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Billet de blog 20 mars 2013

Histoire de la Théologie de la Libération

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Un pape Argentin a plusieurs avantage pour le Vatican. D'abord, on note que 60% de la population Argentine est  d'origine italienne : ça rassure les Romains, qui en ont marre d'avoir un "pape étranger". Et puis, en plein milieu d'un procés monstre sur les années de plomb, ça permettera peut être de blanchir le rôle du clergé Argentin pendant la dictature. Le vatican craint probablement que ce genre de procés soit reconduit au Chili, au Brésil, au Pérou .... jusqu'au Nicaragua ! Dès  lors, la volonté du nouveau Vicaire du Christ de vouloir "batir une église pour les pauvres" et "non-politique" pue l'arnaque à plein nez . Il n'y a pas qu'en France où les promesses de changement d'un François virent au flan ...

Pour illustrer le fiasco que le Pape François s'apprête à couvrir, voici le début dune brève rétrospective sur la théologie de la Libération, qui fut une véritable Evangile pour les pauvre qui ligua contre elle l'hystérie anti-communiste des papes Jean-Paul II et Benoît XVI. Le bilan de cette croisade est bien lourd au Brésil : entre le début du pontificat de Jean-Paul II et la démission de Benoît XVI, le Brésil a perdu le quart de ses fidèles au profit des pentecôtistes-évangélistes.

Naissance de la Théologie de la Libération

 L'histoire de la théologie de la Libération commence dans les années 60 en Amérique du Sud, peu avant la succession de coups d’États qui allait établir les dictatures militaires au pouvoir dans à peu près chaque État du continent.

Au début des années 60, un certains nombre d'acteurs des sociétés civiles latino-américaines vont s'indigner de la situation sociale de leurs pays, marquée par la misère, l’illettrisme et son corollaire : la marginalisation de millions d'individus. Ce front naissant composé de laïcs et de membres de la hiérarchie catholique va accoucher d'une doctrine résolument proche des préoccupations sociales des gauches latino-américaines. C'est la fameuse « option pour les pauvres », véritable leitmotiv de la théologie de la Libération.

Dans le même temps, le Concile de Vatican II (1962-1965), entamé sous le pontificat de Jean XXIII, se conclut par la définition de la doctrine de l’œcuménisme comme le nouveau credo de l'action du catholicisme dans le monde. Cette ouverture assez inattendue de la part du Vatican va être accentuée par l'encyclique Populorum progressio de mars 1967. Ces textes, véritables cautions de la part de Rome pour l'établissement d'un clergé œcuménique et progressiste en Amérique Latine, vont provoquer un nouvel élan missionnaire au sein du clergé sud-américain, se sentant habilité à développer un nouveau courant progressiste au sein des Églises sud-américaines, elles-mêmes historiquement très conservatrices et bien peu sociales. Mais la théologie de la Libération n'est encore qu'un projet à ce stade.

A la fin de l'été 1968, le pape Paul VI inaugurer la seconde conférence générale de l'épiscopat latino-américain. A cette occasion, le théologien péruvien Gustavo Gutiérrez présente un rapport sur la « théologie du développement » motivé par le soucis de lutter contre « l’impérialisme international de l'argent » et la nécessité d'une transformation sociale radicale . Le ton est donné. C'est l'acte de naissance de la théologie de la Libération qui n'est rien de moins qu'une lecture radicale de l’Évangile par la mobilisation de quelques concepts liminaires hérités de l'analyse marxiste de la société ( le peuple comme artisan de son histoire, l'existence de la lutte des classes, les modes de fonctionnement de l'idéologie dominante.).

Cette façon militante d'apporter la parole de l’Évangile va provoquer un véritable appel d'air en Amérique Latine, particulièrement au Brésil. Alors que la dictature (1964-1985) s'installe, les pastorales dans les favelas et autres grands lieux de la misère vont se multiplier. La campagne d’Évangélisation des damnés de la terre, à grands coups de discours surprenants dans la bouche des curés, va mettre les franges réactionnaires du pays en alerte:

«  Juché sur une voiture sonorisée, il disait : «  Prions le Seigneur pour qu'il y ait une meilleure répartition de revenus dans le pays » et la foule répondait : « Seigneur, écoutez notre prière » puis : « Pour qu'il y ait une augmentation des offres d'emploi en Pernambouc ; pour les 15 000 mineurs abandonnés en Pernambouc et qui végètent dans nos rues. Pour les familles d'Olinda et Recife ; […] pour que nos dirigeants prennent rapidement des mesures pour venir en aide aux sinistrés d'Olinda et Recife dont les maisons détruites par la dernière crue du Beberibe. » A la suite de toutes ces demandes, la foule répondait : « Seigneur, écoutez notre prière ».

Journal do Brasil, «  Procissão no Recife reune cerca de 80 000 pessoas lideradas por Dom Helder Camara », 17 juillet 1980

Il faut bien saisir qu'à rebours de ce que laisse suggérer cet exemple, la théologie de la Libération n'est pas marxiste au sens commun du terme. C'est une Évangile pour les pauvres. Son objectif n'est pas l'établissement de régimes communistes en Amérique du Sud. Toutefois, elle reconnaît que l'analyse marxiste est la plus pertinente pour éclairer les rapports de domination qui structurent une société. Mais en pleine Guerre Froide, la proximité des acteurs de la théologie de la Libération avec les gauches latino-américaines va entretenir le mythe de « l'infiltration marxiste » en son sein. Cette contagion, si facilement entretenue par les courants réactionnaires, va inspirer une réplique restée célèbre dans la bouche de l'archevêque de Recife, dom Hélder Câmara  qui déclare : «  Quand je donne à manger aux pauvres ; on dit que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste. »

Aussi, nous ne nions pas qu'il y ait eu d'une façon ou d'une autre quelques transfuges communistes au sein de la Théologie de la Libération. Après tout, pourquoi pas ? Au regard des crimes de l'Inquisition, de la position trouble de l’Église durant la Seconde Guerre mondiale jusqu'aux scandales qu'a suscité l’Église catholique ces dernières années, tout cela apparaît pour le moins bénin. Mais nous nions résolument l'ampleur de ces « infiltrations marxistes » et souhaitons rendre compte de la démesure des réactions que la rumeur a suscité.

 La suite ici : http://www.brasilpassion.com/theologie-de-la-liberation.html

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