Quand l'industrie minière anéantit le Rio Doce, l'un des plus grands fleuves du Brési

Le Rio Doce est le cinquième plus grand fleuve du Brésil et il est confronté à une véritable catastrophe écologique. Le cours d’eau se situe dans l'une des régions où l'activité minière est la plus intense au monde: l'état du Minas Gerais, qui signifie "mines générales" en portugais. Et l’'extraction de minerais n'est pas une industrie propre: elle génère des déchets qui ne peuvent être relâchés d

Que s’est-il passé le 5 novembre 2015 à proximité de la ville de Mariana au Brésil et les jours suivants?

Le 5 novembre 2015, aux environs de 156 heures, un barrage de rétention de déchets miniers de l'entreprise brésilienne Samarco s’est rompu. Situé à quelques kilomètres de la ville historique de Mariana, le site était utilisé pour stocker un mélange d’eau, de sable et de minerais divers en provenance des mines de fer de la société. Cette boue, potentiellement contaminée, s’est d’abord déversée dans la vallée où se trouvaient plusieurs villages et hameaux. Bento Rodrigues, alors peuplé d’environ 600 habitants a été la commune la plus touchée: elle a été submergée par la boue du barrage, située à six kilomètres en amont, en seulement une demi-heure. La population a pu fuir sur les hauteurs pour éviter la vague dévastatrice, mais de nombreuses personnes sont alors portées disparues. Six mois après, le bilan humain est officiellement fixé à dix-sept morts. Parmi les victimes se trouvent des habitants de la vallée, mais surtout un grand nombre d’employés ou sous-traitants de la mine. La boue contaminée a ensuite continué son chemin dans les affluents du Rio Doce et depuis le fleuve, celle-ci a atteint l’océan Atlantique, environ une semaine après la catastrophe, polluant plus de 600 kilomètres de berges et de fonds fluviaux.

 

Pour quelle raison le barrage s’est-il rompu?

Six mois après la catastrophe, l’enquête de la police et du ministère public brésilien n’a pas encore déterminé officiellement les causes de la rupture du barrage. Cependant, plusieurs hypothèses ont déjà été présentées. Le jour de l’incident, des ouvriers effectuaient des travaux afin de surélever le barrage qui allait atteindre sa capacité maximale de stockage avant terme (estimé à 2022). Le barrage, dit de Fundão, était pourtant un ouvrage récent et avait reçu son certificat d’exploitation, un an auparavant, de la part des autorités de contrôle brésiliennes. Construit en 2008, le site de Fundão ne peut donc pas être accusé de vétusté. En revanche, à proximité de celui-ci se trouve le site de Germano, une autre rétention appartenant à Samarco d’une contenance trois fois supérieure et en activité depuis 1977. C’est donc la négligence qui est mise en avant par les enquêteurs.

 

Quelles sont les conséquences pour les écosystèmes?

Dans un premier temps, la grande quantité de matériaux déversée dans les cours d’eau a provoqué l’asphyxie de la vie animale et végétale, privée d’oxygène et des rayons du soleil nécessaires entre autres à la photosynthèse. De nombreux animaux de ferme, des plantations agricoles et une grande partie de la végétation ciliaire ont été emportés ou recouverts par les milliers de mètre cubes de boue. Dans l’estuaire du Rio Doce, situé dans l’état voisin d’Espirito Santo, l’écosystème très fragile de la région a été perturbé à la fois par les particules de matière issues de la mine et par une grande quantité de poissons morts charriés par le courant. Durant plusieurs semaines, des centaines de milliers de riverains ont été privés d’eau en raison de forts soupçons de contamination aux métaux lourds. Le cinquième fleuve du Brésil était déjà l’un des plus pollués du pays en raison de la forte concentration d’industries aux alentours, mais avec cette catastrophe, le fleuve qui porte littéralement le nom de doux (doce en portugais), est désormais surnommé le Rio Morto, soit le fleuve mort.

 

Quelles sont les suites judiciaires données à cette catastrophe? 

L’entreprise Samarco est une société brésilienne qui exploite le minerai de fer dans la région de Mariana. Elle appartient à parts égales à deux géants miniers, l’anglo-australien BHP Billiton et le brésilien Vale, respectivement premier et deuxième groupes mondiaux du secteur. A ce titre, la justice brésilienne estime qu’autant l’entreprise qui exploitait le barrage que les actionnaires doivent être tenus responsables de la catastrophe, même si les deux groupes tentent d’échapper à leurs responsabilités. En mars 2016, un premier accord sur le montant des réparations avait été signé entre l’Etat et les groupes miniers à hauteur de 5.2 milliards de dollars avec un plan de revitalisation réparti sur quinze ans. Mais le Ministère public (les procureurs locaux et fédéraux) n’a pas souhaité en rester là et a engagé, le 3 mai 2016, une procédure civile, en estimant cette fois le montant des dégâts à environ 43.4 milliards de dollars. 

Les experts estiment qu’il faudra au moins dix ans aux écosystèmes pour récupérer de cet accident. Mais face à une catastrophe sans précédent, il est difficile d’estimer la capacité de récupération des espèces vivantes, qui pour certaines, ont été touchées en pleine période de reproduction. Six mois, après le passage des premières boues, les eaux continuent à présenter une turbidité importante, et d’autres fuites ont eu lieu plusieurs semaines après le premier incident.

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