VERS LA BEAUTÉ, TOUJOURS !

Pascal Dessaint ‘à sauts et à gambades’.

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De Pascal Dessaint, nous savons qu’il est un auteur de romans noirs, récompensé par plusieurs prix, dont le Grand Prix de la Littérature policière pour Du bruit sous le silence.

Avec près d’une trentaine d’ouvrages à son actif, il nous convie maintenant à le suivre Vers la beauté, toujours ! Avec la question de Henry David Thoreau en exergue du livre, le lecteur de ce texte bienfaisant et bienveillant n’a aucune peine à se localiser : il est entre de bonnes mains, en pleine nature sur les chemins du monde. « Où est le peuple qui commencerait par brûler les clôtures et ne toucherait pas aux forêts ? »

Fort des expériences personnelles dont il nous fait le récit, Pascal Dessaint nous l’affirme : « Rien de tel que les immensités pour se remettre à sa juste place. » En sa compagnie, nous redevenons ce que nous sommes : une partie du tout.

Ce texte littéraire et amical se déroule de chapitre en chapitre comme une plaisante ‘philosophie de poche’ pour marcheur. Son auteur se dispense, à raison, de citer par exemple Spinoza ou Rousseau. Il n’a, ici, nul besoin de ces penseurs pour étayer ses propos sur la Nature où il nous tarde parfois de retrouver notre place originelle. Dessaint oriente volontiers nos pas et nos lectures vers ses pairs et leur écriture, vers le Désert solitaire d’Edward Abbey ou le Nebraska de Dalva, avec Jim Harrison. Ce qui ne nous empêche pas de le suivre souvent, par les sentiers de Savoie ou du Nord, et surtout des Pyrénées. Et en tous lieux, la grande probabilité de S’y retrouver dans les étoiles, grâce au livre de Marc de Gouvenain, son ami de chemin.

C’est avec le sourire aux lèvres que nous emboîtons le pas à Pascal Dessaint quand il décide de partir tutoyer les Trois Seigneurs ou le Mont Valier en famille. En chemin, sa conversation plaisante et instructive nous rappelle la compagnie d’un Aldo Léopold français qui s’extasie, et nous avec lui, sur la beauté d’un azuré ou d’un merle de roche. Instant magique : un circaète Jean-le-Blanc tenant dans son bec un serpent !

Notre homme sait qu’il sera « toujours plus contemplatif que sportif ». Hédoniste aussi, à ce qu’il semble. Sans parler des pique-niques qu’il partage tantôt avec sa compagne et son fils Félix, tantôt avec un compagnon de randonnée — pauses glorifiées d’un morgon ou d’un vin d’Anjou mirobolant.

Écrit dans une langue souple et allègre, ce livre nous égaye par sa diversité de tons, d’images et de propos. Margoulette et boustifaille sont des mots que l’on croyait perdus, égarés dans le grenier de quelque académie. Et puis non : ils vivent encore, usités qu’ils sont ici à juste escient par l’auteur.

Il nous dispense de sages conseils sur L’art de faire son sac. Des conseils utiles et judicieux, qui viennent d’un homme du terrain, que l’on voit ramasser « les détritus qui ne sont pas les [siens]». Et quand il ajoute « Je ne me sens pas idiot. La planète est ma maison », la sympathie à son égard grimpe jusqu’en haut de notre échelle de lecteur. Le monde des oiseaux lui inspire admiration et réflexions… D’où sa charmante autoanalyse ornithologique quand il avoue ne pas poursuivre le quantitatif : « C’est, dit-il, mon côté colibri, » rappelant que, dans l’un de ses romans, il fait dire à un personnage : « C’est peut-être une goutte d’eau dans l’océan, mais enlève toutes les gouttes de l’océan, et il n’y a plus d’océan ! »

Certes, marcheur, il l’est assurément. Mais pas adhérent pour autant à tous les groupes de marcheurs… Si nous voyons ce qu’il veut dire, stigmatisant la récupération facile des vocables par une quelconque novlangue.

Pascal Dessaint nous livre en passant son bilan anticipé d’homme et d’auteur : il aura « écrit deux ou trois livres qui tiennent bien la route ». Cet homme est un modeste et un enthousiaste. Il ne nous lâche pas… Il nous tient jusqu’à la fin parmi ses bergeronnettes, ses oursons, au plus profond de ses hêtraies. Pour preuve, la toute dernière phrase de cet ouvrage réconfortant : Marchons ! Vers la beauté, toujours !

 

Pierre-Jean Brassac

Pascal Dessaint, Vers la beauté, toujours ! Collection Marcher avec, Éd. Salamandre, 135 p., 19 €

 

 

 

 

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