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Le Club de Mediapart mer. 4 mai 2016 4/5/2016 Dernière édition

Caisses d’épargne : pourquoi je fais appel

Le 10 octobre 2008, les indices boursiers mondiaux terminaient par un nouveau plongeon l’une des semaines les plus noires de l'histoire. Surtout, la volatilité des indices, mesurant leur variation quotidienne et donc la nervosité des opérateurs, atteignait des sommets historiques. Ces mouvements provoquèrent des pertes considérables sur le portefeuille dont j'avais la responsabilité au compte propre de la CNCE (aujourd'hui BPCE).

Le 10 octobre 2008, les indices boursiers mondiaux terminaient par un nouveau plongeon l’une des semaines les plus noires de l'histoire. Surtout, la volatilité des indices, mesurant leur variation quotidienne et donc la nervosité des opérateurs, atteignait des sommets historiques. Ces mouvements provoquèrent des pertes considérables sur le portefeuille dont j'avais la responsabilité au compte propre de la CNCE (aujourd'hui BPCE).Le 17 octobre j'étais mis à pied... et après que les dirigeants de la banque aient été « démissionnés » le dimanche 19, les nouveaux dirigeants portaient plainte contre X sous la pression politique de l'époque. Le 24 octobre, après une nuit en garde à vue j'étais mis en examen. C'était il y a plus de 4 ans.

Depuis, je me suis comporté convenablement à l’égard de la Justice comme à l’égard de mon ancien employeur le groupe BPCE. En particulier, j'ai réservé mes premières paroles à la première, et suis resté discret et toujours respectueux envers la seconde.

Cela n’a jamais été une stratégie de ma part. Cela correspond à mon caractère d’abord, mais également au fait que je suis humble devant ce qu’il s’est passé, et responsable devant les conséquences humaines des événements. Je pense notamment aux collaborateurs dans les agences, en prise directe avec le public, et à qui j’ai toujours beaucoup pensé, qu’ils le sachent aujourd’hui.

Par respect donc, la discrétion me semblait de mise. Malheureusement, cet égard n’a pas été réciproque. Dès le départ la banque a parlé « d’éléments troublants », « suspects », d’enquête… Bref, elle a essayé de me faire passer pour ce qu’on appel désormais un « rogue trader » (trader délinquant).

Loin d'être avérées, ces allégations ont été démenties par l’instruction. Le procès verbal de la Brigade Financière du 3 février 2011 qui fait suite à 27 mois d’enquête et d’investigations ne révèle « aucun élément frauduleux » et souligne « qu’il n’y a pas eu la moindre manoeuvre malveillante de la part de Boris Picano-Nacci ». Au cours du procès, la banque, comme son avocat, comme la présidente du tribunal, comme le procureur, ont admis et déclaré que je suis honnête et qu’il n’y a jamais eu de dissimulation de ma part.

L’affaire, mon affaire, n’a donc rien à voir avec une autre, plus importante, présente dans l’esprit de tous… 

Et pourtant, j’ai été moi aussi condamné avec sévérité. Sur le plan pénal : à une lourde peine de prison avec sursis, et sur le plan civil : à l’asphyxie financière à vie.

La banque, qui m’avait déjà sanctionné par une mise à pied et un licenciement pour faute lourde, a tout fait pour que je comparaisse  devant la justice. J’aurai l’occasion d’expliquer qu’elle avait tout intérêt à le faire, que ce soit pour d’évidentes raisons d’image, ou pour des motifs fiscaux.

A ce sujet, la question du montant du préjudice est tout à fait significative.

Dans sa plainte, puis tout au long de l’instruction, la banque s’est dite victime d’agissements délictueux lui ayant causé un préjudice de 751 millions d’euros. Puis, une semaine avant l’audience, elle a fait savoir en catimini que seuls 315 millions d’euros étaient imputable à mon prétendu abus de confiance. La différence est de taille ! Mais qu’importe, auprès de ses clients et de l’opinion publique, le message était passé depuis longtemps: c’est uniquement parce qu’elle a subi une fraude d’un rogue trader que la caisse d’épargne a perdu de l’argent.

