETA’s terrorist campaing. From violence to politics, 1968-2015, Londres, Routledge 2017, p. 167-168.  Declaración de Lizarra, El País, 13 septembre 1998.

[80] Rogelio Alonso, Florencio Dominguez, Marcos García Ray, Vidas Rotas. Historia de los hombres, mujeres y niños víctimas de ETA, Espasa, 2010, 1310 p. (tableau p. 1210)

[81] « Chef de cabinet de Tony Blair (1997-2007). Expert en résolution de conflits ».

[82] Ruiz Soroa « Juicio », El País, 6/4/2017 https://elpais.com/elpais/2017/04/06/opinion/1491499165_519979.html

[83] Approuvée par 304 voix  (dont les nationalistes catalans de CiU), contre 16 (dont le PNV)

[84] Florencio Dominguez, “Las claves de la derrota de ETA”, Informe del Centro memorial de las víctimas del terrorismo, nº 3. Novembre 2017, pp. 40-43

http://www.memorialvt.com/wp-content/uploads/2017/04/Informe03.pdf

La Fondation publique « Centre pour la Mémoire des Victimes du Terrorisme » (FCMVT), sise à Vitoria, capitale de la communauté autonome basque, a été créée en 2015 en vertu de l’article 57 de la loi  29/2011 sur la « Reconnaissance et protection intégrale des victimes du terrorisme » (Reconocimiento y Protección Integral de las Víctimas del Terrorismo). Son objectif est de préserver et diffuser les valeurs démocratiques incarnées par les victimes du terrorisme, construire la mémoire collective des victimes, et conscientiser l’ensemble de la population pour la défense de la liberté et des droits de l’Homme et contre le terrorisme. 

 

[85] « Membre de la direction de Sortu. Parti de la gauche indépendantiste ».

[86] Ana M.Concejo, « Historia de ETA : negociaciones, diálogo con la banda y treguas », 2/5/2018, Cadena SER. L’article précise la façon dont les différentes négociations ont été rompues. https://cadenaser.com/ser/2018/05/02/politica/1525285117_723532.html

[87] « Chef de cabinet de Tony Blair (1997-2007). Expert en résolution de conflits ».  Pour comprendre le rôle que joue Jonathan Powell, entretien sur France Culture, 4/7/2020

https://www.franceculture.fr/emissions/le-monde-des-espions-saison-2-les-nouveaux-corsaires/jonathan-powell-le-mercenaire-de-la-paix

[88] Conseiller municipal de HB de 1987 à 1992, fondateur en 1992 de Elkarri, mouvement nationaliste basque contre la violence politique

[89] « Porte-parole de EH Bai, coalition indépendantiste du Pays basque nord ».

[90] http://www.gesto.org/es/ (dissolution 2012)

[91] Active jusqu’en 2016

[92] https://covite.org/

[93] Délégation Pays basque : https://avt.org/es/del/6/Pa%C3%ADs%20Vasco

[94] https://www.fmiguelangelblanco.es/

[95] http://www.fundacionfernandobuesa.com/

[96] https://fgregorioordonez.com/

[97] http://www.marioonaindiafundazioa.org/

[98] José Mari Alonso, « Los recelos restan apoyos de Aiete a la cumbre del final de ETA: el PNV irá con todo », El Confidencial, 2/5/2018.

https://www.elconfidencial.com/espana/pais-vasco/2018-05-02/eta-aiete-cambo-cumbre-recelos-pnv-apoyos_1558233/

[99] « Présidente du mouvement civil Bake Bidea (Le chemin de la Paix) ».

[100] Secrétaire général d’Interpol (1985-2000).

[101] « Présidente du mouvement civil Bake Bidea (Le chemin de la Paix) ».

[102] « Chef de cabinet de Tony Blair (1997-2007). Expert en résolution de conflits ».

[103] Groupe permanent de conseillers internationaux: «El atentado de ETA no implica la ruptura definitiva ni del diálogo ni del proceso», ibasque.com, 31/1/2007,

https://ibasque.com/grupo-permanente-de-asesores-internacionales-%C2%ABel-atentado-de-eta-no-implica-la-ruptura-definitiva-ni-del-dialogo-ni-del-proceso%C2%BB/; Gara, 1/2/2007.

[104] « Porte-parole de EH Bai, coalition indépendantiste du Pays basque nord ».

[105] « Membre de la direction de Sortu. Parti de la gauche indépendantiste ».

