GDF SUEZ et Odebrecht prévoient d’inonder 1700 hectares de forêt pour le barrage hydroélectrique de Jirau et de Santo Antônio

"Nous espérons que ce projet ne continuera pas, car ce sont nos enfants qui vont en souffrir. Il n’y aura plus assez de poissons ou d’animaux à chasser."
Domingos Parintintin, de la tribu des Parintintin, tribu menacée d’extinction par les barrages sur le rio Madeira.

enfant Uru-Eu-Wau-Wau dont la tribu est menacée de disparition par le barrage de GDF Suez enfant Uru-Eu-Wau-Wau dont la tribu est menacée de disparition par le barrage de GDF Suez

Alors que les entreprises concurrentes GDF Suez et Odebrecht (entreprise privée brésilienne) bataillent pour exploiter le maximum d'énergie du fleuve Madeira (affluent du fleuve Amazone), l'impact des barrages augmente sur les populations locales et l'environnement.

Usine hydroélectrique de Jirau, État de Rondônia  Photo: Marcelo Min ©  Photo: Marcelo Min Usine hydroélectrique de Jirau, État de Rondônia Photo: Marcelo Min © Photo: Marcelo Min

Les usines hydroélectriques de Jirau et de Santo Antônio, deuxième majeur potentiel hydroélectrique du Programa de Aceleração do Crescimento (Programme d'Accélération de la Croissance), se font la guerre de fonds publics pour chaque mégawatt qui doit être extrait des eaux de l’État de Rondônia.

Depuis qu'ils ont obtenu les appels d'offre pour explorer le fleuve, e
ntre 2007 et 2008, GDF SUEZ, Odebrecht et les autres entreprises bénéficiaires tentent d'anticiper les chantiers et modifient les projets pour augmenter la production d'électricité. Mais, construites à 110 km de distance, les deux usines affirment que les changements partiels portent préjudice à la cohésion du projet global. Il ne reste plus qu'à demander l'autorisation de modification du projet au gouvernement fédéral.

La population n'est, une fois de plus, pas consultée en amont. Comme pour Belo Monte, les populations sont littéralement exclues des décisions. Les habitant.e.s et populations indigènes des villes et villages inondés par le rio Madeira essayent tant bien que mal de s'adapter aux changements que subit le
rio. Impacts qui peuvent s’aggraver avec l'expansion des deux usines comme les vagues géantes qui avalèrent des maisons et provoquèrent des éboulements à Porto Velho et deux autres communautés en aval du rio ou encore les 11 tonnes de poisson rencontrées à proximité du barrage. L'odeur de poisson pourri était si forte qu'on pouvait la sentir à plusieurs kilomètres de distance.

Le résultat est bien connu, à chaque expansion d'un projet hydroélectrique les impacts déjà détectés en amont ne font que s’amplifier et il est évidemment illusoire de croire au baratin habituel de l’État (quel qu'il soit d'ailleurs) sur la compensation écologique. Nous connaissons bien ce genre d'aberrations dont ont le secret les multinationales telles que Vinci et GDF SUEZ, avides de bétonnage et dont l’État se fait à chaque fois le relais. A Notre-Dame-des-Landes, le compensation des zones humides condamnées à être détruites, si le projet d'aéroport voyait le jour, est un des exemple absurdes et une justification pseudo écolo d'un projet mortifère pour essayer de gagner le consentement des masses. La dette environnementale et sociale de usines hydroélectriques se creusera tant que les entreprises qui les contrôlent et les états qui les cautionnent et les financent ne prendront pas en compte les populations impactées en construisant de telles abominations. Pas demain la veille donc... Révolution ?

Rive avec pierres pour contenir les glissements de terrain, conséquence de l'usine de Santo Antônio © Marcelo Min Rive avec pierres pour contenir les glissements de terrain, conséquence de l'usine de Santo Antônio © Marcelo Min

Des organisations liées à la protection de l'environnement ont déjà intenté plus d'une dizaine d'actions qui questionnent les impacts provoqués. Mais comme toujours, l’État, lui-même actionnaire majoritaire d'entreprises comme Norte Energia, (Belo Monte) choisi invariablement les intérêts financiers au détriment de celui des populations.