Devant le tribunal, j’ai tenté de m’expliquer sur les faits avec le plus d’humilité, de clarté, et d’honnêteté possible. En outre, mon avocat a fait valoir des arguments juridiques sérieux sur l’absence de tout abus de confiance. Nous avions décidé de réserver au tribunal, et à lui seul, la primeur de nos arguments. Il m’a condamné sans même prendre la peine d’y répondre.

J’ai donc décidé de faire appel. Et de m’exprimer pour expliquer les raisons de ce recours.

Après tout, la banque a toujours fait en sorte que ses accusations contre moi soient connues du plus grand nombre. Aussi, il ne me paraît ni superflu ni choquant de faire connaître à mon tour mon point de vue, pour rétablir quelques vérités. Je le ferai avec mesure.

* Je suis condamné pour abus de confiance alors que de l’aveu de tout le monde je n’ai dissimulé aucune opération et ai toujours été honnête.

* Je suis condamné pour avoir agi au mépris des « instructions reçues ». Mais de quelles instructions parle-t-on ? Cette question du mandat est centrale. La commission bancaire a sèchement sanctionné la Caisse d’Epargne pour n’avoir mis en place, au moment de l’arrêt de l’activité du compte propre, aucune directive ni aucune limite. Le patron de l’Inspection générale a écrit dans son rapport puis admis à la barre lors du procès qu’il n’y avait pas eu de directives après l'annonce de l'arrêt de mon activité. Mon supérieur hiérarchique a même été licencié pour n’avoir pas mis en place de telles directives (c’est écrit noir sur blanc dans sa lettre de licenciement) ! Et moi, j’aurais violé les directives reçues, celles-là mêmes qui faisaient défaut ? Cette contradiction manifeste n’est même pas évoquée dans le jugement.

* Je suis condamné pour avoir pris des positions à l’insu de la banque, alors que figure au dossier un compte rendu de comité des risques daté du 2 octobre 2008, soit une semaine avant l’ « incident de marché », prouvant que le top Management de la banque était au courant « que de nouvelles positions » engendraient un risque de perte de « 180 millions d’euros » en cas de krach boursier.  Cet avertissement de la Direction des risques n’a alarmé personne, et les positions ont été conservées jusqu’au krach du 9-10 octobre, avec les conséquences que l’on sait. J’ai été laissé seul à la barre, en pleine tempête, sans que personne ne me reproche quoi que ce soit, et surtout sans que personne ne m’aide. Le jugement ne tient pas compte de ces éléments.

* A la barre, l’Inspecteur général de la banque a admis que son rapport contenait « des erreurs » et que la Direction des risques était au courant que mon portefeuille contenait des « bombes à retardement ». Cet aveu n’est pas mentionné dans le jugement.

* Je suis condamné suite à une plainte, qui se fonde sur une pièce mensongère : la fiche de poste remise par la banque au soutien de sa plainte mentionne une activité que je n’occupais plus à l’époque des faits, mais surtout correspond à un poste que techniquement je n’ai jamais occupé. Ceci afin de dissimuler le caractère intrinsèquement risqué de mon activité. Ceci n'est pas mentionné dans le jugement.

* Je suis condamné pour ne pas avoir respecté une soi-disant consigne de « gestion extinctive ». Or selon les documents officiels de la banque (rapports annuels 2008, 2009, 2010) que chacun peu consulter sur internet, la "gestion extinctive" a débuté à partir du mois d’octobre 2008 (soit à partir de l’incident de marché et non avant). D’ailleurs, cette expression martelée par la banque et le tribunal n’apparaît dans aucun document de l’époque dont j’ai eu connaissance, alors que c’est la clef de voûte de la plainte de la banque… Rien dans mes directives de l’époque n’interdisait les opérations que j’ai effectuées, sauf à s’en tenir à des interprétations faites a posteriori d’un mandat que j’avais pourtant rédigé moi-même – mais qu’étrangement je serais le seul à ne pas avoir compris.

