Une solution au Paradoxe de Fermi.

Le "Paradoxe de Fermi" désigne une reflexion attribuée au physicien qui fut l'un des artisans de la bombe thermonucléaire vers 1950. Résumée en termes grossiers, cette réflexion articule trois opinions bien fondées et une question. 

Premièrement, considérons ce que nous savons de l'Univers, et de l'aventure humaine. Il n'est guère plausible que nulle part, parmi les milliards de milliards d'étoiles et de planètes gravitant autour de ces étoiles, que nulle part n'ait surgi quelque chose de comparable au phénomène humain. Habituellement, en physique et dans les sciences de la nature, si quelque chose n'est pas impossible, cela se produit. Et si cela se produit, pas de manière unique dans tout l'univers. Pas même de manière unique dans notre immense galaxie.Conclusion : il est probable que "nos semblables" existent quelque part dans cette galaxie.

 

Deuxièmement, si un certain nombre de civilisations de style humain existent dans notre galaxie, il n'est pas non plus probable que nous soyons, sur la Terre, les premiers apparus.

 

Troisièmement, si une civilisation de type humain parvient à notre niveau technologique, en peu de temps, disons un, deux, voire cinq millions d'années, cette civilisation sera certainement repérable dans toute la galaxie. En effet, même si les voyages interstellaires sont à jamais impossibles, ce qui se peut, on peut envoyer des signaux et même des robots. Or cinq millions d'années, à l'échelle des temps cosmiques, ce n'est rien ! Conclusion : nos "semblables" devraient être visibles partout !

Où sont-ils ?

 

On peut proposer des solutions à ce paradoxe. On peut par exemple dire que oui, Giordano Bruno et tout ceux qui ont proposé le contraire se sont trompés : nous sommes seuls dans l'Univers. 

Dans ce roman, mon héros raconte comment, à peu près entre 2020 et 2030, la civilisation humaine a été balayée par un chaos politique et social. L'hypothèse sous-jacente résoud le paradoxe de Fermi. Cette hypothèse pose que le génie humain s'accompagne d'une incapacité profonde à maîtriser politiquement la formidable puissance technologique qu'il génère. Et elle se généralise : aucune intelligence assez vive pour entrainer un développement technologique quasi exponentiel n'est capable, pour des raisons sociales et politique, de durer.

Si c'est vrai, le Paradoxe se résoud : oui, nous avons des semblables dans la galaxie, mais leurs civilisations sont fugaces et pour cette raison, il est fort improbable qu'ils puissent se contacter mutuellement. Dans la postface qu'il m'a fait l'amitié d'écrire, Jean-Marc Lévy-Leblond accepte cette solution, tout en montrant qu'on peut en concevoir d'autres. 

Naturellement, l'intérêt de mon roman, s'il en a un, réside dans la narration de la catastrophe elle-même. C'est un roman et je ne me prends pas pour un moderne Nostradamus.

C'est aussi, dans un sens, un geste politique. Que notre civilisation soit brutalement balayée par un chaos social et politique, plongée dans la barbarie  avant même qu'elle ait eu le temps de produire une catastrophe environnementale, cela me semble une possibilité.

Une autre, que j'aimerais développer dans un autre livre (un essai, cette fois) c'est la maîtrise du chaos par une dictature plus stable et bien plus "totale", plus cruelle que toutes celles déjà connues, une dictature qui réaliserait le cauchemar de George Orwell (1984) la dictature de Big Brother. Ce serait aussi une solution du Paradoxe de Fermi, parce que le régime de Big Brother est fermé sur lui-même, se concentre sur son propre pouvoir : le cosmos, pour Big Brother, n'existe pas.

Il est facile de discerner dans les tendances qui se font jour sous nos yeux, l'une et l'autre de ces tristes possibilités. Existe-t-il une troisième possibilité, celle d'une sortie humaine de l'impasse planétaire où nous sommes ? L'humanité peut-elle accéder à la maturité sociale et politique ? Peut-elle concilier liberté et coopération, liberté, égalité et fraternité ? Il n'est guère possible de renoncer à l'espoir, et dans ce cas, tant pis pour le Paradoxe de Fermi...

 

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