So French

Un mélange de problèmes organisationnels patents : on n'aurait pas vraiment besoin d'hypothèses "complot".

Point 1 : les transferts de technologie mal surveillés engendrent des bourdes

L'épidémie semble maintenant résulter d'une magnifique bourde qui tourne autour de la France comme "à la pointe" en technologie, et des accords multilatéraux sur les transferts de technologie ... .

Le laboratoire P4 de Wuhan résulte d'un transfert technologique donné clef en main aux chinois par les Français (en dépit des craintes exprimées de l'administration). Ce laboratoire dit P4 de Wuhan semble d'après la radio aujourd'hui avoir disparu dorénavant, démantelé, on ne saura rien des doutes exprimés depuis quelques temps puisque aucune enquête n'y aura jamais lieu. Nous saurons juste que les accords de coopération scientifique n'ont pas été respecté, entre temps : une fois le laboratoire fini, le gouvernement chinois a refusé l’accès aux ingénieurs qui étaient censé faire le suivi une fois le labo opérationnel*.

La raison de manipuler un virus pour le rendre adapté à l'homme (sur la base, par exemple, d'un virus de chauve-souris) est que ça le rend plus utilisable pour en étudier l'interaction avec les cellules humaines  : c’est une technique passionnante mais dorénavant identifiée comme trop dangereuse, qui a posé des problèmes par le passé : les règles éthiques contemporaine dans la profession interdisent cette pratique. Apparemment quelqu'un a pu réalisé à Wuhan une pratique qui n'était plus suivie en Europe (ce qui reste le point qui doit encore être confirmé). Le principal risque est que ce virus sorte et se diffuse. L'hypothèse dans ce sens est de plus en plus crédible, apparemment.

On peut conclure que :

- ces informations sont ennuyeuses car le "politique" en France semble souvent ne pas suivre les recommandations de l'administration, alors qu'elles peuvent ex-post sembler assez fondées : ceci renforcerait plutôt la confiance qu'on a dans notre administration.

- l'ampleur de ce qui résulte de la non-écoute des recommandations administratives peut sortir de proportions raisonnables

- le résultat prouve qu'on est maintenant, et ce n'est de fait pas nouveau, à un haut niveau technologique dans la manipulation du vivant, et que nous ne sommes pas - en tant que citoyens - très informés de ces potentiels un peu disproportionnés au vu de nos capacités de réaction

- on peut noter que toutes ces informations étaient présentes dans les médias en mai, mais comme la question du virus fait de la main de l'homme a été accusée de complotisme, il était plus compliqué de recoller les informations. Une hypothèse pour ce rejet est que l'assertion "le virus a été fabriqué" est entendu "le virus a été fabriqué intentionnellement pour faire le mal". Ce qui n'est pas du tout la même affirmation. 

 

2. Conflits internes : "la France" se déchire mais marche cahin-caha sur deux pieds

Suite à la diffusion du virus, "la France" a trouvé (ou plus précisément : rendu publics les résultats d'un travail inspiré de résultats préliminaires chinois) un moyen de réduire le problème en effaçant un peu de virus dans le corps humain grâce à un produit banal associé à d'autres produits banals - le protocole est peu innovant mais adapté à la situation : peu cher, applicable à la minute, il propose un petit couloir de production industrielle à une entreprise française, Sanofi, et promet à la France de s'auto-congratuler internationalement pendant quelques mois. Tout ce protocole est en effet imaginé au sein d'une structure élaborée par anticipation par l'Etat, où s'agrège une connaissance avancée des maladies infectieuses, des outils médicaux apparemment très robustes (de mesures, soins et de suivi), et d’un esprit scientifique qui se confirme dans le temps (observations, mesures régulières et stables, communication libre et permanente sur les évolutions de connaissances et recommandations, création de réseaux d’échange).

L’HCQ est un bon cheval car elle fait beaucoup de choses différentes, même au sein de ce parcours de maladie-là.

Ainsi équipées d'une grande intelligence organisationnelle face aux crises : prête à agir, la France s’organise… mais seulement localement puisque "la France", de nouveau a des petits problèmes d’identité. Cette fois ce n'est pas "politique contre administration", mais des réseaux d'influence qui semblent se battre entre eux, sous les yeux un peu hagards du public, que l'on somme de choisir son camp. Ainsi l'IHU n'a pas le bon réseau, "n'embarque pas les bonnes personnes" et est déjà haï par un grand nombre de décideurs publics au démarrage de l'épidémie : le pays s'écharpe autour de fractures qu'on pourrait qualifier de façon multiples si on en prenait le temps. On en est à associer l'IHU à l'extrême-droite du fait des positions politiques qui s'expriment dans les médias, ce qui devient un peu ennuyeux.

En regardant l’histoire de la science et de la pensée en France, on se dit que c’est un caractère constant. C'est dans le conflit que l'on se doit d'exister quand on a peur.

Ce qui reste rassurant est que "la France" a produit par anticipation une structure capable aujourd'hui d’actions collectives raisonnables d’une certaine ampleur. (ici on pourrait appeler cette action "la protection de Marseille", ville dont Didier Raoult a originellement proposé qu’elle soit un « laboratoire » pour son protocole, et se permet finalement de considérer l'expérience naturelle en cours comme un quasi-laboratoire, malgré le refus du ministère). A ce stade de l'histoire, malheureusement, l'effet de la prise précoce de HCQ semble établi et de plus en plus confirmé dans le temps (pas toujours en prouvant que le résultat est "meilleur" qu'un autre, mais en montrant que cette prise en charge réduit la mortalité environ de moitié - ce n'est pas forcément la seule et unique molécule, mais le résultat semble satisfaisant - c19study.com est un site très riche pour vérifier ces informations si on peut avoir la patience de le lire, et pas seulement de suivre les injonctions des fact checkers qui, a priori, ne sont pas des scientifiques en activité, et ne sont pas forcément au fait des pratiques d'analyse de la bibliographie, normalement pratique individuelle du chercheur).