Bras de fer entre L'usine de Jirau et de Santo Antônio

Il y a, d'un côté, la multinationale française GDF Suez, donneuse d'ordres à Jirau, qui a racheté les actions de l'entreprise de construction Camargo Correa ; ce qui fait d'elle l'actionnaire majoritaire de la société Energia Sustentável do Brasil. L'entreprise tricolore a pour partenaires Eletrosul et la Chesf, toutes les deux associées au Ministère des Mines et de l’Énergie. 

D'un autre côté, il y a le consortium brésilien Santo Antônio Energia dirigé par Odebrecht et partagé entre Andrade Gutierrez (AG Group), Eletrobrás-Furnas (associée au Ministère des Mines et de l’Énergie) et Cemig (subordonnée au gouvernement de Minas Gerais).

Ensemble, les deux entreprises doivent recevoir R$ 30 bilhões (11,3 milliards d'euros) d'argent public pour construire et explorer mille et une structures capables de gérer 6,9 mille mégawatts – l' équivalent à 6% de toute l'énergie produite au Brésil, suffisant pour approvisionner plus de 20 millions de foyers.

Le motif de la course et de la compétition entre les deux usines, qui représente à peine une partie de la totalité de l'énergie qui sera produite par ces usines (environ 60% de l'énergie totale), c'est la garantie qu'elle sera vendue pour le marché captif (environnement d'achat et de vente contrôlé par le gouvernement fédéral). L'autre partie pourra être vendue sur le marché libre, au prix que les usines pourront obtenir, comme toute l'énergie qui sera produite avant la date de fin de concession prévue dans le contrat passé avec le gouvernement.

Chantier de Santo Antônio sur un ancien village. Au fond, les arbres morts dus à l’inondation.  © Marcelo Min Chantier de Santo Antônio sur un ancien village. Au fond, les arbres morts dus à l’inondation. © Marcelo Min

C'est pour cette raison, depuis la fin de l'appel d'offre que les deux entreprises tentent d'anticiper le début de leurs opérations et exercent leurs autorisations pour augmenter la puissance de la génération d'électricité. Mais, le calcul qui permet d'augmenter le rendement financier ne prend pas en compte les coûts sociaux et environnementaux, qui eux aussi, explosent.

"Tout pour vendre de l'énergie avant", affirme l’économiste Alessandra Cardoso, de l'Institut d’Études Socio-économiques (Inesc), ONG qui contrôle les investissements dans les usines hydroélectriques d'Amazonie.

 Les grèves qui se sont déclenchées à Jirau en mars 2011 sont la conséquence de cette accélération, de cette soif de profit. Conflit social qui est parti du chantier de construction du barrage de Santo Antônio pour aboutir à l’un des conflit sociaux majeurs de l’histoire moderne du Brésil, au même titre que la grande grève des métallurgistes de l’ABC Paulista (le grand São Paulo) en mars 1979. Ce conflit social, d’une ampleur inouïe, puisqu’il a concerné plus de 80 000 travailleurs dans plusieurs états brésiliens, est un cas de figure typique de lutte des classes. Des travailleurs exploités et mal représentés, qui s’organisent au travers de piquets de grèves, blocages et occupations, face à l’oppression exercée par l'oligarchie.

Conflit social historique et explosion démographique dans la région. Il n'y avait pas assez de lits d’hôpitaux pour les travailleurs/travailleuses accidentés, ni de place dans les écoles pour leurs enfants. Les habitant.e.s de Jaci Paraná, agglomération la plus proche de Jirau, ont vu leurs conditions de vie fortement se dégrader depuis que ce village de pêcheurs a triplé de taille en trois ans.

