tous citoyens à part entière

Autorité ou autoritarisme
I   Les abus de pouvoir républicains dans la gestion de services publics
illustrations  : école – police 
a) La question scolaire : le problème des normes dominantes et la négociation pédagogique
La discrimination à l'école pose  la question inégalitaire sociale, sociétale de la République Française, voire de la « modernité » occidentale et de la fermeture intellectuelle qu'elle promeut par l'Ecole . Le mythe national renforce l'hypocrisie égalitaire, favorise le concurrence individuelle et culpabilise chaque famille . La culture française est proclamée universelle, en fait elle est auto déterminée par les dominants en place, et peut être plus ou moins selectivement ouverte (non dogmatique) sur la période considérée . L'idéologie centrale reste une méritocratie académique séparant le bon grain de l'ivraie : les « mauvais » élèves, et à fortiori les mauvais parents tirent vers le bas le « niveau » de l'école .
Postulat n°1 : la réussite scolaire permet la réussite sociale : C'est le mérite de chacun qui est en jeu, sauf « accident de la vie » . Habiter un territoire dénigré  n'est-il pas un accident de la vie, socialement parlant ; et alors la mise en concurrence des « égaux » par classe d'âge est bafouée .
Postulat n°2 : être scolaire = être intelligent . La faible reconnaissance des savoirs extra-scolaires non répertoriés comme Culturels (la musique, le solfège, la danse classique etc) limitent  les ouvertures pédagogiques de valorisation intellectuelle (connaissance de l'arabe, danse ou musique non « classique» etc). La curiosité, l'esprit critique s'apparentent à de « l'insolence ».
Postulat n°3 : l'égalité des chances est tributaire de l'éducation donnée par les parents qualifiés alors de bons ou de mauvais parents. Ce jugement binaire est souvent rendu sur la base de la capacité à enfermer ses enfants chez soi (dans l'entre-soi) et à leur éviter toute relation sociale avec des enfants du même âge sans contrôle parental absolu. Ce système bénéficiera d'ailleurs aux filles des familles plus traditionalistes . Un séparatisme social de plus en plus hermétique va édifier des murs et constituer des ghettos en miroir renversé de l'idée de carte scolaire, au nom de la préférence familiale désirable .
A l'intérieur de cette idéologie , l'attention apportée par des pédagogues a permis à des enfants de rester assis sur les bancs de l'école malgré l'hostilité globale .
b) la police
 Le maintien de l'Ordre – la gestion sécuritaire, « une cité agressée »
La violence urbaine , dont on parle tant, est sans doute la résultante de la violence institutionnelle , renforçant la violence des rapports sociaux (exclusion scolaire, chômage, pauvreté...) et de voisinage (lotissements pavillonnaires plutôt méfiants , centre-ville prohibitif) .
Le harcèlement policier est un traumatisme profond, la douleur la plus insoutenable, au-delà de l'injustice sociale ressentie et des souffrances liées à la discrimination systémique analysée . C'est la peur physique, psychique et morale, la violence d'une insécurité permanente . La violence de l'institution machiste de la police du maintien de l'ordre a conjugué le Pouvoir et la Loi pour écraser toute légitimité, toute citoyenneté aux habitants des périphéries… La Justice du Palais ne protège , comme les professions du « care », qu'au cas par cas des individus , mais pas des attitudes discriminatoires systémiques . La Raison d'Etat est appliquée à la doctrine de la cohésion nationale, les français du Centre sont protégés des étrangers-français, de la Périphérie nationale, au nom de la tranquillité globale, au risque de l'insécurité des minoritaires minorés ... Fichez-nous la paix...Silence .
