Questions du jour : effondrement ?

nouvelle formulation, car il faut chaque jour poser des questions du jour.

A quelle degré de destruction est notre monde civilisé, si nous ne sommes pas capables de gérer une maladie émergente peu létale ... ni dans notre rapport existentiel à la mort et la maladie, ni dans notre capacité d'organisation technique ?

 

 

Le contexte est :

- présence d'un agent pathogène nouveau dans la population humaine, de diffusion aérienne et tactile assez efficace, causant des réactions parfois disproportionnées face à la nouveauté chez les organismes humains (orage cyclothymique), à létalité basse mais centrée sur des populations à risque restreintes (ce qui implique que pour ces populations, le risque est élevé).

- le virus s'est diffusé rapidement à l'échelle internationale, et a engendré des politiques d'une homogénéité étonnante par zone géographique - par exemple plusieurs pays d'Asie ont fermé durablement leur frontière et ont réduit les voyages intranationaux, ce qui n'a pas été réalisé durablement en Europe, par exemple. On note l'émergence d'une modalité d'organisation politique "confinement" dont le seul but logique pourrait être de pallier à l'affolement généralisé, et dont l'utilisation chronique commence à poser des questions en Europe (l'OMS a condamné son usage pérenne en octobre 2020).

- la destruction de l'hôpital public est le contexte européen global face auquel l'épidémie advient.

 

Pistes d'analyse sur la question de l'organisation technique :

- état déplorable de la recherche et la pensée, liée à l'hypercompétitivité mise en place depuis quelques décennies : nous n'arrivons même pas à tomber d'accord sur le fait qu'on manipule des chiffres dont le recueil n'est pas calibré, et qui fondent donc des analyses fantaisistes la plupart du temps ;

- mélange de plus en plus fort du travail scientifique appliqué et de la politique (il faut depuis longtemps penser la question des conseils scientifiques interdisciplinaires peu représentatifs et très contraints par la position politique du président, en général). (peu l'ont fait dans le détail - peut-être dans la sociologie du doute) ;

- le passage par les médias traditionnel (et maintenant youtube) établit des autorités et légitimités décalées par rapport au monde scientifique mais parfois désirées par les participants scientifiques - à noter qu'on confond aisément rhétorique et argumentation dans ces discussions ;

- (re) place des médias officiels qui ont fait montre d'une magique démonstration de propagande, et de renforcement imaginaire de position dominante pour certains (les attaques "anti-Raoult" par des petits journalistes qui n'ont jamais rien fait de leur vie, mais aussi par des chercheurs en mal d'assise et de reconnaissance, en est un des signes que j'observe depuis le début). Sur ce point, on note l'hyper-présence des hommes pour produire des discours très assurés basés sur plus ou moins du vide.

- l'amour du chiffre ayant dépassé l'amour de la pensée, n'importe quelle donnée devient vraie par la magie de la mise en chiffre, et tout schéma agrégeant des données devient intéressant à commenter ;

- on découvre au détour d'une analyse que l'Etat français n'a utilisé aucun des dispositifs de crise déjà présents dans son administration (et éprouvés, corrigés, ...) - des amateurs au pouvoir qui se passe des structures d'organisation historique, c'est assez logiquement peu performant, la surprise est de faible intensité - https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/22/covid-19-aucune-lecon-n-a-ete-tiree-de-la-gestion-de-la-crise-entre-mars-et-mai_6056905_3232.html.

Pistes d'analyse sur la question du rapport existentiel :

- évacuation progressive des vieux, handicapés, anormaux, hors des espaces de vie quotidiens pour tendre vers une homogénéité apparente basée sur le fonctionnement optimal, la capacité à échanger sa force de travail sur le marché, etc... ce qui engendre une réduction de la connaissance de la maladie et la mort pour les individus "sains" ;

- on pourrait identifier cette mise à distance des anormaux à la mise à distance du monde animal et végétal, qui font que les relations délétères à la Vie (au sens de sa puissance naturelle individuelle et collective - production, reproduction, hybridation, sélection, surprise, adaptation) sont la norme : la vie fait peur et on la laisse être détruite par le plastique et le béton (résumé rapide).

- dans cette question des imaginaires, on note une différence forte entre la médecine asiatique qui (hormis en période de révolution culturelle) conserve une vision de médecine de "terrain" plus que de "symptôme" et de gestion individuelle de sa santé par l'alimentation et diverses pratiques d'entretien du corps, là où l'Europe ou les Etats-Unis ont instauré "la pilule" ou "l'intervention" comme outil médical de base - ce qui par définition retire l'autonomie au malade, la maîtrise de son propre métabolisme. (vision tendancielle sur les discours possibles et les organisations sociales envisageables dans les divers lieux. On peut ajouter que des pratiques très vertueuses en temps de pandémie, comme le port du masque et les pratiques d'évitement lorsque l'on est malade est vécu comme une politesse minimale quotidienne et est déjà totalement intégrée par les populations depuis des années (vrai par exemple au Japon, sûrement en Corée du Sud).

 

Quelques craintes pour la suite

- augmentation de la polarisation et de la détestation des uns et des autres par radicalisation des postures et arguments : le dissensus sain a en partie disparu de la communauté scientifique et son inexistence actuelle dans les sociétés censément démocratiques est patent ;

- augmentation des contrôles, des normes de comportements, qui induisent une surveillance réciproque des populations non sur des règles logiques mais sur des normes ad hoc - la délation et la corruption morale se mélangent allégrement à l'hyper-moralisation de chaque conduite et l'identification de boucs émissaires. On est en bonne voie...

 

 

 

 

 

 

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