Tous les impacts sont prévus en accord avec la taille et la chronologie des travaux. A partir de ce plan, sont calculés les valeurs et les actions pour créer une structure publique nécessaire. "Les entreprises n'ont pas le droit de passer au dessus de tout cela pour augmenter leur rentabilité." défend Alessandra.

Les modifications pour abaisser le coût de Jirau ont déjà commencé avant même le début des travaux. Le consortium
Energia Sustentável(GDF Suez) a présenté une proposition qui modifiait la localisation du barrage de 9,4 kilomètres. Au lieu de la chute d'eau prévu initialement, l'usine a été construite sur les rapides appelés Caldeirão do Inferno (chaudron de l'enfer).

Ces modifications ont rapporté une économie de 1 milliard de R$ (377 millions d'euros) sur le coût du projet, mais ont occasionné une immersion supplémentaire de 400 hectares de la forêt d’État du Rio Vermelho (rivière rouge), selon le Ministère Public de Rondônia. L'organe judiciaire a intenté une action d'improbabilité administrative contre la présidence de l'Ibama (Institut Brésilien de l'environnement et des Énergies Renouvelables) pour avoir autorisé la modification sans faire une étude d'impact environnementale sans, bien sûr consulter les populations riveraines et les peuples autochtones.

Tribus vierges Uru-Eu-Wau-Wau Tribus vierges Uru-Eu-Wau-Wau

Des tribus vierges menacées de mort

Les tribus vierges Karatiana, Karipuna, Uru-Eu-Wau-Wau et Katawixi se sont retrouvées du jour au lendemain brutalement confrontées à la déforestation, aux bulldozers, aux pelleteuses et aux nuisances sonores qui réduisent leurs terrains de chasse traditionnels, font fuir le gibier, et leur apportent les maladies du monde "civilisé". Les indiens n’ayant jamais eu aucun contact avec le monde "civilisé" ne possèdent pas les anticorps nécessaires. Face à ces dangers multiples, et dans une tentative désespérée de survivre, il ne leur reste comme issue que la fuite vers d’autres terres. Ces tribus dépossédées de leurs territoires traditionnels et millénaires, se retrouvent, malgré elles, dans des régions où elles sont directement confrontées aux orpailleurs.

Déforestation sur des zones condamnées à être immergées par l'usine de GDF Suez/Jirau © Marcelo Min Déforestation sur des zones condamnées à être immergées par l'usine de GDF Suez/Jirau © Marcelo Min

1700 hectares de plus sous les eaux...

Il n'a pas fallu attendre longtemps pour que le rio Madeira soit trop petit pour les deux usines. La guerre a commencé en 2010, lorsque Energia Sustentável (GDF Suez) a demandé d'additionner 6 nouvelles turbines au projet initial qui en détenait déjà 44. La sollicitation a été approuvée par l'Agência Nacional de Energia Elétrica (Agence Nationale d’Énergie Électrique - Aneel), et l'entreprise a gagné un prêt additionnel de 5 milliards de R$ (presque deux milliards d'euros), 50% des 11 milliards de R$ initiaux. 

Un mois plus tard, c'est au tour de Santo Antônio qui envoie aussi un plan pour augmenter sa production. L'Aneel a conditionné cette approbation de l'Ibama, car, au delà de l'augmentation du nombre de turbines, le barrage de Santo Antônio aura lui aussi besoin de noyer 1300 hectares de terre (qui se rajoutent aux 400 hectares immergés par GDF Suez) pour augmenter sa capacité de production. Il y a dans cette parcelle de forêt, des villages, une route fédérale et deux zones de conservation.

GDF Suez voit rouge...

Mais l'impact environnemental et social n'a pas généré de commotion équivalente à la réaction de l'usine voisine. Selon le courant du rio, le barrage de Jirau (GDF Suez) se situe avant celui de Santo Antônio (Odebrecht). Pour cela, l'augmentation du volume ferait monter le niveau de l'eau du deuxième barrage et a diminué la chute d'eau du premier – ce qui réduit sa possibilité d'augmenter sa puissance.

