Les couleurs basques,
par Alexandre Minda aux Éditions Complicités
Le titre, l’illustration de couverture et la citation de Michel Pastoureau, en exergue de l’ouvrage, disent bien quel degré d’attention élevée l’auteur porte sur l’infini des qualités de la lumière du pays qu’il admire. Ce pays dont il cite discrètement le nom, c’est Euzkadi. Qu’on le crie ou qu’on l’écrive, l’irrintzina personnel ne tarit ici ni d’éloges ni d’élans affectifs.
Lorsque surgit « L’improvisateur du Pays basque », dans la première nouvelle du recueil qui en compte six, Alexandre Minda suggère au lecteur qu’un imbroglio se prépare. Ce dernier pourra-t-il imaginer une suite ?
Il apprendra que cet improvisateur doit relever un défi : celui de faire accroire à l’assistance une « nouvelle réalité inventée dans l’instant. » Ce périlleux exercice ouvre une réflexion sur la nature de l’improvisation où la crédibilité forme le critère.
Dès les premières pages, l’auteur se révèle en épigone — presque « inconditionnel » — de la culture basque. Et cela toutes sources confondues, que celles-ci soient littéraires, lyriques, légendaires ou gastronomiques. Tour à tour ludiques, poétiques ou réalistes, ses textes tourbillonnants étonnent et séduisent par leur verve, leur humour et l’acuité du regard qui les fait naître.
Dans la nouvelle qui suit, intitulée « Quelque chose de neuf », Alexandre Minda déploie sous nos yeux une spirituelle subtile et amusante variation sur le neuf, adjectif et substantif.
Minda écrivain trempe sa plume dans les eaux du golfe de Gascogne et en retire d’inattendus poissons d’avril voisinant, dans des filets pleins à craquer, avec une généreuse cotriade de lyrisme, de poésie et d’humour.
Au détour de chaque copieux chapitre, là où l’on pressent le gag, où l’on frise le fantastique, des couleurs — encore elles ! — nous font remonter à l’enfance, tractés puis émerveillés que nous sommes par la connivence de la mémoire et de l’imaginaire d’un jeune esprit en blouse d’écolier, blouse qu’à revêtue poétiquement l’auteur pour l’occasion.
Dans cet ouvrage paru aux Éditions Complicités, la fable et le fabuleux s’entrelacent, explorent leur différence incertaine, pour composer six récits denses, dont les personnages semblent tous animés de la volonté d’installer un nouvel ordre, un double du réel qui, sans eux et surtout sans l’art de l’auteur, manquerait singulièrement de piment, soit dit sans jeu de mot ni taquinerie à l’égard des Ezpeletars que n’oublie pas Alexandre Minda.
Pierre-Jean Brassac
Les couleurs basques, Alexandre Minda, Éditions Complicités, 148 pages, 16 €