Tirage au sort contre dérive de la caste politique

La démocratie souffre aujourd´hui de la dérive d'un personnel politique professionnel qui est souvent plus préoccuppé de conserver ou de conquérir par tous les moyens, y compris par démagogie et manipulation, ces charges bien lucratives et valorisantes et les privilèges associés que de servir les intérêts du peuple qu'il est normalement sensé représenter. D´où un appauvrissement considérable du débat politique dans lequel le fond perd du terrain devant le sensationnel et la peoplisation. D'où une spécialisation d'un personnel politicien dans les méthodes de conquête et de conservation du pouvoir plutôt que dans la sagesse de gouverner. D'où une distanciation du politique qui n'est plus capable de répondre aux préoccupations des citoyens. D'où un développement de la corruption du personnel politique distancié de sa base populaire. D'où le divorce entre population et représentants politiques qui offre un jeu facile aux anti-parlementaristes et autres ennemis de la démocratie, à tel point que cette dernière est menacée par la montée de mouvements autoritaires et simplistes.

Comme au temps du triomphe des sophistes (dénoncés en son temps par Socrate) dans la démocratie athénienne antique et même plus encore aujourd'hui par la place donnée à l'émotion médiatique, le discours politique est tout entier tourné vers le seul objectif de séduire (l'électeur) et presque pas vers celui de soutenir l'élaboration des politiques rationnelles et soumises au crible du débat contradictoire. La part rationnelle de la réflexion  politique devient finalement le seul apanage des financiers, ce qui renforce si besoin était le poids de l'argent dans notre société de plus en plus démagogico-ploutocratique. Or les décisions des financiers sont orientées vers la rentabilité à court terme et non vers le développement durable et pacifique de l'humanité, aujourd'hui menacée de catastrophes environnementales et/ou militaire.

Une façon de lutter contre ces dérives très dangereuses, car elles pourraient conduire à de grandes calamités, consisterait à introduire dans la représention politique, à côté des élus, des représentants et/ou des assemblées désignés par tirage au sort au sein de la population representée! Cela peut sembler choquant au premier coup d'œil puisque un tel mode de désignation (partiel, il ne s'agit pas de remplacer tout le personnel politique par de tels representants) ne repose pas sur le vote démocratique d'une part, et que d'autre part le tirage au sort peut désigner des gens inaptes.

Nous répondons plus bas à ces objections mais considérons d'abord les avantages de cette méthode: on fait ainsi rentrer dans la représentation politique des gens du peuple (du moins ceux qui l'acceptent et y sont aptes) probablement plus désintéressés en moyenne que les élus sélectionnés en bonne partie par l'intensité de leur ambition personnelle et de leur ego. On stimulerait considérablement le renouvellement permanent des représentants qui ont trop tendance à fonctionner en vase clos et quelquefois même par népotisme. On permettrait à des gens du peuple de contrôler directement le travail des autres représentants, élus ceux-là, ce qui tend à éviter les dérives politiciennes et tendrait à réhabiliter la représention politique. Bref par une mesure simple et économique ( le tirage au sort est beaucoup moins coûteux que de elections), on rafraîchit considérablement la représentation politique. D'ailleurs on peut rappeler que le tirage au sort est utilisé pour désigner le jury populaire dans certains tribunaux, ce qui prouve bien qu'on peut confier des responsabilités importantes à des représentants designés par tirage au sort.

Répondons maintenant aux objections évoquées plus haut: La première objection (l'absence de vote démocratique) n'est pas très grave contrairement à l'apparence, car si l'on utilise une méthode de tirage au sort transparente (c'est très important pour éviter toute usurpation) et statistiquement représentative, la communauté des représentants ainsi désignés reflètera aussi bien l'opinion du public que les représentants issus d'un vote. La seconde objection (l'inaptitude de certains "gagnants" du tirage au sort) peut être corrigée par une phase éliminatoire ou les "gagnants" élimineraient en leur sein, suivant leurs propres critères (même si on peut proposer des critères initiaux, par exemple une capacité minimale de raisonnement et un comportement non pathologique suivant les critères médicaux), ceux qu'ils considèrent devoir être tenus à l'écart des responsabilités politiques.

 

 

 

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