Energia Sustentável (GDF Suez) a demandé à l'Aneel la suspension de l'analyse de l'expansion de Santo Antônio. L'argument est que l'altération aboutirait à mettre en danger la structure de Jirau, qui pourrait provoquer un "accident sans précédent". La modification est entre les mains de l'Ibama. Selon Thomaz Miazaki de Toledo, coordinateur d'Infraestrutura da Energia Elétrica (Infrastructure de l’Énergie Électrique) l'Ibama attend le recensement du nombre de familles déplacées de la zone concernée par la déforestation (informations du consortium qui demande l'expansion).

l'Aneel a déjà signifié que sa décision ira pour la solution qui permet le plus important rendement énergétique au complexe, considérant les deux usines. 

Le plan de Dilma Roussef 

La course pour l'énergie a comme toile de fond les incitations du Gouvernement Fédéral pour le secteur. Les fonds qui financent les chantiers sortent des coffres publics. Jirau, qui a un investissement prévisionnel de 15,5 milliards de R$ (5,87 milliards d'euros), a déjà reçu 9,5 milliards de R$ (3,4 milliards d'euros) de la Banque de Développement Économique et Social (Banco de Desenvolvimento Econômico e Social -BNDES), par le biais d’emprunts directs et indirects. C'est cette même banque qui est le plus important créancier de Santo Antônio, financé à hauteur de 15,1 milliards de R$ (6 milliards d'euros). L'usine a, en plus, reçu un emprunt de deux fonds publics : le Fundo Constitucional do Norte (Fond Constitutionnel du Nord) et le Fundo de Desenvolvimento da Amazônia (Fond de Développement de l'Amazonie).

Pour rembourser ce prêt à un taux d'intérêt très faible, les entreprises ont la garantie que la moitié de l'énergie produite sera vendue. Cerise sur le gâteau, les usines peuvent bénéficier d'une exonération d'impôt sur la circulation de marchandises et prestations de service (Circulação de Mercadorias e Prestação de Serviços - ICMS). En août 2011, l'Assembleia Legislativa de Rondônia (Assemblée Legislative de Rondônia) a approuvé une loi qui étend cette exemption, privilège donné à quelques entreprises locales et usines du rio Madeira. Un mois plus tard, le Ministério Público Estadual (Ministère Public d’État) a fait la demande d'une action directe en inconstitutionnalité (Ação Direta de Inconstitucionalidade) et a obtenu une mesure conservatoire qui a suspendu provisoirement la validité de la loi.

Les usines reçoivent cette aide démesurée car elles sont au centre du plan de la présidente Dilma Rousseff pour la croissance économique du pays. Santo Antônio et Jirau sont les fers de lance de ce plan mortifère enregistré à l'Empresa de Pesquisa Energética (société de recherche énergétique). Le gouvernement a déjà engagé la construction de 19 usines hydroélectriques. IL reste encore 29 projets à l'étude par l'Aneel.

Lignes à haute tension © Marcelo Min Lignes à haute tension © Marcelo Min

L'objectif est de sauter de 116 000 mégawatts qui circulent par le système interconnecté national (Sistema Interligado Nacional), à 182 000 en 2021. Cette projection se base sur des prévisions de croissance du PIB de 5 % par an. Le gouvernement fait le lien direct entre la croissance économique et l'offre énergétique. La promesse, c'est qu'il n'y aura plus de coupures de courant à grande échelle, que le prix de l'énergie sera en baisse, ce qui augmentera la compétitivité des produits brésiliens, etc


Zones à sacrifier : la plus grande richesse biologique du monde

Mais entre les pattes du gouvernement et la guerre commerciale qui oppose GDF Suez à Odebrecht, il y a les populations locales et indigènes et l'écosystème du rio Madeira, récemment répertorié comme le berceau fluvial qui possède la plus grande richesse biologique du monde. Vu les enjeux économiques colossaux, le plus souvent ces terres sont considérées comme "zones à sacrifier", analyse le scientifique politique Luiz Novoa, professeur à l'Universidade Féderale de Rondônia (université fédérale de Rondônia) et coordinateur du groupe de recherche sur les communautés affectées.

