Consultation des militants du PCF. Peut-il y avoir une "bonne nouvelle" ?

Une crise sans précédent déchire le PCF. Par milliers, des militants bravent la discipline d'organisation, par dizaines, des élus, des maires, des responsables prennent position contre la position officielle du parti.

Si l'on veut savoir ce qu'est un parti "de type léniniste", il faut lire "Que Faire ?", ou "Un pas en avant, deux pas en arrière", et étudier les bons ouvrages qui en traitent.  

Le PCF n'a jamais été un parti léniniste. Il a été d'abord une parti mal social-démocratisé (avec Marcel Cachin et ses francs-maçons), puis un parti sectaire dans la ligne guésdiste (Jules Guesde), et au début des années 1930, il devient pleinement un parti stalinien.

Ce qui nous intéresse, c'est ce qu'il est aujourd'hui. Ce qu'est un parti, cela ne relève pas de la culture commune. Un parti est entre autres choses une mémoire. Les cadres nés en 1905 ont formé les jeunes talentueux nés en 1925, 35, 45, 55 et ces derniers ont formé les dirigeants qui ont quarante et cinquante ans aujourd'hui. Mais les premiers avaient trente ans au moment des procès de Moscou, de la Guerre d'Espagne, quarante ans au moment du "retroussons les manches", les seconds avaient vingt et trente ans lors de la grande grève française (1968). Ils ont accepté.

Ce qu'il faut tenter de comprendre, c'est que le contenu a changé : le mur est tombé, on ne défend plus "le pays du socialisme", la "dictature du prolétariat", "Staline, le père des peuples", le contenu a changé, mais pas les méthodes de pensée.

Ce n'est pas par perversion morale que par milliers, les militants et cadres ont trouvé crédible, entre 1936 et 1938, que TOUS les dirigeants du parti de Lénine à l'exception de Lénine, mort, et de Staline, au pouvoir, soient exécutés pour trahison. Ce n'est pas par perversion que les mêmes ont "compris" qu'il fallait tuer "comme des chiens enragés" les militants poumistes et anarchistes qui voulaient un gouvernement ouvrier et paysan en Espagne en 1936. Et "admis" en 1945 que les travailleurs devaient aider le Général de Gaulle à reconstruire l'état bourgeois, ou en 1968, avec neuf millions de travailleurs en grève,qu'il ne fallait pas réclamer un "gouvernement populaire" (comme le demandaient les manifestants fin mai), mais des augmentations (vite dévorées par l'inflation).

Depuis qu'il existe (bientôt un siècle) le PCF a toujours tenu les travailleurs à distance du pouvoir. Les dirigeants, les cadres et les militants ont accepté ce point essentiel : aucun pays d'Europe de l'ouest aucun pays capitaliste avancé ne doit aller vers le socialisme. Ce serait une "aventure".

Lors des moments les plus "chauds" (36, 45, 68), le PCF a profité de la peur panique de la bourgeoisie, qui savait, elle, qu'elle risquait son pouvoir,  pour obtenir (avec le mouvement syndical), des conquêtes sociales, certes bonnes à prendre, conquêtes sociales qui sont précisément ce que Sarkozy, Hollande et peut-être bientôt Fillon veulent détruire de fond en comble sans en laisser subsister la moindre trace.

Aucun parti issu du "Komintern" n'a jamais fait aucune révolution. Mao n'a pas suivi les directives du Komintern. Castro n'en connaissait même pas l'existence...

Ce que je veux dire (mais il faudrait un livre entier pour l'expliquer) c'est qu'au delà des contenus, c'est la méthode de pensée qui est déformée, et il a fallu qu'il en soit ainsi pour que les militants acceptent de telles échecs sans barguigner et sans douter de leurs dirigeants. Une méthode essentiellement statique, mécaniste, passive, basée sur des mensonges. Le contraire du léninisme. Rien des acquis de la pensée marxiste et léniniste n'a été correctement compris et transmis.

Le PCF est aujourd'hui un parti complètement désarmé sur le plan théorique, et les petits groupes qui s'en sont détachés (le PRCF, le groupe Revolution, etc) et qui sont en recherche d'analyses et de bases théoriques sont à peine mieux outillés.

Je me souviens avec émotion d'avoir entendu, lors d'une assemblée générale de la fédération des bouches du rhône (où j'étais invité comme suppléant d'une candidate communiste aux législatives) un militant ouvrier d'une cinquantaine d'année se lever, protester contre l'absence de tout principe et réclamer le retour à "la dictature du prolétariat", etc. Dans l'indifférence générale, naturellement. Ce militants ne savait, de la "dictature du prolétariat" que la caricature de l'autocratie stalinienne.

Je crois qu'on peut, en simplifiant énormément, distinguer au PCF trois catégories. 1) des élus qui n'ont aucune idée politique sinon la volonté d'aller à la mangeoire. 2) des militants jeunes ou vieux politiquement désarmés, furieux, agressifs, ballotés par des sentiments contraires. 3) des militants, des élus, des cadres n'ayant pas plus de vraie formation politique (voire moins) mais ayant un instinct et un bon sens qui les poussent vers le mouvement Mélenchon, comme présentant l'espoir d'un renouveau.

La première catégorie s'appuie sur la seconde, et elle espère vaguement obtenir ce qu'elle souhaite (des places) grace à un accord avec le PS (accord qui, évidemment, ne se fera que s'il y a quelque chose à gagner pour le PS). Cette coalition a déjà gagné contre la troisième, et les deux motions qui sont proposées aux militants portent sa marque.

Il ne peut y avoir de collaboration avec la France Insoumise que sur la base d'un engagement ferme et loyal.

L'une des motions propose de soutenir la candidature de JLM mais demande un traitement particulier pour les legislatives, et ajoute que peut-être, au mois de janvier, le PCF soutiendra finalement un autre candidat. La seconde motion prévoit une candidature communiste (sans doute Chassaigne).

Dans les deux cas, il ne peut pas y avoir de combat commun. La FI ne va pas ouvrir sa porte électorale à des gens qui disent : "On soutient JLM aujourd'hui, et pour janvier, c'est selon" !

Le succès de la motion "pour JLM" serait positif en ceci qu'il suggérerait une dynamique, et une victoire des militants honnêtes du PCF. Mais la coalition réactionnaire disposera de quantités de moyens pour faire échouer la communauté de lutte.

C'est pourquoi, pour ma part, je ne sais que souhaiter. Heureusement, ça n'a aucune importance, puisque je ne vote pas à cette consultation. Je forme des voeux pour que mes amis, qui sont plusieurs dans la fédération des Bouches-du-Rhône, trouvent le moyen de sortir de ce piège, comme l'ont déjà fait des centaines de militants, cadres, élus et responsables du PCF.

Finalement, la bonne nouvelle, ce sera celà : quelque soit le résultat de la consultation, de nouveaux militants sains et honnêtes quitteront le PCF et nous rejoindront.

 

 

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