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Billet de blog 22 janv. 2019

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Mon discours à Paris le 22 janvier 2019 pour le Printemps de la Psychiatrie

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« Les graines du Rouvray fleurissent à Pinel en un champs d’espoir » pouvait-on lire affiché au campement des Pinel en lutte, à l’appel de qui nous nous retrouvons tous ensemble ici aujourd’hui. Le printemps de la psychiatrie commence en une convergence des luttes qui ont émaillé l’année 2018. Tous les collectifs mobilisés l’an dernier ont répondu présent à cet appel, en se manifestant aujourd’hui.

Les luttes locales pour les moyens de la psychiatrie furent dures et éprouvantes tant l’indifférence des autorités aux appels des soignants fut violente. Ce fut le cas d’abord au Rouvray, où la grève de la faim dut se prolonger pendant 18 jours, puis, dans la foulée, au Havre où les Perchés restèrent sur le toit des urgences en plein cagnard pendant plus de 2 semaines, puis encore à Amiens où les Pinel en lutte campèrent à l’entrée de l’hôpital pendant plus de 3 mois, jusqu’à ce que le froid de l’hiver commence à s’installer !

Mais elles ont remporté une victoire décisive. Celle d’avoir montré au grand jour la réalité de l’état désastreux dans lequel se trouve la psychiatrie aujourd’hui en France. Car, en recréant des espaces collectifs dans les hôpitaux, les soignants ont partagé une parole enfin libérée, et créé ainsi des réseaux de solidarité dépassant les frontières de l’hôpital et de la profession. Ils ont réussi à remettre la question de la folie au cœur de la société en sensibilisant l’opinion publique.

Depuis lors, la société française est soudainement entrée dans une situation de révolte populaire d’une ampleur tout à fait inédite, dont le soutien, largement majoritaire dans l’opinion, se maintient dans la durée. En face, et à contre-sens de l’histoire, le pouvoir se débine et tente froidement d’éteindre le mouvement par un déchaînement de violences policières.

Beaucoup ont suspecté un moteur d’extrême-droite dans les débuts du mouvement des gilets jaune. J’avoue que, moi-même, je m’en méfiais un peu. Mais les premières revendications, rendues publiques à peine 2 semaines après le lancement du mouvement sur le thème de la taxe carbone, firent apparaître 40 mesures concrètes de justice sociale à prendre en priorité. Dont celle-ci : « des moyens conséquents apportés à la psychiatrie ». A n’en pas douter, le peuple s’est emparé de la cause !

D’ailleurs, certains ont pu s’étonner que cette revendication ne soit pas élargie à l’hôpital dans son ensemble. Et, en effet, nul n’ignore aujourd’hui dans quel piteux état les politiques néolibérales de casse généralisée du service public l’ont laissé, notre hôpital dont nous fument si fiers. Aujourd’hui en France, à l’hôpital, ce lieu précieux où l’on devrait porter soin à la vie humaine en toute circonstance, l’austérité tue les patients comme les soignants ! Comment ne pas s’en indigner ?

La psychiatrie hospitalière est à l’agonie et le constat est alarmant : sous-effectifs soignants massifs, fuite des médecins, recours inconsidéré aux mesures coercitives, violence, tyrannie du chiffre, manque de places d’accueil et j’en passe. Progressivement privée de ses structures extra-hospitalières de secteur, elle finit par ne répondre qu’aux états de crise à l’intérieur des murs de l’hôpital et n’est même plus en mesure d’attendre leur résolution complète pour faire sortir les patients qui les subissent.

Mais la psychiatrie ne se réduit pas plus à l’hôpital qu’à la médecine. Son champ est bien plus large, il recouvre celui de la folie et c’est en cela qu’il nous concerne tous, et à plus forte raison dans une société où règne la tyrannie de la norme et de l’individualisme compétitif ! Certains prétendus experts, le plus souvent issus de la filière universitaire, voudraient pourtant nous faire croire que l’être humain est réductible à son cerveau et ses souffrances, à des désordres de neurotransmission. Reléguant ainsi aux vieux débris la clinique du sujet et la thérapie par la parole. Ils vantent à tout va les mérites des médicaments psychotropes, souvent présentés aux patients comme seul remède. Mais personne n’est dupe de leur collusion scandaleuse avec l’industrie pharmaceutique ! Ou alors, ils font l’éloge des programmes de retour à l’emploi avec l’ambition inavouée de ramener dans l’appareil productif celles et ceux à qui nous avions pourtant consenti d’épargner cette violence. Et oui, l’AAH a un coût que la RQTH n’a pas ! Au travail, un malade mental nous coûte moins et nous rapporte plus. Il fallait y penser, à l’époque où d’autres deviennent malades mentaux, précisément à cause du travail ! Et ce sont encore ceux-là qui aujourd’hui viennent faire mine de s’offusquer du manque de moyens de la psychiatrie ! Ne nous y trompons pas, ceux-là sont du côté du pouvoir !

Alors des moyens oui, mais pour quelle psychiatrie au juste ?

Pour une psychiatrie capable d’accueillir la souffrance en toute circonstance et avec humanité.

Pour une psychiatrie émancipatrice de l’être humain.

Pour une psychiatrie qui accorde toute sa valeur à la singularité du sujet.

Pour une psychiatrie qui se nourrit du débat contradictoire.

Pour une psychiatrie ouverte sur la société.

Pour une psychiatrie qui se bat pour une société plus juste, sans jamais se laisser instrumentalisée par le pouvoir !

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