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Billet de blog 24 mars 2009

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NPA : pour en finir avec la rumeur

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Par définition, on ignore qui lance la rumeur mais on sait au fil du temps qui la colporte et pourquoi. Publiée dans un journal, la rumeur se vend, alimente la chronique, provoque des réactions qui l’amplifient et la crédibilisent lui donnant l‘apparence d‘une vérité évidence qui devient ainsi objet d‘information. Le colporteur devient, par ce tour de passe-passe, créateur et commentateur de sa propre création, totalement invérifiable et incontestable puisque anonyme. C’est pourquoi, depuis plusieurs semaines, les médias répètent à satiété la rumeur du moment. Celle qui est de nature à agiter le microcosme politique et à discréditer une réalité. La montée en puissance du NPA face à un PS dérouté.

Ainsi, selon les journaux, Nicolas Sarkozy ferait tout pour faire grimper dans les sondages et aux prochaines élections, le Nouveau Parti Anticapitaliste d’Olivier Besancenot. Mercredi dernier, c’est le Canard Enchaîné qui s’y collait encore prêtant au Président les propos suivants: « il faut attiser le feu à gauche en valorisant Besancenot. Le PS aura tendance à s’aligner sur les positions de l’extrême gauche et passera ainsi pour archaïque ».

Présentée de cette manière, la rumeur prend des allures de révélations, voir de prophétie. La révélation, c’est la stratégie que développerait l’Elysée et son efficacité certaine. la prophétie, l’alignement quasi automatique du PS sur le NPA qui conduirait le premier à l’échec à cause du second. Il y a dans ces visions, une manipulation de l’opinion et une infantilisation du citoyen qui en disent long sur la volonté des politiques d’empêcher l’émergence d’un courant politique radical, susceptible de proposer d’autres alternatives que le partage alterné du pouvoir entre tenants du libre marché, plus ou moins régulé.

En effet, les propagandistes de cette rumeur font comme s’ils étaient dans le secret des dieux. Ils savent, affirment ils, ce que pense réellement Sarkozy, ce qu’il veut faire et par quels chemins y parvenir. Ils sont sûrs de l’attitude que va adopter le PS dont le partenaire idéologique le plus proche, et l’intérêt arithmétique, est pourtant le Modem. Attitude d’ailleurs confirmés lors des élections municipales ou PS et Modem ont fusionné. Ils connaissent la mécanique pavlovienne de l’électeur qui vote où on lui dit. Ce qui fait du vote la résultante de stimuli et non l’arbitrage complexe d’intérêts particuliers et collectifs, de réalités multiformes et d’anticipations raisonnées. Pour enfoncer le clou, certains expliquent, doctement, que Sarkozy tente avec Besancenot ce que Mitterrand à fait à la droite avec le Front National. Pour historique que soit la situation évoquée, leur démonstration repose sur les mêmes présupposés d’une automaticité. Ce qui occulte deux réalités. Le FN a prospéré sur un racisme latent enfin assumé et politiquement légitimé, et Sarkozy a raflé la mise en reprenant de manière édulcorée un certains nombres de ses thèmes et de ses slogans : « la France, on l’aime ou la quitte », politique migratoire renforcée, ministère de l’identité nationale, etc..

Mais le but des propagateurs n’est pas là. Il est d’instiller dans l’opinion l’idée d’une collusion objective entre des positions pourtant inconciliables, celles de l’UMP d’un coté, celle du NPA de l’autre. Ils réactivent ainsi un cliché, celui des « gauchistes Marcellin » du nom du Ministre de l’intérieur en 1968. Cliché agité à l’époque par le PCF qui ne pouvait admettre une contestation sur sa gauche. Et ils insinuent que les positions du NPA n’ont, en elles mêmes, aucune crédibilité. Elles n’existeraient que pour contraindre le PS à s’aligner sur elles, ce qui est très réducteur. Le jeu politique n’est pas qu’un jeu de chaises musicales et de positionnements. C’est aussi des réponses plus ou moins adaptées à des situations et des attentes.

Quoi qu’on pense du NPA, il rencontre un écho manifestement favorable dans la population. Un sondage BVA, paru dans la Tribune le 12 Mars dernier, plaçait son porte parole Olivier Besancenot parmi les personnalités les plus à même de régler les problèmes des français. Il obtenait 43% contre 33% pour Martine Aubry, 31% pour Bertrand Delanoé et 30% pour Ségolène Royal. Certes, il se trouvera des lecteurs pour objecter que le facteur de Neuilly a un capital personnel de sympathie qui ne repose pas entièrement sur les propositions économique du NPA. Et que son score ne présage en rien du score qu’obtiendra aux élections son parti, ce qui est bien certain. Mais si c’est vrai pour lui, c’est vrai aussi pour les autres. Par contre, on ne peut ignorer le fait que les sondés - 1059 personnes âgées de 18 à 64 ans (*) - lui reconnaissent une proximité de préoccupations.

Il y a au moins deux enseignements à en tirer. Tout d’abord, il est proche parce qu’il vit comme ceux dont-il parle. Olivier Besancenot est en effet un salarié confronté aux réalités économiques auquel chacun peut s‘identifier. Ses contradicteurs sont au contraire des professionnels de la politique qui tirent, exclusivement et depuis des décennies, leurs revenus de cette activité. Leur proximité avec les salariés est au mieux idéologique, au pire, purement théorique. Ce qui dans la situation de crise économique profonde fait une vraie différence de nature. Aucun d’eux ne risquent le chômage, la paupérisation, les fins de mois difficiles. Ils sont tous permanents ou élus, payés bien au-delà du SMIC, décemment logés, humainement considérés. Ensuite, les évènements lui donnent raison. Hier, les caisses étaient vides, et pourtant, l’Etat, qui selon Lionel Jospin ne peut pas tout, a trouvé des milliards pour secourir les banques et les entreprises alors qu’ils peinent à trouver de l’argent pour augmenter les bas salaires et pour sécuriser l’emploi. Et dans les Antilles, la grève générale a porté ses fruits. Pourtant, là bas comme ici, les autorités disaient que rien n’était possible, et sûrement pas une augmentation des salaires de 200 euros. Les sondés ne sont ni aveugles ni idiots. Beaucoup de ceux qui ont d’ailleurs manifesté le 19 Mars dernier s’étonne de ce que les syndicats multiplient, sans objectifs chiffrés, les journées isolées qui ne font que désespérés Billancourt et discrédité les organisations. Il y a donc bien, provisoirement ?, une radicalisation qui profite notamment au NPA et dont on verra si elle se traduit ou non électoralement.

La rumeur est donc bien une manœuvre qui ne peut réussir qu’avec la duplicité de ceux qui s’en servent.

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(*) la critique faite à ce sondage par Marianne est que Besancenot est perçu comme une marque. Et qu’en excluant les plus de 64 ans, le résultat s’en trouve faussé. Il faut donc conclure que les jeunes sont des gauchistes et les vieux des réacs ou des réformistes. Pour l’avenir, il parait pourtant plus lucide de faire confiance aux jeunes qu’aux vieux.

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