Le péril Mélenchon !

et tout d'un coup, les marchés s'affolent...

Voilà, nous y sommes enfin. Les masques sont tombés. De la droite à l'extrême droite, de la gauche de droite à la gauche grotesque, l'ennemi est désigné. Mélenchon. Ah voici le grand péril, l'horreur communiste, la dictature du prolétariat, le totalitaire Jean-Luc ! Il est devenu en quelques jours, le temps que les sondages nous informent de son possible succès, l'homme à abattre, le suprême danger pour notre belle république.

Auparavant, l'extrême droite servait d'épouvantail à tous les condidats. C'était le parti de la haine, de l'intolérance, de la xénophobie, le parti qui peinait à cacher ses références historiques nauséabondes, c'était le parti du racisme, de l'antisémitisme, du repli sur soi, de l'entre-soi, ...etc. Tous les candidats étaient ligués contre l'extrême droite car elle représentait le plus grand danger pour la France. Bon. C'était le discours. Il fallait avoir quelque chose à dire. Il fallait bien passer pour des gens respectables, des républicains convaincus et honnêtes, des liberté-égalité-fraternité, des la France ne mérite pas cela, des le fascisme est à nos portes. Ça remplissait les gazettes. Par ce combat contre les forces du mal, on devenait celui qui voulait sauver la patrie. On était, face à l'extrême droite, tête haute et mains propres. Enfin, on avait un programme. Cette lutte acharnée qui prenait ses sources dans la résistance contre l'ennemi envahisseur, dans les valeurs de la France des Lumières, dans la déclaration des droits de l'homme, dans l'appel du 18 juin, permettait à chacun de se distinguer d'une droite brune dont les mots nous replongeait à chaque instant dans les heures sombres de notre nation. C'était bien, c'était beau, on était fier du combat mené.

Mais mais mais, c'était sans compter l'envolée de la France insoumise, du candidat Mélenchon. Soudain, ceux qui n'ont plus rien à dire depuis Vercingétorix se réveillent, se soulèvent, s'arcboutent contre le nouvel ennemi, le nouveau Staline et son hollogramme. C'est Castro, c'est Chavez, c'est Pol Pot, c'est la mort. Tout sauf Mélenchon ! Tout ? Qu'est-ce à dire ? Même l'extrême droite, hier ennemie jurée de la cohorte des libéraux ? Car il faut bien en convenir, le capitalisme des candidats de la droite ou de la sociale-démocratie ne fait aucun doute. Les marionnettes répondent aux ordres des grands groupes industriels, appliquent le programme des multinationales, collaborent avec le Médef. De Hamon à Le Pen, qui fait peur à la finance ? Personne ! Puisqu'ils en sont les fidèles serviteurs depuis toujours !

Et voilà-t-y pas que le Merluche attaquent les alliés directs de ses concurrents ! Justement, la finance, les patrons, les exploiteurs, les boursicoteurs, les promotteurs, les milliardaires... et l'injustice et les inégalités et le racisme et l'euro et le réchauffement climatique et le sécuritaire... tout y passe ! Et il rassemble des foules !

Alors là, non, c'en est trop, ça suffit les conneries ! On était tranquille, on avait notre petit ennemi à combattre, on avait notre quota de fachos, on était bien au chaud dans nos charentaises avec une extrême droite à 25%, on avait de quoi faire, on avait de quoi endormir les masses, leur faire peur avec des bruits de bottes, on avait notre programme tout bien ficelé comme il faut, avec des milliards pour les singes, des tolérances zéro, des karchers, des bulldozers pour les roms, des tribunaux pour les sans-papiers, des lois travail drôlement progressistes, des crédits impôts pour créer de l'emploi, des états d'urgence, des réformes inévitables, des fonctionnaires feignants, des commémorations et des fleurs sur la tombe du soldat inconnu, des référendums dont on se foutait du résultat, une petite guerre par-ci par-là, et un système capitaliste qui fonctionnait à peu près bien, c'est à dire en laissant des millions de crève-la-faim dans les rues du monde entier, mais mais mais, on était TRAN-QUILLE.

Sauf que l'autre, là, le rouge, le soviet, le mec en col Mao, il excite les foules, il avance, il fait des voix. Alors, comme un gardon sorti de sa vase, ça se met à gigoter comme des tordus de douleur au bout de l'hameçon. Parce que ceux qui tiennent la gaule, au bout, là-bas, sur la berge, au bord de leur piscine, ils viennent de donner un petit coup de poignet. Eh, les marionnettes, réveillez-vous, il y a plus dangereux que la blonde à son papa ! C'est le gars à lunettes, çui qui fait de la poésie révolutionnaire, et qui veut nous piquer nos économies, ici, et dans nos paradis !! Ben merde alors ! Allez, on va au charbon ! On change de cible. Parce que nous, ceusses qu'ont vraiment le pouvoir sur les nations et les peuples qui ne comprennent rien, on préfère quand même la grosse droite ! Regardez, pendant la deuxième, nous, les industriels, on a soutenu qui ? Nous ne dresserons pas la liste des entreprises collaborationnistes, mais avouez quand même qu'elles se sont bien servies, non ?  (Renault, BMW, Bosch, Opel, IBM..., non, la liste est décidément trop longue.)

Où sont aujourd'hui, dans cette campagne consternante de nullité, les soutiens des grands groupes ? Chez monsieur Macron (Micron pour les intimes) soutenu par une équipe de milliardaires (Pierre Gattaz, Vincent Bolloré, Bernard Arnaud... les meilleurs !) Chez monsieur Fillon (Marc Ladreit de Lacharrière... celui qui entretient, peut-être, Pénélope.) Chez madame Le Pen (héritière et fille de milliardaire). Chez monsieur Hamon, il n'y a pas grand monde, c'est sûr, le pauvre, et puis ses copains socialos, ils sont tous passés chez Bolloré !

Alors voilà. Le grand dévoilement a eu lieu. Les marchés s'affolent. Les financiers font les gros yeux. Remarquez qu'ils n'ont pas encore dit "Plutôt Le Pen que Mélenchon !" Ils ne le diront jamais. C'est pas propre. Mais ils ne peuvent pas cacher leur panique.

Bon ben voilà, maintenant on sait. On savait déjà depuis longtemps mais aujourd'hui, on rigole. Ils montrent leur vrai visage, les capitalos ! Le problème pour eux, c'est la thune. Garder, garder, garder. Peu importe que ça crève dans tous les coins du monde, ils ont des costards à payer (quand ils les paient...).

Cela dit, Merluche, ne te plains pas. Tu dénonces la mauvaise foi des attaques dont tu es l'objet, mais en t'engageant dans cette mascarade, tu savais très bien où tu mettais les pieds, non ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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