[106] Mikel Segovia « Cuando Aznar y el PP no dudaron en trasladar 190 miembros de ETA », El independiente, 30/6/2018,

https://www.elindependiente.com/politica/2018/06/30/cuando-aznar-y-el-pp-no-dudaron-en-trasladar-190-miembros-de-eta/

[107] « Porte-parole de EH Bai, coalition indépendantiste du Pays basque nord ».

[108] Au Pays basque français.

[109] Herri Batasuna, Ponencia Oldartzen, document stratégique interne, 1995, p. 10

[110] Sortu est le parti qui, en 2011, quand l’ETA dépose les armes, ou pour que l’ETA dépose les armes, a pris la suite de Batasuna, bras politique d’ETA depuis les années 1980, interdit depuis 2003.

[111] El Correo, 11/3/2020. Pour les abonnés :

https://www.elcorreo.com/opinion/estan-a-otra-20200311212848-nt.html

[112] « Sénateur des Pyrénées Atlantiques. Les Républicains ».

[113] « Membre fondateur de Bizi. Artisan de la paix ».

[114] « Conseiller du ministre des Affaires étrangères d’Israël lors du sommet de Camp David (2000) ».

[115] « Membre fondateur de Bizi. Artisan de la paix ».

[116] « Maire de Bayonne. UDi ».

[117] Secrétaire général d’Interpol (1985-2000).

[118] « Ministre de l’Intérieur puis de la Défense entre 1984 et 1993 ».

[119] C’est-à-dire intactes.

[120] Florencio Dominguez, “Las claves de la derrota de ETA”, Informe del Centro memorial de las víctimas del terrorismo, nº 3. Novembre 2017. p 48,

http://www.memorialvt.com/wp-content/uploads/2017/04/Informe03.pdf.   

[121] « Magistrat, président de la cour d’appel de Versailles ».

[122] http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-8-2018-0229_FR.html

[123] « Sénateur des Pyrénées Atlantiques. Les Républicains ».

[124] Juan Antonio Pérez Zárate, « Vía Nanclares. Un proceso restaurativo por   la convivencia y la paz », dans Antonio Rivera et Eduardo Mateo (eds.), Victimas y política penitenciaria, Madrid, La Catarata, 2019, p. 173-180.   https://www.eldiario.es/zonacritica/Via-Nanclares-explicada-preguntas_6_4959511.html.

[125] Joseba Urrusolo Sistiaga, “La vía Nanclares. Una guía de futuro”, en Antonio Rivera y Eduardo Mateo (eds.), Víctimas y política penitenciaria, Madrid, La Catarata, 2019, p. 183. 

[126] Joseba Urrusolo Sistiaga, « La vía Nanclares. Una guía de futuro », dans Antonio Rivera et Eduardo Mateo (eds.), Víctimas y política penitenciaria, Madrid, La Catarata, 2019, p. 181-189.

[127] « Avocat sud-africain, expert en résolution des conflits ».

[128] La constitution du GIC fut le résultat des liens que maintenait Batasuna avec Brian Currin depuis que des dirigeants du Sinn Féin avaient recommandé à la gauche abertzale de s’intéresser au cas de l’Afrique du Sud. De telle sorte que, fin 2004, le premier contact eut lieu entre Brian Currin et un représentant de Batasuna s’étant déplacé en Afrique du Sud. Suite à ce premier contact, Brian Currin organisa quelques cours de négociation à l’intention des membres de la gauche abertzale. (…) À cette époque, le président du PSE, Jesús Eguiguren, a indiqué avoir rencontré Currin : « Ce qui m’a le plus surpris est qu’il se croyait en Afrique du Sud. C’est-à-dire, pour simplifier, que nous étions les blancs qui opprimaient les nationalistes. J’ai dû lui dire que les nationalistes étaient au pouvoir depuis 30 ans et que c’étaient les syndicalistes socialistes qui mourraient ». Informe del centro memorial de las víctimas del terrorismo, nº 3, novembre 2007, p.58

[129] Brian Currin « La fin de décennies de violence ? Choisir la paix au Pays basque ». Le Monde diplomatique, 1er juin 2011, p. 22

[130] « Leader historique du Sinn Fein ».

[131] Gurutz Jáuregui, « Ideología y estrategia política de ETA. Análisis de su evolución entre 1959 y 1868 », 1981, Siglo XXI, 500 p.

 Antonio Elorza (coordinateur), « La historia de ETA » 2000, 488 p. (réédité par Temas de Hoy en 2006)

[132] « Membre historique d’Iparretarrak. Président de l’observatoire international des prisons ».

