« Roya, fin octobre », le documentaire qui fait résonner les voix des exilés

Dans les Alpes-Maritimes, près de la frontière italienne, la vallée de la Roya voit défiler des exilés ainsi que ceux qui leur viennent en aide. Trois jeunes réalisateurs, Raphaël Auger, Louis Paul et Loeiz Perreux, ont recueilli leurs témoignages dans "Roya, fin octobre", un court-métrage documentaire à voir absolument. Entretien.

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Le Bondy Blog : Pour quelles raisons avoir voulu réaliser ce documentaire sur la vallée de la Roya ?

Raphaël Auger, Louis Paul, Loeiz Perreux : On a tous les trois des histoires différentes vis-à-vis de la vallée. Loeiz la connaît depuis toujours et a vu cette histoire récente de migration progressivement y prendre place. Louis ne connaissait pas le lieu avant le film autrement que par les images déjà médiatisées autour de Cédric Herrou. Raphaël l’a découverte durant l’été 2017, pendant la vague de migration la plus importante dans La Roya. Un des premiers déclencheurs en particulier a été pour deux d’entre nous, la rencontre l’été dernier avec plusieurs jeunes hommes migrants qui venaient de marcher plusieurs heures depuis Vintimille [en Italie, ndlr] et qui se retrouvaient dans un petit village perdu en haut des montagnes. En quelques jours, nous avons alors assisté à la dénonciation par certains habitants, l’aide apportée par d’autres, la traque des policiers…

Même si le sujet de la migration nous touche tous, on n’avait pas la même connaissance de cette histoire particulière de La Roya. Ce qui nous a fédérés autour de ce projet, c’est une occasion qui s’est présentée : il fallait faire un film pour soutenir la création d’une association d’aide au migrants, Les Ami.e.s de La Roya, afin de présenter la vallée et l’histoire qui s’y déroulait. Finalement, recevoir cette « commande » (on était totalement libres) a encouragé notre volonté de nous confronter à ce sujet et à faire un film.

Le Bondy Blog : Le documentaire est sobre : pas de commentaire, ni de musique. Pourquoi ce choix ?

Raphaël Auger, Louis Paul, Loeiz Perreux : Tout d’abord parce que cela correspond au style de documentaire que nous apprécions, qui s’apparente plus à du portrait qu’à un discours. On voulait montrer des personnes, migrants et aidants, et leur laisser un espace pour s’exprimer. Il n’a jamais été question de donner notre point de vue, l’idée était de partager la parole, pas de la garder pour nous.

Par ailleurs, la question de la migration est souvent abordée par le biais des données, des chiffres, des cartes, etc.  Combien de migrants ? Combien de demandes d’asile ? Combien de reconductions à la frontière ? On ne dit pas que ces questions ne sont pas importantes, mais elles contribuent à la déshumanisation des migrants. D’où notre choix de ne pas commenter, de ne pas informer, mais simplement de proposer des rencontres aux spectateurs avec des personnes et leurs histoires particulières, leurs réflexions, leurs questionnements, leurs rêves et aspirations pour la suite.

Quant à l’absence de musique, cela tient sûrement à une certaine pudeur de notre part face à un tel sujet, à une crainte de tomber dans l’emphase. Et puis les paysages de la vallée étant très beaux, cela nous semblait être un bon équilibre esthétique de confronter la sobriété sonore des voix nues à la magnificence des montagnes.

Le Bondy Blog : Est-ce que vous vous définiriez comme réalisateur « militant » ou « engagé » ?

Raphaël Auger, Louis Paul, Loeiz Perreux : Non. On voulait se distinguer du film « militant », nous ne voulions pas délivrer un discours. Nous sommes arrivés dans la vallée avec la prétention de ne rien savoir, de vouloir entendre le maximum d’histoires et d’apprendre. On ne savait pas du tout quel film on allait faire, on a beaucoup tâtonné, on avait simplement une idée de ce qu’on ne voulait pas faire : un film didactique. Comme tout film abordant un sujet un tant soit peu politique, le résultat est engagé politiquement, il n’est pas « neutre ». Réaliser un film sur ce thème et de cette façon-là, en écartant les approches du film militant et du reportage d’information, c’est notre manière de nous engager.

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