Donc maintenant on peut s'attendre qu'un jour viendra la "réhabilitation de Raoult". Elle n'est ni souhaitable ni désirable, mais on peut la prévoir du fait des dynamiques de construction de discours dans l'histoire de France (nous sommes du côté des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, alors que celui qui a permis cette reconnaissance a été considéré comme un traître quelques temps). La question intéressante est alors : quand ? et comment ? Si on fait l'hypothèse qu'à un moment une reconnaissance publique d'un travail plutôt sérieux aura lieu : faudra-t-il attendre que le dernier éléments qui symbolise la "parole raoultienne" (HCQ) soit reconnu comme ayant une utilité suffisante par des instances internationales ? (a priori les autres hypothèses avancées dans le temps tiennent toujours après avoir été éprouvées face au réel). Faudra-t-il beaucoup plus longtemps, un changement de gouvernement et - éventuellement - une intervention du CSA pour renouveler les règles éthiques au vu de l'agressivité rituelle des journalistes contre une partie des scientifiques publiquement identifiés (ce qui n'est pas un phénomène nouveau mais a atteint un systématisme inquiétant et a créé beaucoup de confusion dans les discussions) ? La violence de la polarisation rend délicate toute anticipation et plusieurs chemins sont possibles, ils nous apprendront sûrement sur les processus de création de consensus en cours dans nos démocraties.

Car on peut observer les contradictions inhérentes à l'organisation de notre république comme outil d'existence de la démocratie : la maintien dans la durée (administration vs politique ; installations d'infrastructures scientifiques vs pouvoir discrétionnaire des ministères). On y voit comment fonctionnent les jeux de langage qui définissent l'autorité et la légitimité : ils permettent ici de prétendre que seules les preuves de la science de type "industriel" ont une valeur (modèle, random experiment, méta-analyses), sans réellement chercher à comprendre le fond des démonstrations ni même la possibilité pratique de les mener en temps réel. 

Il faut juste se souvenir et se méfier du fait que la droite, voire l'extrême-droite, a été la seule partie du monde politique à soutenir celui qui pourrait, à terme, changer de statut dans les médias. C'est un point assez terrible et inquiétant. Il n'est pas très original que la gauche des partis soit obtuse et réactionnaire en France, mais si aucun changement n'a lieu, il y aura peu de marge pour retrouver la part de l'électorat qui aura finalement préféré partir vers le "complotisme", de plus en plus extrême et répandu.

L'optimisme veut que l'on voit dans tout cela que si les crises sont toujours à venir, des personnes capables de prendre en charge les crises seront sûrement toujours présentes, les compétences déjà incarnées, et la liberté d'action conservée. La leçon est que la consolidation de contre-pouvoirs variés, et même scientifiques nous montre cet épisode, doit rester un objectif au sein des démocraties.

 

 

 

Quelques questions résiduelles : 

- on peut considèrer que la France est un pays qui pratique l’école laïque et obligatoire depuis un peu plus d’un siècle et a une université démocratisée depuis les années 80 - on a pourtant constaté une certaine fermeture d'esprit des élites preneuses de décision / agissante et d’une partie de la population qui a accepté sans chercher à calculer elle-même ses risques, de se faire terroriser et suspendre son esprit critique, avec une facilité déconcertante. Autour de l’université  une théorie prétend qu’elle a extrait des classes populaires les gens intelligents qui étaient avant ouvriers, syndiqués, et produisaient donc des contre-pouvoirs intellectuels  efficaces au sein du monde ouvrier. (retour à l’usine artificiellement tenté par des soixante-huitards, mais c’était, justement, artificiel). Il s'agit de comprendre ce qui peut expliquer l'"attirance complotiste", en pays censément éduqué.

- Le confinement imposé en France, et toutes les mesures qui semblent très punitives (la plupart sont maintenant démontrées comme plutôt inefficaces, mais excessivement destructrices et traumatisantes - dans la matérialité, la confiance, les imaginaires), sont assez originales dans le monde (encore plus en seconde période). Est-ce, comme on pouvait le penser immédiatement, une punition contre l'existence des gilets jaunes dont on peut se dire qu'ils ont créé un véritable appel d'air d'ordre révolutionnaire** qui a de quoi inquiéter les pouvoirs (dans une période où cette tendance à la "révolution" semble toucher le globe entier).  N'est-ce pas une des grilles de lecture du déclenchement de la guerre de 14 ? Est-ce qu'il ne serait pas moins risqué et coûteux de laisser le peuple s'exprimer librement, ce qui nécessiterait un travail de conceptualisation et d'essais pratiques assurément passionnants pour mieux aborder les rapports possibles entre concertation et délégation de pouvoir.

 

 

On n’a pas fini. 

 

* On a pu observer aussi que cette rupture de suivi était aussi présente dans les transferts de technologie de moyennes entreprises privées (traumatisant documentaire strip tease en deux épisodes "à la poursuite de Madame Li"- https://www.youtube.com/watch?v=JwrV3eLXpEQ).

 

** bon reportage fluide basé sur des observations en temps réel

https://www.france.tv/france-3/grand-est/la-france-en-vrai-grand-est/2075793-emission-du-lundi-2-novembre-2020.html

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