* Je suis condamné pour avoir pris des risques quelques jours avant la faillite de Lehman Brothers. La banque explique aujourd'hui que ce qui allait se passer était n’était pas si surprenant, qu’elle avait prévu que la quatrième banque américaine, pourtant too big to fail, ferait faillite, et qu’un krach boursier se profilait. Ceci soulève deux questions.

(i) Pourquoi dans ces conditions avoir décidé, en juin 2008, d’arrêter l’activité du compte propre au 31 décembre 2008 et non immédiatement, avant la tempête annoncée ? Si le risque de marché était à ce point évident, pourquoi avoir choisi d’y faire face plutôt que de quitter la partie avant la tempête ?

(ii) Comment expliquer alors que la banque et sa filiale Natixis aient perdu des milliards d'euros sur les subprimes, que mes collègues du crédit aient perdu autant d'argent que moi, que la banque ait vendu en 2006 une action Natixis à ses clients à 19€, laquelle action vaut aujourd’hui moins de 3€…? Puisqu’elle savait… La banque compte-t-elle dédommager les particuliers comme elle me demande de la dédommager ?

* J’ai bien compris, même si en droit pénal cela n’est pas un raisonnement viable, que c’est le montant exceptionnel des pertes de mon portefeuille qui m’a valu cette condamnation. Je n’ai jamais cherché à fuir mes responsabilités, et n’ai jamais nié que c’est ma stratégie de trading qui avait, certes au milieu de l’une des plus graves crises financières de l’histoire, causé ces pertes. Mais je me demande pourquoi les pertes du même ordre de grandeur, occasionnées à la même époque par l’autre desk du compte propre, celui des activités de crédit, n’ont, quant à elles, jamais été évoquées. Est-ce parce qu’elles auront été habilement réparties dans les comptes des 17 caisses d’épargne régionales ?

* Je fais appel car j’admets avoir commis depuis mon poste de trading d’indéniables erreurs, mais ne reconnais en aucun cas avoir commis une faute pénale.

* Je fais appel car j’ai reçu devant l’injustice et la démesure de ma condamnation un grand nombre de soutiens. Et notamment de personnes qui travaillaient avec moi, dont des employés de la banque, qui je l’espère pourront venir témoigner lors de mon procès en appel.

* Surtout, je fais appel car, comme les gens qui me connaissent le savent très bien, je suis un homme intègre et honnête, et non un délinquant. Je n’ai rien caché, rien manipulé, rien manigancé. J’ai simplement essayé, seul et avec mes modestes moyens, de résister du mieux possible au séisme financier, avec pour unique objectif celui de bien faire mon travail (c’est à dire de faire gagner de l’argent à la banque).

Je ressens comme une profonde injustice cette condamnation. Si en 2008 la banque m’avait notifié une interdiction de traiter, ou de prendre des risques, j’aurais respecté ces instructions. Si j’ai traité et pris des risques, et si l’ensemble des acteurs de la chaîne de contrôle de la banque (back office, middle office, Direction des risques) ont validé mes opérations, ce n’est pas en raison d’une soudaine cécité de toutes ces personnes comme essaie de le faire croire la banque aujourd’hui.

C'est tout simplement parce que ces opérations n’étaient pas interdites.

Je l’ai dit, mais le message n’est pas passé. Je le répète aujourd’hui, et le prouverai à nouveau en appel.

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Tous les commentaires

Ne lâchez rien; la CE est connu pour faux et usage de faux témoignages c'est arrivé à une amie avec la CEPAC amie dont je taierai le nom ici qui n' a rien lâché et est allée en cassation tout cela pour un règlement de compte entre individus en raisons de "divergence de personnalité" ; 

Le but de la banque est d'arnaquer le client c'est clair.