Quelles idéologies et pratiques souhaiteraient demain régner, en lieu et place de nos anciens maîtres doctrinaires ?...
Si la Religion est née d’un besoin de réponses à nos diverses interrogations existentielles, et en particulier à notre angoisse face à la mort ; et si, comme on cherche à nous y faire consentir, cette propension au mysticisme n’est rien d’autre qu’un réflexe de faiblesse et de facilité de l’esprit humain face à la complexité de la Vie, et de l’Existant ; qu’il ne saurait appréhender, sereinement, et rationnellement dans sa globalité ; par quoi devrions-nous remplacer ce concept, et ses pratiques afférentes; pour le bien de l’humanité toute entière ?
Si la laïcité et la « fin » du joug de l’Eglise, depuis un siècle, ont marqué ce qu’il convient d’appeler des progrès, ou une évolution salutaire en matière politique, sociale, anthropologique, scientifique, et civilisationnelle en général, doit-on pour autant évacuer sans nuance et sans inventaire l’ensemble de cet héritage chrétien. Et doit-on jeter l’ensemble de ces bébés que sont les considérations morales, datées voir archaïques, de nos religions monothéistes, avec l’eau du bain de notre matérialisme postmoderniste ?
Quels chamboulements seraient universellement souhaitables, pour que nous puissions faire conjointement le deuil de tous nos totems et tabous religieux, passéistes et rétrogrades ? Le progrès sociétal et technologique semble induire, selon certains, l’évidence du nécessaire abandon des valeurs ayant constitué l’architecture plurimillénaire de nos sociétés. La Liberté de conscience y compris.
Radicalement. Sans mesure et sans exception. Sans aucune tentative de discernement ou de contextualisation. N’assiste-t-on pas à un lynchage en règle de l’esprit des « Lois divines », à la fois doctrinaire et violent ? Bien plus barbare que païen, ou athée. Est-ce du prosélytisme religieux que d’y réfléchir ? La question qui nous obnubile tous : où se situe aujourd’hui le pire obscurantisme ? La voilà résumée. Ensuite, à chacun son idée, non ?
Y réfléchir. Cela ferait-il de nous automatiquement un réactionnaire, réfutant l’importance des processus d’émancipation face aux archaïsmes religieux ; en particulier en matière d’égalité dans le rapport homme-femme ? Rien que ça. Réfléchir à ne pas se contenter de discriminer les textes et dogmes religieux comme profondément et constitutionnellement mysogines, équivaudrait à adouber la phallocratie intrinsèque des textes. Tous ces textes dits « sacrés » auraient donc été écrits pour des Cro-Magnons zombifiés, acéphaux, machistes dégénérés. Et n’auraient été dans l’Histoire que des facteurs funestes, d’abrutissement des peuples, et de manipulation des faiblesses et fragilités des psychés humaines. Rien d’autre. « Zéro positif » ?
Ainsi donc, en un siècle, nous avons connu un véritable « boom » scientifique, autant que démographique ou sociétal, passant de deux à six milliards d’humains ; dans le même temps que s’opérait une révolution sans précédent des codes traditionnellement structurant de nos sociétés. Qu’offrons-nous comme repères stabilisés, et stabilisants, à nos jeunes, en terme de valeurs morales, une fois déclaré le deuil des archaïsmes religieux ?
Est-ce que le matérialisme et le libéralisme extrémistes de nos sociétés ; occidentales en particulier, mais qui tend à se mondialiser, ne serait pas de nature à être objecté par son manque de référence à la nature universelle, structurelle et traditionnelle de nos pulsions et considérations humanistes. « Aimes ton prochain comme toi-même », « qui n’a jamais pêché, jette la première pierre », « tend la joue gauche »… On oublie ! Y compris d’un point de vue bêtement philosophique. On enterre et on passe à autre chose. C’est mieux. Pour Nous.
Finalement l’Islam est-il le plus grand problème français du moment, ou plus largement, n’assistons-nous pas au combat binaire entre deux écoles « morales », significativement opposées par leurs racines même : celles que tente d’imposer un Grand Architecte, face à celles que prône un certain Dieu tout puissant. Nous voilà, nous, pauvres quidams, pris donc entre deux feux. Comment nous extraire de ce champ de bataille, et tenter de l’apaiser ?
Serait-ce donc la seule question qui vaille d’être posée actuellement ?
Ce qui pourrait être, pour le coup, qualifié de « grand remplacement » d’un point de vue anthropologique ou philosophique, ne semble pas devoir être questionné ; alors même que le rôle de ce phénomène pourrait apparaître central, dans le chaos idéologique qui nous frappe. En gros : si on évacue les paroles du Christ, on met quoi à la place ? Aux injonctions morales découlant du dogme religieux, semblent s’être substitués l’individualisme, le libéralisme, le « scientifisme », le matérialisme, le cynisme, le capitalisme sauvage et dérégulé ; pour ce qui est de l’idéologie. Et la télé, l’internet, les télécommunications, les drogues et l’ivresse, la libération sexuelle, et des mœurs en général, la recherche du profit à tout crin ; en matière de pratique, et d’éthique du comportement. Contentons-nous de le constater, de l’interroger, ou de nous en féliciter. Ou bien réagissons.
Mais est-ce que quand on change d’Opium, on y gagne forcément ?
« Il y aura dès la prochaine génération une méthode pharmaceutique pour faire aimer aux gens leur propre servitude, et créer une dictature sans larmes, pour ainsi dire, en réalisant des camps de concentration sans douleur pour des sociétés entières, de sorte que les gens se verront privés de leurs libertés, mais en ressentiront plutôt du plaisir. »
Aldous Huxley, discours prononcé en 1961 à la California Medical School de San Fransisco.
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