Crédibilité orthaugrafique

Un simple constat s'impose, l'État joue sur sa crédibilité et sa légitimité par les urnes pour, au nom du peuple français où de Navarre, peu importe, dont il serait le seul et unique représentant légitime, édicter des lois et décrets, agencer et régenter nos vies.

Cette crédibilité serait apportée par des consensus communs, qui seraient les garants d'une vision du monde immuable, où nous, en tant qu'êtres humains pensants, incapables de nous débrouiller par nous même, aurions besoin de cette tutelle suprême appelée État, entité qui représente une nation, le fameux État-Nation, dont les frontières sont définies administrativement.

Crédibilité, enfant chérie de la manipulation, instrument premier de la domination capitaliste.

Un-e enfant, dés son plus jeune âge, entre en phase d'apprentissage. Une fois qu'ille acquière la vision, ille reconnaît d'abord le visage de sa mère, et puis, petit à petit se dessine autour de lui, un monde multiforme et coloré qui élargira son champ perceptif à l'aune de nouvelles découvertes. L'apprentissage a commencé. Ses parents biologiques où d'adoption l'aideront à développer ses connaissances cognitives afin qu'il développe, tout au long de son parcours d'enfant, ses capacités à devenir l'adulte qu'ille sera plus tard afin qu'il devienne autonome.

Le capitalisme dans sa volonté hégémonique de contrôle social, doit s'immiscer dans ce processus, l'enfant naît donc avec une identité reconnue par la république, ille devra désormais jouer le rôle que la république lui attribuera dans le cadre de ses règles, issues de lois et décrets votés où appliqués que l'enfant ne peut qu'accepter sans sortir du cursus scolaire et finir en marge du système.

L'enfant devra donc attendre ses 18 années, passer le cursus scolaire marchand jusqu'au BAC, où, si ille est issu-e d'une classe populaire, finir le plus souvent dans une filière technique où universitaire pour devenir chomeur-euse. Une fois atteint l'âge adulte légal, ille pourra enfin déposer un bulletin dans une urne et ainsi prendre enfin le pouvoir, d'une façon toute républicaine, en se faisant représenter.

La république dans sa grande bonté, accorde aux plus méritant-e-s, à celleux que l'on appelle nos élites, une place dans la cour des grands, au sein de l'oligarchie. Toute cette chapelle d'experts omnipotents, les politiques, les médias dominants, les publicistes, les patrons et les préfets, sont là donc pour nous dire ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. Et nous devons bien-sûr, les croire sur parole, car nos élites nous représentent puisque nous les avons démocratiquement élues, et que bien entendu, elles travaillent pour l'intérêt général et le bien de la nation f-rançaise.

L'enfant, quant à lui, acquière donc un apprentissage qui devra lui permettre de s'intégrer dans cette société. Il devra être capable de rentrer sur le marcher du travail, si il y a du boulot, la sélection se fera ainsi sur sa capacité à être un produit consommable, corvéable à merci par et pour l'entreprise où l'administration qui aura l'usufruit de son effort productif. Pour cela, ille aura donc emmagasiné-e une connaissance selon les filières d'apprentissage choisies et le mane financière mise à disposition par sa famille, donc par le déterminant de la classe sociale dont ille est issu-e.

La république, en théorie, doit donner les mêmes chances de réussite à un-e enfant, quelle que soit sa classe sociale, la fameuse intégration républicaine. Pour rentrer dans la case intégration républicaine, il faut, de préférence être de type caucasien, bien-pensant, bien propre sur soi, éviter d'habiter dans des quartiers un peu trop populaires, surtout si on a été une bille à l'école, et avoir un nom qui ne sonne pas trop exotique, synonyme de discrimination à la seule lecture du CV et, hélas, bien trop souvent à l'embauche.

Bref, si tu t'appelles Mouloud - et tant qu'il y aura des racistes comme Valls   qui voulait en 2009 "plus de blancs, de white, de blancos" - que t'as foiré tes études, et que tu milites pour la Palestine, il te reste chômeur comme boulot, intérim les jours de chance où à la limite prisonnier.

Les socialistes nous bassinent les oreilles avec leur pipo habituel sur l'intégration, plan Marshall pour les banlieues et autres solos de flûte traversière, alors que dans les faits les quartiers populaires sont la cible continuelle de toutes les stigmatisations et discriminations. Elles s'étallent à foison, via des faits-divers, à la télévision, comme dans la presse, et nos politicards sont toujours ravis d'en rajouter sur la corde sécuritaire. Les charognards exécutants, les préfets et leurs cafards armés répriment pour donner le change à l'arnaque.

Le rôle que la société - le secteur privé et l'ersatz de service public restant à la tutelle de l'État républicain - veut bien nous donner est le garant de la bonne marche de l'ordre républicain et sa recherche immuable de profit, de progrès, de croissance, de contrôle social et de domination. Pour légitimer son action, l'État fait tout ce qu'il peut afin que l'opinion publique acquiesce sans broncher. Si l'on veut bien faire et continuer à avoir sa place dans la société, où à tout du moins rester crédible, mieux vaut ne pas trop faire de fautes d’ortograffeuh et marcher dans les clous.

Choisir plutôt de militer pour une association caritative reconnue par l'État que de militer pour un monde en paix, solidaire, libre, débarrassé du nucléaire, du pillage des ressources naturelles et humaines, bref, débarrassé du capitalisme. Un-e indigène Cree de 13 ans connaît trois cent plantes sauvages sur le bout des doigts ainsi que toutes leurs applications culinaires et médicinales, qu'ille soit nul-le en orthographe où non. Ille sait, comme tout peuple premier (Touaregs, Busmen, Aborigènes, etc), son environnement unique et fragile, que les mines d'Uranium rendent les animaux, les femmes et les hommes malades car elles empoisonnent les sols et l'eau. Ille a appris aussi que l'homme politique est un menteur pathologique par essence, que l'ingérence des pays colonisateurs ne sert, in fine, qu'à piller ses ressources naturelles et le fruit de son labeur. Et encore bien d'autres chose que nous, descendant-e-s de colons blancs, ignorons avec tous nos bouquins et années d'études.

Malgré tout l'enfumage populiste xénophobe de Marine Lepen et ses sbires, de la clique à Sarkozy et à Valls réunis, malgré tous ces fascistes qui veulent faire taire toute contestation à leur logique mortifère, une fois que le capitalisme rendra ses derniers souffles d'agonie, il n'est pas sûr que d'avoir fait de grandes écoles avec un-e larbin-e pour corriger leurs discours et un-e esclave pour leur servir des petits gâteaux avec le thé soit suffisant pour qu'illes vivent pleinement leur autonomie.

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