"Dans cette guerre pour le développement, c'est comme si ces régions étaient des effets collatéraux d'un objectif plus important à atteindre au nom du bien commun." affirme le professeur.

En 2005, l'Ibama a reçu l'étude de l'impact environnemental et le rapport d'étude environnementale (EIA-Rima), clef du contrôle des impacts. Cette étude doit analyser toutes les possibles altérations au milieu provoquées par les entreprises. Elle recense les mesures nécessaires pour prévenir, réduire ou indemniser les préjudices aux populations, milieu environnemental et patrimoine public.

L'évaluation de l'Ibama est important parce que ceux qui élaborent les rapports (EIA-Rima) ce sont les mêmes entreprises qui construisent les barrages. Dans ce cas, ces études ont été commandées par Furnas et Odebrecht, entreprises qui ont ensuite remporté les appels d'offre.

Si les centrales hydroélectriques ne sont pas construites, on fera du nucléaire...

L'ex-ministre des Mines et Énergies, Silas Rondeau, en arriva à déclarer aux journalistes que l’État construirait des centrales nucléaires et des usines thermiques au cas les barrages hydroélectriques du rio Madeira n'étaient pas approuvées rapidement. La pression venait aussi à l'époque de la présidente Dilma Roussef, alors Chef de cabinet à la présidence du Brésil, et de l'ex-président Lula. Au cours d'une réunion historique du conseil politique, il aurait prononcé cette phrase devenue célèbre : "Ils ont jeté un poisson-chat sur les genoux du président."

Lula faisait des blagues sur un des nombreux points non résolus par le rapport de l'EIA-Rima : la rupture du cycle de reproduction des poissons-chats migrateurs, source de revenu des 15 mille pêcheurs de la région. Une autre lacune importante fut le manque d'évaluation des impacts des travaux sur le rio en aval des barrages. La même région ou, ensuite se sont détériorées les berges du rio provoquant la destructions de maisons par la furie des eaux.

Réchauffement climatique

Les doutes étaient si importants que le Ministère Public d’État a intenté une action obligeant les entreprises à réaliser d'autres études. Ce matériel (DOC en portugais ici) a relevé d'innombrables failles du rapport de l'EIA-Rima. Entre celles-ci, la nécessité d'évaluer les effets en Bolivie, en amont des usines. Un des spécialistes à relever ces problèmes fut le biologiste Philip Fearnside, chercheur de l'Instituto Nacional de Pesquisas da Amazônia (Institut National de Recherches de l'Amazonie - Inpa) et un des lauréats du Prix Nobel de la Paix en 2007, avec une étude sur les risques provoqués par le réchauffement climatique.

Rio Madeira vu de Porto Velho © Marcelo Min Rio Madeira vu de Porto Velho © Marcelo Min

Déjà que la zone immergée par le barrage de Jirau arrive jusqu'à la frontière avec la Bolivie, pays ou le rio prend sa source, pour Fearnside, les impacts sur le territoire Bolivien sont suffisamment évidents. "Quand le rio entre dans la réserve de Jirau, la rapidité diminue brutalement, provoquant la chute des sédiments dans le fond, formant une montagne de sédiments ." affirme t-il. "Avec le temps, il se formera une montagne de sédiments, qui fonctionnera comme un deuxième barrage. En entravant le flux de l'eau, le niveau du rio monte, inondant une partie de la Bolivie."

Un groupe de chercheurs fit une demande au
Conselho Nacional do Meio Ambiente (Conseil National de l'Environnement - Conama), sollicitant des études sur les impacts en Bolivie. "Nous livrons entre les mains de l'ambassadeur de Bolivie les documents sur l'impact de la reproduction des poissons de Bolivie", dit Telma Monteiro, chercheuse indépendante qui faisait partie du groupe.

