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Billet de blog 5 mai 2009

J'ai attrapé la grippe porcine en regardant la télé

C'est étrange, mais à la télévision, la grippe porcine se vend bien. L'autre jour, au plus fort de l'événement, France 2, y a consacré 25 minutes de son journal. Ce qui est le record absolu.

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C'est étrange, mais à la télévision, la grippe porcine se vend bien. L'autre jour, au plus fort de l'événement, France 2, y a consacré 25 minutes de son journal. Ce qui est le record absolu. Sans faire dans le service minimum, les autres télés nous en ont parlé en moyenne, une dizaine de minutes à 13 H et 20 H. "C'est dans l'air", sur France 5, en a fait trois débats, avec spécialistes de la pandémie et médecins. Tout cela au nom de l'information nécessaire et du principe, mieux vaut prévenir que guérir. Mais, tout comme la grippe aviaire, ce nouvel accès de fièvre des médias sur une hypothétique pandémie interpelle. En effet, au delà du factuel, de quoi nous parle t-on ?

Assurément, de ce qui se vend le mieux, la peur. Une peur ancienne et irrationnelle qui remonte à la peste. Personne n'en a le souvenir directe - et pour cause - mais tout le monde a en mémoire des images de ce qu'elle fut, grâce à des peintures qui mettent en scène la grande faucheuse. Les médias rappellent aussi, opportunément, la grippe espagnole qui fit, entre 1918 et 1919, environ 50 millions de morts, soit plus que la "grande guerre" elle même. Ainsi réactivité, la mobilisation générale y gagne en légitimité.

Paradoxalement, nos télévisions ne profitent pas de l'occasion pour faire le bilan de la grippe aviaire qui devait, selon le titre d'un livre écrit à l'époque, provoquer "400 mille morts en France". De même que trés peu ont cité le nombre de morts de ce qu'il est convenu la grippe saisonnière, celle qui tous les hivers déciment les petits vieux. Entre 3 et 6 mille morts chaque année. Cette grippe là, bien que réellement mortelle, ne perce pas les écrans. Une fois qu'on a dit que la vaccination est gratuite pour les plus de 65 ans et que le pic grippal a été atteind dans x départements français, il n'y a plus rien à dire.

L'avantage de la grippe porcine, c'est que la peur à un visage. Celui du touriste qui revient du mexique. Il porte un masque qu'il quitte d'ailleurs aussitôt le pied posé sur le sol français. Apparement, le virus grippal, pareil au nuage de tchernobyl,est resté en deça de nos frontières, sans doute parce que la France a un micro climat qui lui déplait. D'ailleurs, sans précaution particulière - ni masque, ni gants, ni charlotte sur la tête - le journaliste l'interroge sur ce qu'il a vu là bas et qui pourrait hypothétiquement débarquer par le prochain avion, ici. Il y aussi que cette grippe animale a quelque chose d'humain. Le cochon est en effet l'animal le plus proche génétiquement de nous. Et parfois, il arrive que des hommes se conduisent d'ailleurs comme des porcs. La barrière des espèces est donc plus facilement franchissable. Il y a aussi que depuis tout petit, on nous dit que dans le cochon, tout est bon. Sauf, cette fois ci, cette épidémie dont il faut se pémunir. Enfin, il y a que toute nouvelle suspicion remet des pièces la machine télévisuelle qui a du nouveau à nous apprendre, quitte le lendemain, à minorer l'information qui n'en était pas une puisque le suspect ne l'est plus ou qu'il est soudainement guéri.

France3 Sud décroche, dans ce domaine, la palme. Il y avait deux cas suspects à l'hopital Purpan. Comme on ne pouvait voir le malade, forcément confiné dans sa chambre, on a vu la porte bleue et le numéro 9. Puis, des images de Lourdes, où miracle, aucun des voyageurs arrivants de contrée lointaine, ne portait le moindre masque. Normal, ici est la porte du paradis. Enfin, le lendemain, comme les deux cas suspects ne le sont plus, les confrères refont un sujet pour nous informer qu'il n'y a pas de grippe porcine, mexicaine, A, à redouter. Une hypothèse plus un démenti, égale deux informations. C'est le paradoxe de la situation d'informer sur rien, ou presque rien.

Parfois, il y a pire. La télé nous dit que l'un des cas avérés est guéri. C'est donc que la grippe porcine n'est pas si méchante que cela malgré son mixte entre un virus aviaire, humain et porcin. Ou que le fameux tamiflu est d'une efficacité redoutable. Il l'est d'ailleurs tellement qu'on l'avait préempter pour nous épargner de la grippe aviaire qui menacait le monde. Mais, en l'absence de vaccin porcin, il fait aussi l'affaire, ce qui tombe bien puisque les stocks sont pleins et qu'il faudrait voir, un jour ou l'autre, à les écouler avant la date de péremption. Sinon, ce sera de l'argent jeter par les fenêtres.

Désormais, depuis 24 heures, les spécialistes sont confiants. Le plus dur est passé, mais attention le vaccin est en préparation pour cet hiver, car dans 4 mois, affirment ils, nous pourrions bien avoir une nouvelle poussée de grippe porcine, laquelle a fait au total, entre 30 et 200 morts, selon les jours et les humeurs des médias mexicains qui rapportent le bilan médical établi par les autorités nationales.

Reste une question à laquelle la télévision, que je regarde avec un masque canard sur le bec, ne répond pas et qui me taraude. La grippe porcine voyage t-elle en première classe, classe affaire ou classe économique ?

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