Les Quilombos: communautés autonomes quilombolas en lutte depuis 400 ans (réactualisé le 12 mai 2012)

    Au tout début du XVIIe siècle, le Brésil ne représentait qu’une petite colonie, principalement concentrée sur la côte atlantique. Au nord-est du Brésil, les colons esclavagistes portugais et hollandais se disputaient les territoires aujourd’hui situés entre Recife et Salvador. A cette époque, une rébellion éclata chez les esclaves des plantations de canne à sucre dans la capitainerie de Pernambouc, alors sous domination portugaise.  

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La rébellion se propagea rapidement dans les plantations, les esclaves se libérant du joug de leurs oppresseurs. Cette révolte, d’une ampleur considérable, aboutit au plus important mouvement de résistance mené par des esclaves marron dans toute l’histoire du continent américain, mouvement qui dura un siècle. Les esclaves devenus des hommes libres se répandirent sur un large territoire - très boisé et difficile d’accès pour les colons -  communément appelé Los Palmares. Ce territoire - une bande de 40 km de large sur 120 km de long, parallèle à la côte, se situait entre les villes de Recife et d’Alagoas do Sul. Les habitants des Palmares, appelés Quilombolas ou Mocambeiros, fondèrent des communautés autonomes, les Quilombos ou Mocambos. La population des quilombos était composée en grande majorité de noirs marron (originaires d’Angola pour la plupart), mais aussi de descendants d’africains métissés, d’indiens et de blancs (déserteurs ou paysans sans terre). Le nombre de 20 000 quilombolas est le plus vraisemblable, un chiffre considérable pour le Brésil de 1660, qui comptait 180 000 habitants.

     Les Quilombolas étaient regroupés en villages, dont certains très importants, comme le grand quilombo fortifié de Macaco et celui de Subupira.  Les Quilombolas vivaient d’élevage, ainsi que de polyculture qui alimentaient leurs échanges avec les colons blancs (maïs, tabac, sucre, manioc, artisanat... contre armes, étoffes, sel...). Le travail de la terre s'effectuait sous forme collective. La vie dans les quilombos connut des périodes de prospérité interrompues par les attaques de colons portugais et hollandais (définitivement chassés en 1654), comme par des razzias de représailles des Quilombolas vers les grandes plantations sucrières.

    Les Quilombos des Palmares résistèrent pendant presque un siècle contre les invasions des colons, invasions entrecoupées de périodes de paix et de prospérité, jusqu’à la chute de Macaco en 1694, l’assaut ayant été mené par les mercenaires portugais appelés bandeirantes.

    Les Palmares connurent deux chefs de guerre emblématiques, Ganga-Zumba et surtout Zumbi. Zumbi est aujourd’hui, pour les brésiliens descendants d’esclaves noirs, symbole d’orgueil et de fierté.

     Le Brésil est un pays particulièrement passionnant pour toutes celles et ceux qui luttent, et militent pour un monde meilleur. Dans le sud du Brésil, à Porto Alegre chaque année se déroule le contre-forum de Davos : le forum de Porto Alegre. Le Brésil est aussi le pays ou le Movimento dos Trabalhadores Sem Terra (MST) combat les grands propriétaires terriens pour une réforme agraire de masse et une redistribution des terres. C’est aussi le pays de la lutte des différentes tribus indigènes d’Amazonie pour la préservation de les ressources naturelles et l’intégrité de leur territoire. La Lutte des peuples Kayapo, Guarani-Kaiowa et Munduruku contre le barrage de Belo Monte, en est l’exemple le plus emblématique.

    La lutte que mènent aujourd’hui les communautés quilombolas - hommes et femmes descendants d’esclaves - est bien que moins connue dans le monde et pas du tout en France.

    Des 3000 communautés quilombolas que compte le Brésil actuel, 11 communautés avaient un titre public en 2010, et des 44 communautés menaçées d'expropriations et d'expulsions imminentes, seules trois avaient reçu des titres de propriétés fin 2011. Selon les derniers chiffres de l'Incra (organisme officiel de l'Etat Fédéral du Brésil), 190 communautés sont officiellement reconnues et possèdent un titre de propriété public de leurs territoires (Données de l'Incra du 11 mai 2012).

    Pour les autres Quilombos, le combat continue contre l’expropriation et pour la reconnaissance de leurs communautés et de leur droit à la terre.

    Le combat du Quilombo Rio dos Macacos, initié en 1971 - pour  préserver l’intégrité de leur territoire revendiqué illégitimement par la Marine du Brésil - et qui se poursuit encore aujourd’hui, est particulièrement important, parce qu’il suscite un même espoir de reconnaissance du droit à la terre pour les autres Quilombos. Grâce à leur mobilisation, leur courage et leur détermination, les 50 familles du Quilombo Rio dos Macacos ont obtenu du Gouvernement Fédéral du Brésil, le 27 février dernier, l'assurance de la préservation totale de leurs droits (1). Le gouvernement a chargé l’Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrária (INCRA) de délimiter le territoire du Quilombo Rio dos Macacos dans un délai de 5 mois.

Malgré cela, on sait depuis quelques jours (4 mars) que le Quilombo Rio dos Macacos continue à dénoncer des intimidations de la Marine brésilienne. Il reste que l’espoir suscité par la décision gouvernementale du 27 février 2012 reste énorme pour le Quilombo Rio dos Macacos (2) et plus largement, pour toutes les communautés quilombolas en lutte au Brésil.

Sources :
(1) http://www.seppir.gov.br/noticias/ultimas_noticias/2012/02/governo-federal-assegura-preservacao-de-direitos-do-quilombo-rio-dos-macacos

(2) https://movimentodesocupa.wordpress.com/2012/02/29/vitoria-do-quilombo-rio-dos-macacos/

(3) http://coletivocatarse.blogspot.fr/2012/03/quilombolas-ocupam-o-incra-em-porto.html

Pour aller plus loin sur le sujet : Gérard Police - Quilombos dos Palmares - Lectures sur un marronnage brésilien - Ibis rouge éditions - Mars 2003

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