Déremboursement...

Comprendre à mon âge pourquoi on n'arrive pas à résoudre le racisme systémique de nos sociétés dites "avancées" ! (pas de quoi être fière)

Hier, on a encore pu recevoir une nouvelle qui informe sur l'état idéologique de notre société. Il s'agit de "déremboursement". Comme le commente le journal le plus affuté du moment, Libération : "Encore une raison supplémentaire de se faire vacciner. A compter du 15 octobre, les tests Covid-19 vont devenir payants, mais pas pour tout le monde."

Que l'on peut légèrement corriger par "encore une pression ajoutée pour forcer à l'obéissance des corps" (pour la première phrase) et "les tests vont continuer à être payés par la collectivité pour les bons citoyens, obéissants, alors qu'on retirera le plus de droits possibles aux autres." 

Reporterre fait, à l'inverse, commenter la situation contemporaine par quelqu'un qui semble être encore capable de réflexion - l'idée principale étant qu'on est réellement en train de sortir de l'état de droits classique par l'ajout de règles d'exclusion sociale sans raison judiciaire :

https://reporterre.net/Le-passe-sanitaire-est-un-moyen-extrajudiciaire-de-desactiver-socialement-les-gens

 

Ce qui me fascinait hier en écoutant les nouvelles, est de penser à mes collègues, chercheurs, professeurs d'université, tous "de gauche". Apparemment, c'est par l'hystérisation de la peur du Covid - dont ils arrivent à croire qu'il touche les "jeunes" en dépit de tous les chiffres qui peuvent sortir et toutes les analyses de mortalité depuis un an et demi - qu'ils arrivent à se persuader que fermer les yeux sur des lois liberticides relève de la "raison" et pas de la "lâcheté qui permet de continuer sa vie de privilégiés sans se soucier réellement du sort des autres mais en se drapant dans la bonne conscience". 

Observer cette débilisation volontaire, pleine de hauts cris indignés, c'est comprendre enfin pourquoi, depuis tant d'années on sait que les jeunes "issus de l'immigration" sont discriminés à l'embauche, mais aucune loi sérieuse n'est mise en place par nos élus dits de gauche : c'est qu'ils savent que leur électorat s'en fiche comme de sa première feuille de paie. Les riches membres du monde académique qui ont laissé l'université se faire dévorer pendant qu'ils demandaient leur prime individuelle de fin d'année - puisqu'ils le méritent bien, eux au-dessus des autres, producteurs méritants d'un travail intellectuel supérieur - ou tentaient de mettre les bâtons dans les roues à ceux qui leur font de l'ombre, ou qui gênent leur tranquillité d'esprit en signalant la vacuité de leur rhétorique majoritaire : peut-on encore les prendre au sérieux ? 

Ils s'en fichent des discriminés car ils se croient intouchables (au sens opposé à "intouchable" en Inde, ici, c'est la caste du haut dont on parle). Si l'individu intégré, choisit d'obéir à l'ordre et à la discipline de l'Etat masculin, hiérarchique, vertical, accepte de tester des médicaments nouveaux sans garantie de protection ultérieure ou d'exposer ses descendants à des risques de pollution insensés, alors tous ceux qui résistent méritent bien d'être exclus du destin national et des plaisirs de la communauté.

Ceux qui ne sont pas moi, qui font d'autres choix, ont tort, sont aveugles à l'harmonie du groupe, sourds à l'appel de l'héroïsme. (Et je suis en droit de lever des barrières d'indifférence face à leur sort - l'indifférence, c'est ce que construit le monde dit-intellectuel, sous couvert de discours du Bien, ça c'est une vieille observation). 

J'aime la démocratie si la décision du groupe est celle que je souhaite ? Ou pire : est-ce que j'apprends à aimer ce que je ne peux pas changer ? (la soumission). 

 

Héroïsme : on traite les anti-pass (mêlés d'antivax et autres arriérés contre le progrès) de lâches. Cela voudrait bien dire qu'accepter une injection, en état d'incertitude élevée, est vécu aussi comme une action virile, quasi guerrière, un sacrifice à la Patrie. ("la guerre", disait l'autre, "la guerre"). Bizarrement, s'exposer à un virus, aider l'autre réellement, physiquement, le rencontrer et retirer son masque pour lui sourire : c'était trop effrayant. Faire le cobaye, ça va, c'est un destin sacrificiel pour lequel on peut, finalement, ne pas ressentir le danger si on le souhaite. 

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Juste sur l'anti-anti-vax comme posture

J'avais émis il y a quelques semaines les hypothèses concernant les réactions de rejet frénétique de toute discussion sur les injections prophylactiques anti-covid. C'est à la base un peu difficile de comprendre pourquoi il est impossible d'aborder les questions d'efficacité et de sécurité de ces médicaments totalement nouveaux (après qu'on ait de façon idiote rejeté des produits ultra-connus qui ne posaient pas de problème particulier et étaient assez efficaces pour réduire un peu les engorgements d'hôpitaux sous-dotés).  On peut se dire que : 

- il y avait déjà une tendance à ne pas écouter les arguments sur les vaccins ; la catégorie « antivax » avait émergé depuis quelque années. J’avais déjà vu des empoignades absurdes il y a quelques années, où il n’y avait aucune écoute entre les protagonistes (et surtout les anti-anti-vax qui semblent fermer leurs oreilles par crainte d'être convaincus par l'un ou l'autre des arguments et ne rien refuser plus que de devenir soi-même un stigmatisé). Antériorité de cette catégorie, donc, déjà chargée affectivement, et en particulier les « accidents vaccinaux » était un mot-tabou depuis un moment, va savoir pourquoi …  en note : la France est un pays qui ne reconnaît pas comme effet indésirable du vaccin contre la H1N1, la narcolepsie, alors que d'autres acceptent le lien. La vaccination est puissamment identitaire et chauvine en sus, puisqu'on défend nos habitudes contre les autres pays, un esprit de clocher qui pousse à chercher sans cesse rassurance que "mon village a plus raison que le village d'à côté" ;