La tension explosa en mars 2007, quand une équipe de spécialistes contractés par l'Ibama pour donner une impression finale sur les études des impacts, conclut que Jirau et Santo Antônio ne devraient pas obtenir de licence d'exploitation. L'avis de 221 pages se concluait ainsi : étant donné le degré élevé d'incertitudes concernées par le processus ; l'identification des zones affectées n'a pas aboutie dans l'étude ; la non prise en considération des divers impacts ajoutés à l'absence de mesures appropriées et de contrôle environnemental (…). Il est recommandé de ne pas accorder l'émission d'une licence préventive. (DOC en portugais ici)

Après avoir pris connaissance de l'étude qui remet en cause la licence d'exploitation lors d'une réunion avec le directeur de l'Ibama et sa chef de cabinet, Dilma Roussef, Lula, soucieux de voir progresser enfin les chantiers, change 6 postes à la tête de l'Institut dont son président et le secrétaire exécutif. Le balais des chaises musicales dure jusqu'à aujourd'hui. l'Ibama connaîtra en tout 7 nouveaux présidents ces dernières années.

En juillet de cette même année, sous les protestations des organisations de défense de l'environnement, les deux usines reçoivent enfin le Graal : l'accord de l’État de la licence d'exploitation. Lula vire son ancien ministre de l'environnement pour en mettre un plus soucieux des préoccupations des industriels. Le nouveau ministre, Carlos Minc, donne dés son arrivée un mois à l'Ibama pour présenter une simplification de la bureaucratie afin d'accélérer la concession de licence d'exploitation.

Rapides pour accorder une licence, lents pour demander des comptes

La même rapidité, n'est pas observée à l'heure de demander des comptes sur les actions de compensation écologique. Au delà du fait qu'il est absurde d'essayer de compenser une destruction irréversible et irremplaçable, la loi oblige les consortiums à investir 0,5 % (somme dérisoire) du coût total des entreprises en unités de conservation. Cela aurait dû être fait lors de la construction des usines. Entre temps, Santo Antônio génère déjà de l'énergie, Jirau doit rentrer en fonctionnement en janvier 2014, et l'Ibama n'a toujours pas décidé ou cet argent doit être appliqué. GDF Suez n'a toujours pas défini la valeur totale qui doit être investie avec son usine de Jirau.

Thomaz Miazaki de Toledo, coordinateur de l'infrastructure de l’énergie électrique de l'Ibama, explique que cela est arrivé parce que le donneur d'ordre de Jirau a envoyé une valeur inférieure à ce qui était attendu. Le problème est que l'entreprise française a utilisé une valeur de référence de 6,7 milliards de R$ (2,5 milliards d'euros), ce qui est bien inférieur à la valeur totale de l’œuvre. Jusqu'à présent Jirau à reçu 9,5 milliards de R$ (3,6 milliards d'euros) de la banque d'investissement publique, la BNDES.

En recevant une valeur bien inférieure à celle qui était attendue, au lieu d’exiger des comptes à GDF Suez, l'Ibama est tombé dans un imbroglio. "C'est à l'entreprise de fournir les informations désirées, l'Ibama n'est pas un expert en valeurs de projets, celui qui doit l'approuver c'est l'Aneel", affirme t-il. "Mais cette anomalie nous a parue étrange, nous allons enquêter".

Un des facteurs qui, selon Miazaki, a difficulté les décisions a été occasionné par la division entre l'Ibama et l'
Instituto Chico Mendes de Conservação da Biodiversidade (Institut Chico Mendes de Conservation de la Biodiversité - ICMBio), organe crée en 2007, juste après les changement à la tête de l'Ibama. L'ICMBio est en charge de faire appliquer la compensation écologique, mais c'est un comité crée au sein de l'Ibama qui décide de l'application de ces fonds.