[133] « La Insurrección en Euskadi », dans Documentos Y, Saint Sébastien, Hordago, 1979, vol 3. p. 21-70, 1964.

[134] « Présidente du mouvement civil Bake Bidea (Le chemin de la Paix) ».

[135] Une mobilisation pour la paix a été organisée à Bayonne le 8 avril 2017, suite à l’annonce du désarmement de l’ETA.

[136] « Magistrat, président de la cour d’appel de Versailles ».

[137] Florencio Dominguez,”Las claves de la derrota de ETA”,  Informe del Centro memorial de las víctimas del terrorismo, nº 3, novembre 2017, pp.46-49

http://www.memorialvt.com/wp-content/uploads/2017/04/Informe03.pdf

[138] « Experte en résolution de conflits à la fondation Berghof et à l’US Institute of Peace ».

[139] Sculpture finalement déposée.

[140] « Membre historique de l’ETA ».

[141] Formule qui renvoie au choix fait par l’ETA dans les années 1990 de tuer des élus de tous niveaux, des journalistes,  n’importe qui pouvant représenter le système politique espagnol afin que les conséquences de la guerre nationaliste basque atteignent la société dans son ensemble.

[142] Florencio Domínguez Irribaren, Josu Ternera. Una vida en ETA. La Esfera de los libros, 1989,334 p.

[143] « Le contentieux basque est un conflit historique d’origine et de nature politique dans lequel sont impliqués l’État espagnol et l’État français », pacte d’Estella, 1998. Cf : Réponse 25.

[144] Le comando Argala, responsable de 38 morts entre 1977 et 1990, était composé de Henri Parot, Jakes Esnal, Jon Parot, Frederic Haramboure, Philippe Saez, Jean Pierre Eremundegui, Jean Vincent García et José Otxoantesana. L’Humanité, « Neuf français inculpés », 10 avril 1990, https://www.humanite.fr/node/4487. Florencio Dominguez Irribarren écrit (p.298): “S’il y avait eu une collaboration policière entre la France et l’Espagne dès les premiers pas de la démocratie, peut-être que le comando Argala aurait été découvert beaucoup plus tôt.”

C’est un problème que le blanchiment de l’ETA se fasse aujourd’hui sur le territoire français que l’organisation n’a jamais frappé, afin de sauvegarder la base arrière cruciale pour ses activités criminelles en Espagne.

[145] Véronique Dudouet a signé avec Andy Carl une tribune dans Le Monde pour s’opposer à sa détention.

[146] « Ministre de la Justice (2012-2016) ».

[147] « Magistrat, président de la cour d’appel de Versailles ».

[148] Reyes Mate,  Medianoche en la historia, Madrid, Trotta, 2006, p. 27.  “Si los muertos no importan, entonces la felicidad no es cosa del hombre, sino del superviviente. Si importa la vida de todos, entonces relacionaremos la vida frustrada de los muertos con los intereses de los vivos, negándonos a seguir un proyecto que supusiera el desprecio de los caídos. Cuando damos el paso de olvidar la muerte, perpetramos un crimen hermenéutico que se suma al crimen físico.

[149] “Que la izquierda abertzale se nutra de su abnegado pasado, lo cultive en sus nuevos militantes y lo sepa trasmitir, con humildad, a Bildu y al resto de la sociedad vasca. Porque ganada la batalla de la Memoria, habremos ganado todas y todos”

[150] “Reivindicamos con todos nuestros errores lo que fuimos y lo que somos, lo que hemos hecho y lo que hacemos”

[151] Fernando Molina, « La época socialista, 1982-1996. Negociación, violencia y fantasmas », dans Antonio Rivera (ed.), Nunca hubo dos bandos. Violencia política en el País Vasco 1975-2011, Grenade, Comares, 2019, p. 138.

[152] Gabriel Jackson “¿Por qué matan?” El País, 25/1/2000 https://elpais.com/diario/2000/01/25/opinion/948754807_850215.html

[153] Lo que hace único el caso vasco, y lo que me choca como historiador, es que el terrorismo político vasco de los últimos 20 años desafía cualquier explicación racional, a menos que uno desenrede la historia real de la historia mitificada y de la falsa antropología. […] cualquier imagen de que los vascos han sido oprimidos (más que los demás) por los gobiernos españoles, es, literalmente, mitología pura

[154] Critique et vérité, Paris, Seuil, 1966, p. 49.

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