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Billet de blog 15 avr. 2012

Le Vote pour les nuls

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 Il était une fois DIX candidats.

De même qu'il n'y a qu'un Dieu, Allah, dont Mahomet est le prophète, de même, il n'y a qu'une politique, réduire la dette, un interprète, les agences de notation, un patron, l'Oligarchie. Ainsi parlent les deux "principaux" candidats, Sarkozy et Hollande.

Ces deux candidats préconisent des hausses d'impôts et des coupes dans les dépenses. Mais il existe entre eux des nuances : pour Hollande, un peu plus de hausses d'impôts et pour Sarkozy, un peu plus de réduction des dépenses. C'est ce que disent les commentateurs, sans doute bien informés.

 Cette religion est entièrement partagée par celui qui l'exprime de la manière peut-être la plus pure : Bayrou. Lui, apporte quelque chose de plus : il affirme que pour célébrer ce dogme, mieux vaudrait unir dans un gouvernement de rêve, nommément une dream team, Sarkozy, Hollande et Bayrou. Donc une louche d'œcuménisme. C'est le bon sens même.

Dupont Aignan est un "Vieux Croyant". Il apprécie la liturgie dominante, mais veut la faire revenir à ce qu'elle était au milieu des années soixante et dans l'espace national. La messe, mais en français. La monnaie, oui, mais le franc. Le Marché, oui, la concurrence, oui, mais dans nos frontières.

 Puis vient une candidate qui a un pied dans la religion du saint Marché ("le Marché SAIT") et un pied, ou au moins un doigt de pied, dans l'hérésie : c'est Eva Joly. Il y a l'écologie des riches : avec Dany, et l'écologie des autres avec un peu de partage des richesses. Sous le bras d'Eva, telle celle d'Holopherne sous celui de Judith, la tête d'un grand oligarque, ancien patron d'EDF, qu'elle a chassé et tiré : respect. Mais à son poignet un bracelet électronique nommé "Accord Electoral" qui la relie fermement au parti de François Hollande. Elle est un peu déchirée. Son électorat aussi. 

Les cinq autres candidats sont-ils des infidèles ? Non. Parmi eux, on peut soupçonner l'un, qui est une, de supercherie. Le Pen est-elle suspecte aux marchés, traitre à l'oligarchie, énnemie des riches ? Certainement non. Elle vitupère le métèque. Baratin.

Il en reste quatre. Cheminade, objet votant mal identifié, nous promet mieux que la lune : Mars. Mais son petit chemin ne sent pas la noisette. On peut se demander comment il a eu ses 500 signatures (quand Boutin, chrétienne, quand même ! ne les a pas eues, ni Villepin, ancien premier ministre, ni Lepage, écolo centriste !) et son budget de campagne. Bizarre. Il sort du néant, tous les cinq ans, puis il y retourne, comme une particule quantique à fort coefficient d'étrangeté.

Reste trois hérésiarques.

Ils ont en commun le rejet blasphématoire du dogme relatif à la présence réelle du réalisme dans l'hostie libérale. Ils nient effrontément que la récente catastrophe financière, monétaire, économique, industrielle, écologique et sociale soit due aux dépenses inconsidérées des smicards et autres besogneux, qui se lèvent tôt, se couchent tard et n'amassent pas mousse. Ils nient qu'un grand patron doive gagner mille fois autant qu'un ouvrier métallo. Ils suggèrent qu'on peut se passer du talent des riches et des super riches. Ils osent dire que la terre n'appartient qu'aux hommes et que le gros actionnaire ira loger ailleurs.

Chez deux d'entre eux, Poutou est Arthaud,  le mal est bénin. Ils sortent d'un roman de Huysmans :  crachent sur l'hostie, profanent l'idole Madoff, disent des messes noires révolutionnaires et chevauchent en rêve des boucs rouges sur un mont chauve hérissé de barricades.

Le dernier seul est dangereux. Ancien ministre du culte, il ne s'est pas contenté de placarder ses thèses sur les murs de la Bourse : constitution d'un pole bancaire national, maximum de revenu à 360 000 euros par an, facteur 20 des revenus au sein d'une même entreprise, interdiction des licenciements boursiers, droit de préemption des travailleurs sur le rachat d'une entreprise, politique de grands travaux liés à la transition écologique, constituante pour une sixième république, etc. Il a bâti une stratégie démocratique pour parvenir au pouvoir et appliquer ces idées, non pas malgré la catastrophe mais à cause d'elle. Il a réussi à ressusciter le parti communiste et à lui faire admettre le souci environnemental. Il a rassemblé dans un même Front tous les courants politiques de France qui aspirent à un new deal, tous ceux qui veulent tourner le dos au Moloch de la Bourse et bâtir sur un autre paradigme : le vouloir vivre des hommes et des femmes. Il rassemble de ci, de là, des dizaines de milliers de ses partisans en leur disant qu'il s'agit d'un entraînement à l'insurrection citoyenne. Et en effet, quelque soit le résultat des élections, il y aura un second tour, puis une troisième et un quatrième, en Juin, les législatives. Et demain, ce ne sera pas, en France, comme hier en Espagne, l'immense corps sans tête des indignados, mais quelque chose de particulier, qui saura où il voudra aller.

Du moins on peut l'espérer.

 Alors qui doit voter quoi ? Une enquête de France Inter envers les très riches (de l'ordre du million de revenu annuel) semblait montrer qu'ils sont parfois hésitants entre les deux "principaux" candidats. Sans doute en est-il de même pour les oligarques, c'est à dire ceux qui, ayant la richesse, ont réussi également à prendre le pouvoir, par des cercles et des réseaux souvent bien connus. Vaut-il mieux le Pape Sarkozy, style Borgia, ou le pape Hollande, style Jean-Paul II ? 

Faut-il voter Sarkozy, Hollande, ou Mélenchon ?

On votera pour l'un des deux premiers si on ne souhaite pas que la politique française change de manière essentielle. De bons bourgeois catégorie moyenne plus plus voteront Hollande parce qu'ils trouvent Sarkozy vulgaire, d'autres voteront Sarkozy parce qu'ils trouvent Hollande trop inexpérimenté.

On peut souhaiter un changement essentiel de la politique française, et voter Mélenchon, dans deux cas. Dans le premier, parce qu'on souffre très concrètement de l'injustice de la situation actuelle, où le profit qui résulte du travail est accaparé par les actionnaires de manière bien plus large que dans un passé récent. Dans l'autre cas, parce qu'on estime que si notre civilisation, et même notre espèce, n'a qu'une chance sur dix, ou sur cent, de survivre à distance d'un simple demi-siècle aux innombrables dangers qui la menacent mortellement, il faut saisir cette chance et risquer l'autre paradigme : l'humain d'abord.

JPB 15 avril 2012.

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