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Billet de blog 8 avr. 2009

Séquestration : la force des faibles

Ah les vilains ! Ils ne sont vraiment pas gentils. On les licencie et voilà qu’au lieu de dialoguer et de dire merci, ils séquestrent leur patron. C’est inadmissible. C’est, en gros, ce que disent ceux qui veulent endiguer le débat sur son versant moral pour mieux le condamner.

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Ah les vilains ! Ils ne sont vraiment pas gentils. On les licencie et voilà qu’au lieu de dialoguer et de dire merci, ils séquestrent leur patron. C’est inadmissible. C’est, en gros, ce que disent ceux qui veulent endiguer le débat sur son versant moral pour mieux le condamner. Ils sont 30 % dans ce cas selon un sondage publié ce Mercredi par le quotidien les Echos. Les autres rappellent que la crise économique tend les relations et sans l’approuver comprennent le phénomène. Ils sont 60% dans ce cas selon le même sondage.

En réalité, la question n’est pas de savoir si on est pour ou contre. Si c’est légal ou illégal, moral ou pas, normal ou pas. A ces questions, il est facile de répondre par les textes et les contextes. Il s’agit, au contraire, de constater qu’il y a un désir de radicalisation qui contourne les syndicats et consomme le divorce entre « le peuple et les élites » comme le dit le sociologue Denis Muzet, président de l’institut Médiascopie.

La séquestration, c’est surtout l’irruption du collectif où on ne l’attend pas. Là où l’entreprise et le syndicat plaident, chacun pour des raisons différentes, l’individualisation des solutions. Le premier espère ainsi diviser les salariés pour tempérer le mouvement, le second veut obtenir le plus possible d’argent, pour chacun des futurs licenciés. Et tous deux s’accordent sur la nécessité d’organiser un dialogue social qui de fait, passe par perte et profit, les emplois que les salariés veulent garder parce qu’ils en ont besoin pour vivre.

Or, en pareille situation, - réduction d’effectifs, délocalisation - le dialogue social a pour objet l’établissement de la liste de noms des salariés partants. La discussion porte généralement sur la validité des choix qui sont proposés, sur la légalité des formes et le respect des critères. Toute chose que les salariés qui séquestrent, réfutent, pour lui préférer le rapport de force plutôt que l’accompagnement. La séquestration est donc bien une radicalisation.

La séquestration est en effet d’abord un débordement des formes syndicales traditionnelles. Chacun prend la parole contestant au syndicat sa fonction de porte parole. Les syndicats, on l’a vu dans certaines images, sont tellement débordés, qu’ils sont contraints, quand ils relâchent les séquestrés, de les protéger des quolibets des salariés, voire d’un désir de violence physique en réponse à la violence du chômage à venir. Elle conteste ainsi le droit à l’employeur de saccager légalement la vie de ses salariés après l’avoir fragilisé par des cadences et des rythmes qui provoquent le stress et des écarts de salaires difficilement justifiables. Avec ou sans argent, les licenciés savent en effet qu’ils auront bien du mal à retrouver un emploi à proximité, le succès de la négociation est donc par définition une victoire éphémère, en trompe l’œil.

Son paradoxe, c’est cependant que cette force collective se nourrit à deux mamelles stériles, l’indignation et l’impuissance. La première est un sentiment qui part du principe qu’il y aurait un seuil de l’acceptable, un niveau qui rendrait inutile l’indignation. La seconde reconnaît que de toute façon, aussi longue que soit la séquestration, elle ne mène nulle part puisque que faute de débouchés politiques, elle est vouée à l’épuisement, à la lassitude, dés son émergence. Séquestré pour séquestrer ne sert à rien si, dans l’entreprise, la loi ne change pas, le pouvoir pour le rendre plus démocratique. Ce qu’il n’est pas. Plutôt que des soutiens compassionnels, la gauche devrait donc avancer des propositions concrètes sur le partage du pouvoir de décision dans l’entreprise. L’employeur, tel un roi souverain, ne devrait pas être seul à pouvoir décider quoi faire pour sauver le plus possible d’emplois et quel prix il convient de payer. Cela passe par l’ouverture des livres de comptes bien avant que la situation ne soit dans l’impasse. Par une anticipation collective des évolutions nécessaires à favoriser le plein emploi. Par des formations permanentes dans l’entreprise pour résister au déclassement technologique des personnels. Par une politique dynamique de l’investissement recherche développement.

La séquestration n’est donc pas une question morale mais une révolte qui vaut interpellation politique. Et on ne voit pas comment, sauf à envoyer systématiquement les CRS et à prendre le risque d'amplifier la radicalisation, Nicolas Sarkozy pourrait, comme il le prétend, ne pas laisser faire.

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