Brésil: Un juge raciste nie les droits des communautés quilombolas

Par Luta quilombola et Pedro Pessoa.

    Le STF ( Tribunal Fédéral Suprême) va décider de la constitutionnalité du décret que règlemente le droit territorial des communautés quilombolas.

    Promulguée pour le centenaire de l’abolition de l’esclavage, la constitution brésilienne a reconnu, dans ses dispositions transitoires, le droit des quilombos à ses territoires : "Article 68. Aux descendants des communautés des quilombos qui occupent leurs terres est reconnue de plein droit la propriété définitive, l’Etat étant astreint à leur émettre les titres de propriété respectifs."

    Aujourd’hui, 24 années après la promulgation de la constitution, à peine 121 communautés quilombolas (à la date de l’article) possèdent les titres de leurs terres, selon le Ministère de la Culture, parmi un total de 3.000 communautés dans tout le Brésil.

Protesto quilombola em frente ao STF

Manifestation quilombola devant le Tribunal Fédéral Suprême

Vigor cultural contra posição reacionária do Judiciário

Pugnacité culturelle contre la position réactionnaire du système judiciaire

    Comme si résistance de l’Etat brésilien à appliquer la constitution brésilienne ne suffisait pas, hier, le 18 avril, les droits des quilombolas ont sérieusement été mis en danger.

    En jugement au Tribunal fédéral suprême (STF), le décret 4887/2009, qui règlemente la procédure de régularisation et de démarcation des terres quilombolas, a été considéré comme inconstitutionnel par le rapporteur, le Ministre Cézar Peluso.  

    Selon Peluso, les quilombolas doivent être entendus dans leur dimension historique (d’esclaves en fuite) et nullement dans le sens anthropologique comme dans celui juridique. De plus, l’Etat ne pourrait pas promouvoir l’expropriation des terres afin de libérer un tiers du territoire, mais seulement donner des titres de propriétés déjà occupées par les quilombolas. Enfin, l’Etat a affirmé que la question devrait être règlementée par la loi, et non par décret.   

    Le jugement étant interrompu à cause d’une demande de vice de forme, une grande incertitude plane sur les garanties constitutionnelles des communautés quilombolas. 

    Le rapport, clairement conservateur et pro-ruraliste, est un coup de plus de l’industrie agro-alimentaire sur les terres des communautés traditionnelles. Mises à part les considérations juridiques farfelues, comme par exemple l’invocation du droit inaliénable à la propriété privée, et bousculant au passage la convention 169 de l’OIT, qui possède des statuts constitutionnels, apparait comme une vision clairement colonisatrice et raciste du système judiciaire brésilien de par sa résistance à reconnaître les droits des communautés quilombolas.

    Cézar Peluso, à la veille de sa sortie de la présidence du STF, s’est révélé non seulement comme étant le porte-parole des oligarques rétrogrades brésiliens, mais il a aussi montré qu’il était porteur des principaux vices de cette élite parasite, derrière les discours d’un libéralisme traditionnel, il cache les instruments les plus pervertis d’un maintien des inégalités sociales et de l’exclusion raciale.

    124 ans après la loi Aurea, les esclavagistes  sont toujours au pouvoir. Et les quilombolas poursuivent leur chemin de lutte et de résistance contre cette société qui persiste à vouloir les dominer.

Le 19/04/2012 - publié sur IMC Brésil

Source : http://www.midiaindependente.org/pt/blue/2012/04/506588.shtml

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