Loi sur le travail: « Moi salarié… »

Loi sur le travail, voici un cas d'école: Aujourd'hui, Licencier sans raison sérieuse un cadre de multinationale - 13 ans d'ancienneté - ça ne coûte que 30K€ (indemnités légales) - Dehors en 1 mois - Et à ce jour 4 ans après cela ne coûte pas plus pour l'entreprise. Malgré une condamnation prud’hommes. Le droit du travail nous protège déjà peu. #LoiTravail #loitravailnonmerci


« Moi salarié… »

Fatigué d’entendre les médias dire que cette réforme est incontournable. Inévitable. 
Qu’ailleurs, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre,  les conditions sont bien plus dures. 

Moi, salariéJ’aimerais pouvoir briser l’indifférence. Celle des gens qui ont un boulot et qui 
sans doutes ne se sentent pas vraiment concernés.

Car cette réforme concerne SURTOUT ceux qui ont un boulot !
Il s’agit d’un pas de plus vers la précarisation des classes moyennes. 

Moi salarié, je me dis peut être : Ça va, je suis « méritant », je suis donc protégé. 
Mais être méritant ne vous protègera pas! La « méritocratie » est un leurre, elle a été un outil
qui est parvenu à instaurer l’individualisation des comportements.

Je voudrais utiliser mon cas personnel comme exemple pratique de ce que sera la vie des 
français après que cette loi soit votée: J’ai été un employé plutôt méritant (par exemple j’ai
 2 brevets à mon actifs) pendant 13 ans d’une multinationale reconnue, en l’occurrence 
Gemalto, et j’ai été licencié brutalement sans raison sérieuse.

Jugez-en par vous-même: 

En poste comme ingénieur d’affaire, Gemalto a choisi de me licencier pour « insuffisance 
professionnelle »
 au moment même où je réalisais 198% de mes objectifs. 
C'est dire s'ils prennent la peine de fournir une justification.

Ce cas est symbolique puisque chez les commerciaux il s’agit d’objectifs chiffrésqui
laisse
nt donc peu de place au subjectif, ce qui est plutôt le cas en règle générale.

Arbitraire? Oui, la cours des prud’hommes ne s’y est pas trompée.
Avec cette loi, ce sera bien pire.

La logique d’une multinationale est assez simple: Elle a les moyens.
Et donc le cout d’un licenciement est « budgété ». Par exemple 2 ans de salaire lorsqu’ils 
sont certains de perdre
 en justice. Et même dans ce cas, par la suite, le jeu est de faire en 
sorte que ça soit le moins cher possible, le plus tard possible. 

Pour eux c’est un jeu, pour toi… c’est ta vie.

Dans mon cas: Licencié décembre 20124 ans plus tard l’affaire n’est toujours pas réglée 
(on attend toujours une date d’audience en appel)
, pas plus que le montant de la 
condamnation (50K€).

J’ai bien gagné aux prud’hommes, mais j’ai perdu dans les faits : Je n’ai rien touché dautre
que les indemnités légales (30K€)
tandis quen l’espace d’un mois j’ai dû faire face à un
changement de vie que je 
n’avais pas décidé.

Aujourd’hui ce qui est proposé par cette loi, c’est une « assurance licenciement » 
pour les entreprises. Elles n’en ont pas besoin! 

Pour mon cas cette loi aurait divisé le cout du licenciement par 2. 
Le code du travail n’est pas « trop lourd », c’est une protection pour les salariés. 
Cette réforme ne concerne pas les chômeurs. Elle concerne les travailleurs.