- la vaccination Covid est LE réducteur d’incertitude auquel tout le monde s’est raccroché après trop d’incertitude. Finalement, cela révèle qu'une part très largement majoritaire de la population ne supporte par cette incertitude, qu'elle est juste angoissante et on ne peut donc leur dire que "c'est plus compliqué que ça" (= le vaccin n'est pas divin, par exemple). L'incertitude serait trop complexe à comprendre ou à accepter ? Nécessiterait de faire confiance à l'adaptation plutôt que l'habitude ? Serait génératrice d'un défaut de reproduction de l'ordre dominant ? Cognitivement explosif, donc affectivement chargé. Finalement, c'est le fait d'avoir cru comprendre et maîtriser, puis ne rien comprendre, qui met tout le monde d'accord sur l'objet-réponse-universelle. C'est bien religieux. 

- aller dire à des gens, en particulier, que les jeunes sont un peu à risque face à ce vaccin (tout le monde admet maintenant les myocardites et les arrêts de règles, les saignements de nez ou de bouche, chez nos adolescents, des maux de tête, des troubles de la vision : tout ce qu'on impose à des enfants pour un prétendu bien commun qu'on est incapable de quantifier et que cette épidémie ne peut pas justifier par les chiffres). Les gens à qui on parle ont fait vacciner leurs enfants, c’est un souci, c’est clair : c'est comme si on leur signalait en septembre 14 qu'envoyer leur fils au front avec enthousiasme pour se battre contre de pauvres petits Allemands est cruel et inutile. Finalement ils le savent déjà, leur inconscient animal voit bien qu'ils font du mal à leur corps et leur espèce, ça fait dissonance cognitive , souffrance, donc haine à l'égard de celle ou celui qui exprime des doutes. Je pense que c’est le point qui rend toute discussion impossible, alors que ces risques pour les jeunes - à court et long terme - sont quand même un gros sujet, à l’international, dans le monde scientifique. Et que ça a commencé il y a plus de six mois... 

- L'aspect cognitif est important : ce monde complexe nécessite un mélange de délégation intellectuelle et de contrôle minimal pour être sûr de ceux qui émettent des avis - il est absolument nécessaire face à l'interdisciplinaire radical d'avoir des cadres qui s'adaptent à plusieurs disciplines, des cadres transversaux (comme "la complexité" par exemple). Et on sait combien l'idée de cadres d'analyse cohérents et capables d'appréhender beaucoup de dimensions est peu enseignée. Par exemple, une notion déjà vieille, assez simple d'apparence, comme celle de bénéfice-risque individuel, qui peut s'adapter à de nombreux domaines, est totalement incomprise -  et rien que ce point explique une partie de la folie covid - ne pas comprendre qu'en fonction de son âge et de son état on n'a pas la même existence.... c'est intéressant, car cela prouve qu'une évidence quotidienne ne se traduit pas du tout en évidence théorique / abstraite. Finalement, l'esprit humain n'aime pas l'abstraction ?

- Pire encore, peut-être, que l'impossibilité à saisir un problème abstrait sur la base d'une situation, l'application des connaissances théoriques ou techniques hors du domaine précis où elles ont été apprises est - finalement - très compliquée pour nos contemporains. Même des économistes oublieront leur bénéfice-risque s'ils parlent de maladie plutôt que de portefeuille d'actions. Doit-on attribuer cela au fameux "framing" traité par l'économie comportementale et autres sciences cognitives : en fonction des exemples données pour illustrer une structure de problème, les humains comprendront et résoudront le problème différemment.  Et cela est vrai aussi pour les chercheurs, dont on aurait pu penser qu'ils étaient justement un peu débarrassé des biais cognitifs. Peut-être que l'idée serait que l'analogie n'est finalement pas une compétence spontanée et que même la formation universitaire et l'activité pratique de la science ne permettent pas de posséder cette capacité de généralisation. Est-ce que seuls les matheux et logiciens apprennent à manipuler les modèles abstraits, finalement ? ça devient une question. 

Parce que ce qui est épatant, en ce moment, c'est que les gens demandent sans cesse des chiffres mais se reposent sur les on-dits (ma voisine médecin, ma fille pharmacienne) ; ils s'en fichent qu'on n'ait pas de chiffres officiels, qu'ils se révèlent faux par la suite et que l'histoire soit déjà intégralement ré-écrite, ils gardent leur point de vue ; mais ils en appellent sans cesse à la science - principe d'apprentissage par observation. 

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Ce n'est pas en jouant aux trois petits singes qu'on apprend beaucoup. Par contre, en jouant aux trois petits singes, on lit le Monde, on écoute France Inter, et on croit que l'économie va bien, les pauvres ne sont pas inquiétés par la hausse du prix du gaz, la vaccination obligatoire ne fragilise ni nos systèmes immunitaires ni la société ni le système médical - et finalement, on n'ose pas le penser mais au fond de soi on sait bien que si on n'est pas pauvre, marginal ou exclu c'est que, quelque part, on le mérite. Ces trois petits singes, ils ont de beaux jours devant eux.  

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