Un ministre n'est pas au dessus des lois

Frederic Mitterrand a le droit d’avoir les préférences sexuelles qu’il veut, là n’est pas le sujet. On ne lui reproche pas d’être attiré par les petits garçons, on lui reproche d’avoir céder à la tentation, de le revendiquer et même, en l’écrivant d’exhiber ses penchants, d’ en faire de l’argent – avec la vente du livre - et de les justifier par son excitation. Son attitude est pour moi répréhensible par quelque bout qu’on la prenne. S’il est de droite, il est dans le droit fil de cette logique qui veut que tout s’achète et tout se vend, et il consomme les petits garçons au motif qu’il en a les moyens économiques comme d’autres consomment des bières. S’il est de gauche, il participe à l’exploitation de la misère, à la tradition esclavagiste qui fait que l’homme blanc domine tous ceux qui ne le sont pas. En plus, ce sont des enfants, c'est-à-dire des personnes qui, par leur statut, sont en situation de faiblesse et requiert de nous protection. Si on ne le prend que sous l’angle humain, Frédéric Mitterrand s’est comporté comme un prédateur, et s'il s'agit d'enfants mineurs comme un pédophile, exactement comme les curés pédophiles que nous sommes collectivement prompt à dénoncer, ce qui est normal.

Certes, on objectera que l’homme est un grand intellectuel, une référence culturelle, un « vu à la télé » qui, par ses qualités professionnelles imposent respect et prudence. Mais rien de tout cela ne peut constituer un passe droit, ou alors, il nous faut considérer que la justice ne s’applique pas à cet homme là. La même remarque est valable pour Roman Polanski, aussi douloureux soit pour lui, le fait de se voir rattraper par une histoire vieille de 35 ans.

Cette histoire met en évidence le fait que politique et morale vont de pair. Non pas la morale moralisatrice, ringarde, cul-coincé, mais la morale qui incarne des valeurs de dignité, d’égalité entre individu, qui relève de l’exigence humaine de civilité. Et que l’excuse de faiblesse est d’autant plus difficile à invoquer qu’on se présente comme un repère, une référence. Il n’est bien sûr pas question de traquer le moindre faux pas de nos dirigeants, de tomber dans une société de la suspicion généralisée, mais il n’y a aucune raison non plus de ne pas sanctionner ce qui doit l’être.

Daniel Cohn Bendit trouve minable le PS qui réclame la démission du Ministre pédophile. Peut être parce que c’est le Front National qui le premier a dénoncé la réalité des faits. Ainsi, la gauche devrait se taire. Etonnante attitude que celle de ce Vert qui refuse qu’on exploite la nature mais n’est pas choqué par le fait qu’un adulte exploite sexuellement un pauvre. Peut être qu’à ses yeux, le problème peut être réglé avec une éco taxe. En fait, ce qui se joue, une fois encore dans cette affaire, c’est la crédibilité de nos hommes politiques, dont le corporatisme est manifeste. On peut être amateur d'adolescent et Ministre, on peut être raciste et Ministre, on peut être un aboyeur d’insultes et être Président de la République, on peut être payé comme Ministre et habiter un HLM (Fadela Amarra), et le peuple (forcément populiste) devrait se taire, se sentir coupable de réclamer l’équité en matière de traitement judiciaire.

Tout ceci invite à une nuit du 4 Aout pour en finir au plus vite avec ce système qui méprise le peuple !

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