Deux idéologies « sympathiques », entremêlées, qu’initièrent en partie, et incarnèrent durant les années 70 en particulier, nos amis Raymond A. et Jean-Paul S. Toute l’essence de notre confrontation réductrice ; de la permanente contrainte à la binarité dont nous sommes les victimes désobligées ; est certainement perceptible et stigmatisée par leur amicale opposition idéologique. Camaraderie de professeurs. Une leçon de Respect de l’Autre, en tant qu’Autre, peut-être.
Que l’on soit d’un bord ou de l’autre ; ou d’aucun ; à l’heure ou se construit une possibilité de Demain, place de la République ; où la Culture française n’est pas exempte, mais doit à toute force être constamment rappelée à nos sens ancré trop souvent dans ce présent malheureux ; il n’est pas inutile de se remémorer quels furent ces personnages, et leurs antagonismes. De Pensée.
Citons les donc. A loisir. A dessein. Faisons vivre nos mémoires, jusqu’à en perdre haleine.
« J’ai fessé Maurice Barrès. Nous étions trois soldats et l’un de nous avait un trou au milieu de la figure. Maurice Barrès s’est approché et nous a dit : « C’est bien ! » et il a donné à chacun un petit bouquet de violette. « Je ne sais pas où le mettre », a dit le soldat à la tête trouée. Alors Maurice Barrès a dit : « Il faut le mettre au milieu du trou que vous avez dans la tête. » Le soldat a répondu : « Je vais te le mettre dans le cul. » Et nous avons retourné Maurice Barrès et nous l’avons déculotté. Sous sa culotte, il avait une robe rouge de cardinal. Nous avons relevé la robe et Maurice Barrès s’est mis à crier : « Attention j’ai des pantalons à sous-pieds. » Mais nous l’avons fessé jusqu’au sang, et sur son derrière, nous avons dessiné, avec les pétales des violettes, la tête de Déroulède. »
Jean-Paul Sartre – « La nausée ». Mardi gras.
C’est un rêve, en fait…
« Je ne nie pas qu’en certaines occasions les représentants des intérêts capitalistes aient fait pression sur les hommes d’Etat. Ce que j’affirme, c’est qu’il n’est pas vrai que la minorité qui dirige les grandes concentrations industrielles constitue un groupe unique ayant une commune représentation du monde et une volonté politique une. Jamais et nulle part, on a constaté cette cristallisation en classe consciente d’elle-même des maîtres des organisations économiques.
Il n’est pas vrai non plus, autant que l’on puisse en juger d’après l’expérience, que ces représentants des grands intérêts économiques « tyrannisent » les dirigeants politiques et leurs imposent les décisions. Ceux qui gèrent les grandes concentrations industrielles exercent, normalement, et légitimement, une influence sur la politique du pays. Les décrire comme des despotes qui manipulent les pantins politiques, c’est sacrifier à la mythologie. Les représentants des grands intérêts économiques ne méritent ni cet excès d’honneur ni cette indignité.
Excès d’honneur de leur prêter une intelligence supérieure et de les croire capables, parce qu’ils gèrent des usines, de manipuler la presse, les partis et le Parlement. Les dirigeants des concentrations industrielles ressemblent aux autres hommes. Imaginer que le jeu politique n’est qu’un écran derrière lequel se dissimule leur toute puissance n’est qu’une aberration passionnelle qu’explique la haine vouée à un système économique. Il faut détester les grandes entreprises pour prêter à leurs chefs une telle vertu mauvaise. Celui qui n’a pas de sentiments vifs à leur égard les juge plus proche de la commune humanité, très occupés, d’abord par leurs affaires, soucieux d’obtenir ceci ou cela des hommes politiques, mais sans une vision du monde et encore moins une organisation qui leur permette de régner.
Ils ne méritent pas non plus cet excès d’indignité. Ces despotes seraient aussi diaboliques, ils entraineraient l’humanité vers la guerre par soif de profit. D’aucuns, jadis, pensaient qu’il suffirait de nationaliser les industries d’armement pour assurer la paix. Les nationalisations ont eu au moins le mérite de dissiper ces illusions. Les relations entre nations ne sont pas pacifiées parce que l’on a enlevé à quelques-uns la chance de s’enrichir en fabriquant des canons.
Les minorités dirigeantes de l’économie, dans les régimes constitutionnels-pluralistes, exercent une influence plus ou moins grande selon les pays et les époques, elles ne détiennent pas une force ultime – ni pour le bien, ni pour le mal. »
Raymond Aron – « Démocratie et totalitarisme ».
Mais bien sûr Raymond ! Et la marmotte, toujours… Comme tonton Marcel à Corbeil, ou son fils, deux heureux députés-militaro-industrialistes en témoignent…
Tous debout la nuit !
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