À Mayotte, «c’était le hip-hop ou la délinquance»

Huit B-boys, de 19 à 24 ans, originaires de Mayotte, viennent disputer les épreuves nationales du Battle of the Year à Montpellier, la compétition nationale de hip-hop. Sur leur île, les entraînements se font dans des conditions difficiles. Dédiés corps et âme, ces Mahorais vivent cette danse comme une passion autant qu’une échappatoire. Portraits de ses danseurs dévoués à leur art.

photos-hip-hop-r-e-volutions-bb-00858

La même lumière brille dans tous les yeux. La même concentration s’empare des neuf B-boys. La même transe les jette tour à tour au centre du cercle où ils enchaînent « six steps », vrilles, coupoles. Ils viennent de débarquer de Mayotte, pour disputer les épreuves françaises du Battle of the Year, le championnat du monde de danse hip-hop, vendredi 4 et samedi 5 mai, à Montpellier. Ce lundi soir, les huit danseurs du crew Insultant et Ankif’ sont à la maison pour tous du quartier populaire Petit-Bard pour un tour de chauffe.

Une passion née dans la rue, cultivée avec les moyens du bord

La plupart se connaissent depuis l’enfance. Unis par une passion, liés par une même galère. « C’était le hip-hop ou la délinquance », raconte Anaffi, 24 ans, sous le grand kiosque en béton de l’esplanade Charles-de-Gaulle. Il a les traits soucieux, parle d’une voix posée, pèse ses propos. C’est lui qui prend la parole pour le groupe. Il leur demande validation quand il donne son avis en leur nom. Les neuf gaillards ont grandi et vivent sur un bout de terre perdue dans l’Océan indien, entre le Mozambique et Madagascar. C’est le 101e département français. Mayotte, ses bidonvilles, ses 84 % de pauvreté, ses 26 % de chômage qui touche particulièrement les jeunes et ses gamins des rues.

Quand on pense Mayotte, on pense rarement hip-hop. Méconnue par la métropole, l’île fait régulièrement irruption dans l’actualité, au gré des grèves contre la vie chère, contre l’inégalité de traitement avec la métropole et contre l’insécurité et l’immigration en provenance des Comores. Depuis mi-février, l’île est embourbée dans une grève générale contre cette insécurité. Des barrages ont été dressés, paralysant le département et forçant le gouvernement à se pencher sur la question. Le 19 avril, le Premier ministre, Édouard Philippe, annonçait un futur plan de développement aux contours encore flous. La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, doit se rendre une nouvelle fois à Mayotte dans le courant du mois de mai pour en donner plus de précisions.

photos-hip-hop-r-e-volutions-bb-01082

"S’ils font la grève du hip-hop, ils entendront parler de nous !"

« On ne se sent pas vraiment concernés par tout cela, raconte Yacer, l’un des B-boys, sous le préau de l’esplanade. Mais s’ils font la grève du hip-hop, là, ils entendront parler de nous ! », plaisante-t-il. Leur passion est née un peu au hasard. « On regardait des vidéos, on a trouvé ça stylé, on a voulu faire pareil », se souvient Anaffi. Pour Ankif’, le déclic vient de James Brown. Pour Elvire, 20 ans, des « Pokemon Crew ». « On n’avait rien à faire, alors avec des potes, on a commencé à se défier sur l’équilibre, on voyait qui tenait le plus longtemps pour s’amuser ».

Pour lire la suite, rendez-vous sur le Bondy Blog

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.