A l’heure actuelle le rapport de force est déjà en largement en défaveur du salarié: 
L’employeur eu plusieurs mois pour préparer un dossier de licenciement assisté par un 
avocat et les RH: 
Tu es pris par surprise et n’a que quelques jours pour réagir et rassembler
quelques pièces 
si tu ne cèdes pas à la panique
Les prud’hommes sont souvent une routine pour eux, avec des avocats dédiés qui font cela
 à longueur d’année : 
Tu découvres tout pour la première fois et fait beaucoup d’erreurs
- Du jour au lendemain tu te retrouves seul, tes ex-collègues ne t’aideront pasils se trouveront 
de bonnes excuses pour ne 
pas se mouiller (...un mélage d'indifférence et de peur)

Il n’y a aucun besoin de sur-protéger les entreprises.
Le but premier de la république est-il la bonne santé des entreprises? 
Et puis, pourquoi attribue-t-on autant de vertus à l’entreprise? 
Ceux qui ont déjà travaillé savent que ce dont on parle, c’est de dictatures en miniatures!
Par exemple dans mon cas Il a suffi de 2 managers suffisamment influents pour que je sois
licencié sans pouvoir me défendre.
 Ce n’est pas une exception.

A ce stade de votre lecture, vous vous dites peut être que mon cas doit être un cas particulier.
Je vous réponds : méfiez-vous de votre indifférence
Le prochain « cas particulier », ça peut être vous. 

« Mon ennemi, c’est la multinationale »

Le véritable problème : Ce qui est proposé dans cette réforme du code du travail met dans
le même panier les entreprises multinationales, celles qui délocalisent, et les petites 
entreprises, celles qui n’ont pas les moyens de jouer sur la concurrence des salaires et des
niveaux de vie.

Nos véritables ennemis, ce sont les multinationales, celles qui ne jouent pas le jeu, 
et les seules qui tirent vraiment bénéfice de la mondialisation. 

Peut être effectivement que certaines de ces dispositions proposées sont justifiées et utiles 
pour les PME : 
En effet ce sont elles qui ont besoin de pouvoir embaucher sans avoir peur
de licencier. Parce que leur survie peut dépendre de quelques commandes perdues. 

Ce n’est pas le cas pour une multinationale. Et puisque l’on parle de différencier le code du
travail, des règles différentes devraient être proposé
es pour les sociétés multinationales.

Les multinationales ont acquis un pouvoir démesuré. On a même parfois l’impression 
qu’elles sont les véritables employeurs de nos gouvernants. 

D’ailleurs, vu sous cet angle on pourrait comprendre leurs contorsions tragiques en 
exécutant presque « malgré eux » un projet complètement contraire à leur valeurs.

Nous autres salariés, on connait bien ce genre de frustration en entreprise: peut être 
faudrait
-il éprouver quelque compassion pour nos gouvernants en définitive? Langue tirée 


Warren Buffet a raison:  « Il y a bien une lutte des classes, 
et c'est ma classe, 
celle des riches, qui l’a gagnée » 

Les multinationales sont déjà au-dessus des lois “nationales”.
Elles n’ont déjà pas vraiment besoin de se justifier pour licencier. 
Et elles peuvent organiser leur non-imposabilité à leur guise. 
Elles n’ont plus le moindre contre-pouvoir.

J’ai pu expérimenter la faiblesse des syndicats dans ce rapport de force. 
On connait : Le chantage à la délocalisation, chantage au niveau de vie. 
Le rapport de force est vertigineusement déséquilibré. 

Est il infondé de dire que les multinationales exercent une dictature silencieuse?
Quelque soit l'issue en justice, le licencié est "marqué": une présomption le suivra
devant tout RH.


Signer une pétition sur internet, c’est bien confortable. 
Ce coup-ci il faudrait vraiment qu’on descende dans la rue : 
voyez comme ils se moquent de nous!
  
Il faut à minima leur montrer qu’on n’est pas dupe.

Le code du travail est un bien fragile bouclierLe défendre c’est nous défendre.

C’est nous qui avons besoin d’être protégés, pas les multinationales.
Nos gouvernants sont un peu nos salariés non? 
Ils devraient travailler pour nous de temps en temps.

 

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