Une fois tous les droits républicains légalement évacués, les présumés coupables par nature peuvent être tranquillement diabolisés, criminalisés, et donc abusés en toute impunité . Les contre-pouvoirs de la société civile, prévus dans notre Constitution républicaine opèrent peu ou pas . L'administration peut alors devenir un outil du pouvoir politique et de l'Autorité de la République (issue du suffrage de la majorité des citoyens) sensé protéger l'honnête homme et la pauvre femme des dangereux étrangers-français . Les Droits inaliénables doivent être cher payés : les enveloppes, le radiateur au fond de la classe, l'absence d'éclairage public, de trottoirs, d'entretien de la cité et des cages d'escalier, l'éloignement des transports publics, l'absence de protection phonique le long de voies rapides, la descente de police à toute heure, la justification de la nationalité ou de la carte de dix ans dix fois par jour etc, etc
 II    Les contre-pouvoirs institutionnels :
un certain aveuglement culturel de soi et du substrat culturel majoritaire dominant, qui s'auto proclame universel ,  a évacué toute possibilité d'une pensée critique , d'un dialogue un peu décentré, simplemnt égalitaire entre tous les citoyens
Le principe de séparation des pouvoirs, et des rapports publics annuels rendus par des conseils d'évaluation paritaires devrait garantir en France le fonctionnement démocratique de la République .
On peut avancer l'hypothèse de la  prégnance des statuts sociaux de Classe/Genre/Race comme explication de l 'aveuglement des contre-pouvoirs, voire leur participation aux différentes mesures légales ou illégales et illégitimes que vont subir les habitants de banlieue . En effet, nous avons pu observer la défaillance des milieux politiques, des médias et des intellectuels, quant à la défense de  exclus, géographiquement et socialement écartés du bas de l'échelle .
« Pour pouvoir caractériser une situation politique ou comprendre ses ressorts, il ne faut pas regarder les grands traits de l 'économie, mais bien comprendre comment des pratiques économiques précises sont insérées dans des logiques politiques et sociales, comment elles sont interprétées et utilisées par les acteurs dans leur interaction avec d'autres logiques, avec d'autres dispositifs, avec d'autres pratiques …. à partir d'une compréhension de l'économie politique comme démarche empirique et concrête du quotidien, attentive aux « petits riens » et aux « petites choses » . » Béatrice Hibou Anatomie politique de la domination 2011
 Les élus, les partis politiques, les syndicats, les fédérations d'associations d'usagers (parents d'élèves, locataires, éducation populaire)
Ces institutions très politiques , le plus souvent catégorisées de gauche ou démocrates chrétiennes  ont toutes eu une vision en accord avec l'académisme de la « culture française dominante » de la période historique , à savoir la grandeur de l'Empire Français, la supériorité intellectuelle du Territoire de l'Hexagone et donc de Paris par rapport au désert l'environnant: les provinces et les colonies . Les habitants des quartiers populaires sont alors perçus comme intrinsèquement Ignorants, quelque soit le sujet , même celui d'habiter un logement par exemple : on est ou Cultivé, ou Ignorant . Il n'y a pas de savoirs autres que celui labellisé par l'Ecole Française , particulièrement des Grandes Ecoles de Paris , ou les Facultés de Droit , d'où sont issus les cadres des administrations des pouvoirs et des contre-pouvoirs républicains .
C'est ainsi qu'on peut comprendre comment sont constitués les Problèmes, comment sont trouvées les Solutions, après consultation des Experts, comment les grands décideurs ont ordonné et comment les administrations et les fonctionnaires ont obéi et ont proposé les textes réglementaires . Les contre-pouvoirs institutionnels ont fonctionné à l'intérieur de ce même langage, du même système de réflexion . L'opposition Droite/Gauche permet un fonctionnement démocratique à l'intérieur de la polis, pas à la périphérie .
On est souvent consternés par le peu d'empathie, l'incapacité à écouter simplement les doléances d'habitants «des périphéries», par les propos d'élus municipaux , de responsables de Société d'aménagement du territoire , de responsables de la Caisse d'Allocations Familiales, de fonctionnaires de la Police , d'architectes, d'assistantes sociales, de voisins prétendument cadres ou intellectuels (auto-désignés ainsi afin d'obtenir une certaine crédibilité -par statut) etc.