La destination des fonds de compensation écologique est si confus que le seul montant auquel l'ICMBio a réussi à avoir accès a fini devant les tribunaux. L’institut a anticipé 6,9 millions de R$ (2,9 millions d'euros) de la compensation écologique de Santo Antônio (définie au total à 54 millions de R$ - 20,3 millions d'euros). L'argent a été utilisé pour acheter des 4x4, des rétroprojecteurs, des chaises et des tables – matériel distribué par les bureaux de l'institut dans divers états brésiliens.

Incendie entre Porto Velho et l'usine de Jirau. La déforestation s'intensifie © Marcelo Min Incendie entre Porto Velho et l'usine de Jirau. La déforestation s'intensifie © Marcelo Min

Le Ministère Public de Rondônia a interprété l'application comme un détournement de la finalité et a engagé une action contre l'institut. Les promoteurs espèrent que les fonds de compensation écologique seront investis dans les utilités de conservation de la région affectée. Ce ne sont pas les demandes qui manquent. Avec l'arrivée des usines, la densité de population a explosée dans la région, et un des impacts indirects est l'augmentation des conflits de terre et la déforestation dans la région. Tous facteurs de risque pour les unités de conservation dans la région. 

Le président de l'ICMBio, Roberto Vizentin, défend l'application, mais admet qu'il est difficile de savoir les limites sans paramètres bien définis. "Quand ces ressources ont été appliqués, il n'avait toujours pas été défini avec exactitude quelles seraient les règles d'application". La proposition de destination de la compensation écologique des usines du rio Madeira a été approuvée que le dix octobre 2012.  

Référence pour le futur 

Pour qui a accompagné la licence d'exploitation des ces usines depuis le début, l'inquiétude est que cela devienne un cas d'école dans le futur. La plus grande crainte : un critère légal à être suivi par les futures entreprises qui désirent construire des dizaines d'usines prévues dans le pays.


Roberto Smeraldi, directeur de l'ONG
Amigos da Terra (les amis de la terre), tente de renverser ce processus et transformer Jirau et Santo Antônio en un jalon primordial du «ce qu'il ne faut pas faire ». “Après qu'un technicien de l'Ibama se soit manifesté contre un avis favorable, c'est terminé . Il ne peut pas y avoir de licence d'exploitation signée contre un poste de confiance », affirme t-il.

Dans une tentative d'éviter que cette pratique devienne récurrente, il parie sur l'
Ação Civil Pública (Action Civile Publique), guidée par l'ONG en 2007, à l'époque ou l'on demandait l'annulation de la licence d'exploitation : "la construction est irréversible, maintenant nous voulons la réparation des dégâts". La stratégie est de pénaliser financièrement les parties responsables des préjudices subits". Peut être que comme cela, dans un futur proche, les gouvernements craindrons d'autoriser un projet sans connaître ses impacts sur les populations concernées et sur l'environnement.

La mobilisation de la société civile, l'action directe, le sabotage et l'occupation, c'est pas mal aussi... La lutte que nous menons toutes et tous dans la Zone d'Autonomie Définitive à Notre-dame-des-Landes l'a montré avec la fin de l'opération César au début de cette année, accompagnée du retrait des forces du désordre de la ZAD.

ZAD PARTOUT !

Le collectif anarchiste du Haut Fay - le 28 mai 2013 – 44810 - Héric

Sources : Ana Aranha sur le site agora sustenbilidade, le 23 mai 2013 http://agorasustentabilidade.blogspot.fr/2013/05/A-guerra-dos-megawatts--Amazonia-Publica.html

Serious Damage - Survival International (en anglais)

Brésil: rébellion ouvrière dans l’Amazonie : http://amerikenlutte.free.fr/index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=31&Itemid=54

http://blogs.mediapart.fr/blog/bob-92-zinn/260412/barrages-hydroelectriques-de-santo-antonio-et-de-jirau-les-peuples-indi

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.