VIENS ! par Serge Marignan

Conquête et reconquête

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VIENS !

Serge Marignan, Le lys bleu éditions

 

 

Cette histoire de Julien et Michèle est celle d’une conquête, d’une folle passion amoureuse et d’une tentative de re-conquête. La quête lyrique du personnage masculin principal s’articule en deux volets enchevêtrés : un Journal d’adolescence :1972-1977 et un Journal contemporain en 2017 et 2018.

L’histoire d’amour que l’on voit tourner court, pourrait reprendre quarante ans plus tard grâce à l’écriture d’un roman en chantier. De flash back en flash forward le roman progresse depuis le passé mis en abîme de cette ‘Love story’ à la française, bien écrite et habilement composée.

Cette romance intimiste égrène les étapes classiques d’une relation amoureuse en devenir, avec juste ce qu’il faut de personnages. Ce pourrait être pour certains lecteurs, son côté presque documentaire. Après les Beatles et leur Michelle, Jean-Jacques Rousseau passe par là avec, sous le bras, ses Confessions qui inspirent aussi Julien, sinon Marignan lui-même, tant l’auteur, le narrateur et le personnage principal paraissent s’entremêler. On le dit poète il se dit d’abord amoureux.

Et puis, il y a les parents de Michèle la Volubile : le père, notamment, qui ne rit pas souvent ou qui est censé respecter « un quota bien précis de rires ».

Tour à tour pie, pimbêche, perruche, grenouille ou crevette, Michèle n’est, au tour début, qu’une pisseuse de 15 ans, pour le narrateur. Ce Julien ne s’encombre guère de caractérisations subtiles. Son magasin de petits noms est à l’enseigne du  Bestiaire. Pour ce qui est de la psychologie de sa petite amie, le narrateur se montre plus profond. Si analyse il y a, c’est celle de l’action, moins de l’introspection.

L’auteur cultive le goût des parallèles filmiques. La curiosité des lecteurs voyeurs le gêne. Pourtant, il leur montre beaucoup. Explicites, certaines scènes érotiques jouent aux confins du X. On ne saurait les qualifier de pornographiques, simplement parce que le préfixe grec porno désigne la laideur et que rien dans le texte de Serge Marignan n’est laid, bien au contraire. Tout y est beau et lumineux, dans un décor méridional.

Malheur ! Voilà que Julien entre en conflit avec les parents de Michèle. Les nuages s’amoncellent sombres et menaçants dans le ciel de lit des deux amoureux. Les reproches pleuvent. Il l’agace, elle le lui avoue. Ce verbe-grenade fait exploser la relation. Pour elle, il manque de courage. Pour lui, elle est une petite pute.

C’en est fini de cette prometteuse Love Story ! Complètement fini ? Pas tout à fait. Comme nous l’apprend le journal que tient Julien, quarante ans plus tard, journal qui donne toute sa saveur au roman et offre une démonstration réussie du talent littéraire de l’auteur.

On taira bien entendu les exquises inquiétudes auxquelles le lecteur sera en proie, quand il suivra Julien à pas heurtés sur le hasardeux chemin de son choix. Conquête et reconquête sont les deux volets de ce livre habilement articulé. On le verra, les choses ne sont pas si simples. L’amour tire les ficelles ; l’humain les embrouille. L’auteur coordonne l’un et l’autre avec entrain et une belle maîtrise.

Pierre-Jean Brassac

 

Viens !, Serge Marignan, Editions Le Lys Bleu, 200 pages, 17,60.

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