Un autre aveuglement nuit à la visibilité politique des revendications des habitants de quartiers populaires . Pouvoirs et contre-pouvoirs en France ont traditionnellement pour enjeu les Grandes Questions liées aux revenus du Travail et du Capital ( les combats syndicaux et les redistributions fiscales) ou les questions du Nationalisme (le patriotisme, les enjeux militaires) . Les questions sociales , le logement, la justice sociale, la dignité, les rapports sociaux apparaissent comme des problèmes seconds, qui en découleraient . Ils ont comme « défaut » d'être trop localisés, concrêts, prosaïques .
Les médias sont traditionnellement tenus par les pouvoirs politiques : Pas ou peu de journalisme d'investigation concernant la vie quotidienne sur un temps non évènementiel ... recherche de scoops à partir de faits divers grossis et déformés, ou vie des Grands personnages, et présentation de projets officiels . Exit les articles sur les conditions sociales, sur les acteurs actifs  dans l'ensemble des quartiers d'une Ville .
Les intellectuels – l'esprit critique et l'aveuglement de classe
L'esprit critique très loué dans l'université a peu investigué le champ social de proximité , ou avec un regard proche de celui des acteurs politiques , à partir de Grandes Questions Politiques . Les nouvelles sciences sociales qui vont prendre leur envol sur toute cette période vont regarder loin vers « le Tiers-Monde » , ou vers « la Folie » mais vont d'emblée éloigner le sujet pour le comprendre .L'empirisme va être de plus en plus reconnu, par la reconnaissance des sciences sociales, notamment l'ethnologie, la sociologie, l'anthropologie etc . L'empathie est pensée comme  contraire  au regard scientifique . Pas d'empathie critique possible , encore moins d'auto-analyse sociale… Là encore je schématise à gros traits . En fait les intellectuels se sont souvent fait le procès de leur enfermement théorique, mais ils sont restés dans leur milieu social pour le faire, puisque c'est le seul langage possible, disponible , audible . Cultural studies, gender studies, subaltern studies etc permettent aujourd'hui d'ouvrir les champs sociologiques, philosophiques, anthropologiques, et surtout d'ouvrir les frontières entre les disciplines . Un air frais traverse aujourd'hui les océans pour enfin regarder la société française, en dehors des grilles définies par ses élites .
III modernité de l'archéologie: reconnaissance patrimoniale, reconnaissance politique
 Relire le passé pour un nouveau regard politique sur les  périphéries ; les placer au centre avec les autres , que tout point local soit situé au centre,  sur le globe terrestre .
Changer de regard pour relire l'Histoire de nos villes,  en tant que lieu-dit, observer ses paysages, écouter les paroles des habitants, recueillir leurs témoignages, les confronter aux archives administratives, aux journaux, observer les faits concrêts, entendre les paroles officielles , faire un travail  archéologique   pour comprendre notre société .
 Inciter  à se comprendre en multipliant les casquettes, toutes légitimes, toutes respectables quand elles sont contextualisées et ouvertes au dialogue sur la Place Publique .
Cette approche encore balbutiante, initiée par pur pragmatisme, instinct de vie , réouvre la question initiale: Qu'est-ce qui fait Autorité . Comment ouvrir le dialogue avec l'autorité institutionnelle quand on est hors cadre, par statut .
Inciter l'Autorité du Commandeur, au centre de la Ville (ou à Paris), à  ouvrir un dialogue qui fasse lumière, pour partager une autorité légitime et commune sur le lieu enfin respecté, reconnu, le lieu-dit .
Relire l'Histoire,  comprendre ce qui s'est passé,  reconnaître le combat pour la dignité des parents, permet d'ouvrir la possibilité de partager l'Autorité , dans l'Intérêt public de tous .
 Voici venu le temps de la reconstruction , du véritable accueil politique de l'ensemble des habitants des lieux  qui constituent un pays, la France .

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