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Billet de blog 27 mars 2009

C'est d'égalité dont on a besoin et pas de morale.

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Stocks options, parachutes dorés, prime de bienvenue, jetons de présence… On ne compte plus les moyens détournés par lesquels les grands patrons arrondissent leur fin de mois. Au-delà de l’indignation, ces pratiques posent une question. Combien vaut un homme et pourquoi certains valent mille fois plus que d’autres ?

Inadmissible, intolérable, inacceptable, indécent. On va bientôt manquer de qualificatifs pour parler de l’argent qui coule à flots dans la poche des dirigeants. Tous ont cependant un défaut. Ils relèvent du registre morale, comme si la morale avait à voir avec la répartition de la plus value générée par la production et la financiarisation du capitalisme. La répartition dépend en fait, chacun le sens bien, du rapport de force établi entre les différentes parties candidates à la répartition. Et du fait de la crise, qui n’a pas commencé hier - elle dure depuis déjà plus de 30 ans et s’est uniquement amplifiée et modifiée ces derniers mois - le rapport de force n’est pas en faveur des salariés.

Le chômage est, en effet, sur eux une épée de Damoclès, la mondialisation, un outil de pression dont la paupérisation et les délocalisations sont les formes les plus critiques, la précarisation généralisée une muselière contre la contestation. Toutes choses qui expliquent en partie la relative inertie des salariés devant la dégradation de leurs conditions de vie. 3 millions de manifestants dans les rues le 19 Mars dernier, c’est moins que le nombre de chômeurs, toutes catégories confondues, recensés au Pôle Emploi. Ils sont officiellement 3 millions 800 mille. A quoi, en toute logique, il faut ajouter les millions de temps partiels puisque avec un SMIC à mi temps, soit moins de 600 euros, personne ne peut réellement vivre. La marge de progression des syndicats est donc encore conséquente. Ce ne sont donc pas les chiffres des manifestants qu’il faut artificiellement gonflé au soir de chaque journée revendicative, c’est le nombre réel de participants et la radicalité de la mobilisation. Dans plusieurs entreprises, les salariés ont commencé à séquestrer leur patron, d’autres occupent les sites. A la violence symbolique d’une entreprise qu’on déménage, ils opposent une « violence » légitime qui exprime un vrai ras le bol et indique que la négociation syndicale touche à ses limites. En effet, tous ont besoin d’emploi pour vivre et personne ne veut monter dans la charrette ANPE ou imaginer des formations vers d’improbables emplois du futur prévus dans les plans sociaux. Ce qui nous ramène à la question de l’argent roi.

En effet, quand on fait le bilan économique d’une entreprise, on ne parle jamais du salaire des dirigeants lesquels licencient pourtant, disent ils, pour alléger les charges et gagner en efficacité économique, en rentabilité. Par un étonnant tour de passe passe, ils réussissent à nous faire croire que leur salaire, leurs stocks options, leur parachute dorée, leurs jetons de présence ne sont pas une charge pour l’entreprise. Pourtant, le parachute doré de 3,26 millions d’euros du PDG de Valéo, Thierry Morin, « équivaut à 700 années de salaire d’un smicard ou à 700 emplois sur un an » expliquait à la télévision un représentant syndical. Cet homme vaut donc 700 fois plus que n’importe lequel de ses salariés. Certes, on objectera qu’il a des responsabilités, des contraintes, des obligations mais il n’est pas le seul. Celles du salarié sont, pour l’automobiliste que je suis, bien plus importantes. Si par exemple, par manque de conscience professionnelle, un salarié fabrique des pièces auto défaillantes, c’est ma sécurité et ma vie d’automobiliste qui sont peut-être en jeu. Tout au long de la chaîne de fabrication et de contrôle, la responsabilité de chaque salarié est donc formellement engagée mais comme il est un exécutant, le système en fait un simple instrument, une variable d’ajustement. C’est pourquoi, quand l’entreprise marche mal, c’est lui qu’on remercie tandis que le dirigeant garde son emploi. C’est pourquoi aussi, du point de vue du système, il vaut 700 fois moins.

Pourtant, rien ne sépare vraiment les deux hommes dont on a besoin des talents. Tout deux ont besoin de manger, se loger, se vêtir, se distraire, s’éduquer, se déplacer, élever leurs enfants, partir en vacances, etc. Mais tandis que le premier habite une HLM, s’habille au moment des soldes, se divertit et s’éduque principalement en regardant la télévision et se déplace en Twingo, l’autre réside dans un pavillon dans un quartier résidentiel, s’habille chez Smalto, voyage en classe affaire ou en Velsatise, envoie ses enfants dans les grandes écoles aux Etats-Unis, skie à Megève, fréquente l’opéra, le théâtre, les musées, etc. Bref, ils habitent des planètes différentes, appartiennent à des classes sociales dont les intérêts sont divergents. Leur situation résulte bien en effet du partage de la plus value. Le premier est du coup souvent dans l’embarras et l’indigence, l’autre toujours dans le choix et l’abondance.

Les discours moralisateurs actuels ne sont donc d’aucune utilité. Le décret de moralisation dont parle Nicolas Sarkozy ne devrait d’ailleurs concerné que très peu de dirigeants. Ceux dont l’entreprise a reçu de l’argent de l’État. Soit, d’après Laurent Joffrin, interrogé sur France info, « 7 PDG dont les deux dirigeants de l’industrie automobile ». les autres vont donc continuer à se gaver, sans que la morale s’en trouve perturbée. Il s’agit donc bien d’une mesure homéopathique destiné à calmer le bon peuple et à détourner son attention des vraies solutions.

En effet, si on répond qu’aucun homme ne vaut 700 fois un autre, on remet ce monde qui marche sur la tête à l’endroit et on se pose la question d’une juste rémunération pour chacun. Autrement dit, quelle hiérarchie des salaires sommes nous prêts à accepter pour rétribuer le talent de chacun. Si on répond, par exemple, un rapport de un à 100, le PDG ne sera toujours pas pauvre. Par contre, les 600 ainsi dégagés permettront d’amoindrir l’écart entre la base et le sommet. De plus, si le PDG est un salarié comme les autres - ce que nous disent les multinationales dont les vrais propriétaires sont les actionnaires - il faut convenir qu’une fois son salaire perçu, il a perçu son dû. Ou à l’inverse, pour traiter à égalité les salariés entre eux, convenir qu’en plus de leur salaire, les ouvriers, employés, agents de maîtrise, cadres, touchent eux aussi des royalties et des parachutes dorées le jour où l’entreprise connaît des difficultés et se séparent d’eux.

Toute chose évidemment impensable dans ce système qui fait de l’inégalité de traitement la pierre angulaire de son fonctionnement.

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