Brice Hortefeux a l'inconscient politique bavard

Nos hommes politiques sont irréprochables. On les savait responsables mais pas coupables, voici qu’ils sont en plus, désormais, intouchables.

Nos hommes politiques sont irréprochables. On les savait responsables mais pas coupables, voici qu’ils sont en plus, désormais, intouchables.

En période électorale, quand ils promettent quelque chose, il nous faut les croire sur parole. Entre deux élections, quand ils font l’inverse, c’est la faute, au contexte international. Et quand, comme Brice Hortefeux, il dérape, c’est que nous n’avons pas compris le sens de leur propos. En clair, ils sont parfaits, et nous sommes des idiots.

On se souvient du « casse-toi, pauvre con » de Nicolas Sarkozy. Un propos qui constitue, juridiquement, une insulte, qui plus est proférée en public. Pourtant, immunité présidentielle oblige, son altesse Nicolas 1 er, ne risque pas les foudres de la justice. Il est, comme tout monarque de droit divin, au dessus de ses contingences. Reprendre cette expression, même avec les guillemets et le nom de l’auteur, peut par contre vous conduire devant les tribunaux comme cela est arrivé à un habitant de Laval qui lors d’une visite présidentielle avait exhibé une pancarte reprenant le propos présidentiel.

Cette fois, Brice Hortefeux va plus loin. Il nous explique, malgré la preuve matérielle d’une vidéo prise par des journalistes de la chaine parlementaire, que nous sommes sourds. Son propos « humoristique » ne visait dit-il pas l’origine ethnique de son interlocuteur. Outre le fait que le ministre n’en soit pas à sa première blague de beauf, il veut nous faire croire qu’il ironisait sur les Auvergnats, parce qu’on le taquinerait de parler l’auvergnat, l’un des 4 dialectes de la langue occitane. Suivons le, un instant sur ce terrain.

Même dans ce cas, son propos est raciste. Pourquoi ? Parce qu’il vise à l’évidence une communauté, les occitans. En effet, l’occitan est, malgré l’éradication des « patois », toujours parler par deux à trois millions de français d’origine occitane. Considéré, qu’ « il en faut toujours un. Et que « quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes », c’est bien considérer qu’une catégorie de gens est par essence dangereuse dés lors qu’elle est en groupe. Or, en France, personne n’a jamais déploré qu’un groupement d’auvergnats – occitanophones ou pas – ait constitué pour quiconque un problème. Il nous faut donc convenir que ce propos parlait bien d’autres personnes, c'est-à-dire des maghrébins.

En fait, Brice Hortefeux à tout simplement l’inconscient politique bavard. Il dit tout haut, ce qu’il pense tout bas. Et il a bien tenu des propos à relents racistes qui vaudraient à n’importe quel citoyen de devoir en répondre devant les tribunaux. Le soutien du militant UMP concerné ne peut le dédouaner. Qu’il n’ait pas été personnellement blessé ne justifie pas le propos, n’exonère pas le ministre puisqu’il vise de fait une communauté dont l’essence serait de provoquer des problèmes dés lors qu’ « il y en a beaucoup ». Ou alors, il faut exonérer tous les beaufs qui ont aussi, pour se dédouaner, un contexte humoristique à faire valoir.

Venant d’un homme politique, le propos n’est pas anecdotique. Il relève aussi de la démarche politique. En effet, cet homme a été ministre de l’identité nationale et de l’immigration. Les deux liés montrent bien que l’identité dépend de la réponse apportée à un phénomène, l’immigration. On n’est pas loin de l’équation lepéniste, selon laquelle, X millions d'immigrés = X millions de chômeurs, dont l’électeur pouvait conclure qu’en renvoyant X millions d’immigrés, il y aurait X millions de chômeurs en moins, puisque les immigrés mangent le pain des français en occupant des emplois qui devraient « nous » revenir de droit du fait de notre nationalité. Prononcé devant des militants UMP, la tirade a aussi un usage politique interne. Elle résonne dans l’esprit du militant UMP. Là, où « il y en a beaucoup », il peut constater « qu’il y a des problèmes ». Et là, c’est dans les banlieues qui flambent régulièrement. Donc, il vaut mieux n’en avoir qu’un.

Par quelque bout qu’on le prenne, le propos n’a donc rien de neutre. Et le fait, éventuel, de vouloir blaguer, ne fait qu’entretenir les clichés, les a-prioris, qu’à les diffuser et les légitimer. Brice Hortefeux est donc pris, une nouvelle fois, en flagrand délit. La première fois, c’était un propos au sujet de Fadela Amera. Le ministre est donc en plus, un récidiviste à qui, selon Nicolas Sarkozy, il serait temps d’appliquer « la tolérance zéro ». Mais nous savons bien qu’au-delà de la polémique, les choses n’iront probablement pas devant la justice. Ou que celle-ci prononcera un non lieu. Ce qu’elle ne ferait jamais pour un simple citoyen.

L’impunité dont bénéficie nos élus indique l’existence d’une césure inacceptable entre nos élus et nous autres, simples citoyens.

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