Clique et déconnecte

C’est parti ! Les médias ont déballé leur jouet de Noël en avance, vu que… Bon, ce hochet qu’ils agitent béatement, sûrs qu’il va sortir du bourbier des dizaines de milliers de petits commerçants jusque dans la Creuse ou la Corrèze, c’est le révolutionnaire « Click and connect ». Un génial programme pondu probablement par un anglais, vu le nom, infiltré dans la « bureaucrassie » hexagonale. Tant il est vrai que nos têtes d’œufs nationaux (de moineaux si l’on est généreux) sont désormais incapables de sortir une phrase complète dans la langue de Coluche. J’allais écrire de Molière, mais la confusion qu’auraient pu faire ces jeunes pousses perfusées aux O.G.M. libéraux anglo-saxons avec les dents du fond a retenu ma main.

L’affaire du "clic" marche si bien que les « marcheurs » de la randonnée ministérielle veulent tous saisir le filon pour se refaire une santé, ce qui est la moindre des nécessités en ces temps qui courent (mais en marchant, me direz-vous, on ne risque guère de rattraper un coureur). Chut ! Laissons-les finir leur boucle pour revenir au point de départ en 2022.

C’est Blanquer qui a ouvert la compét. Lui dont la tête n’a rien à voir avec celle des moineaux. Son crâne, c’est un peu celui de l’œuf du Dodo. Vous savez, ce volatile hybride visuel du pigeon et de l’autruche qui prospérait jadis dans l’île Maurice. S’il savait ce qui l’attend, le pauvre... Pour l’instant, il a dégainé le premier. Comme il est un peu lourd, il s’est accordé un handicap positif (vous voyez que je commence à manipuler la nov-langue) en partant un an d’avance. Son « appli » (le dire comme ça me rajeunit, mais le miroir ne veut rien savoir), son appli. disais-je et pour rester dans la mélodie du « click and connect » devrait se nommer « Fric and cassette ». Je viens en effet de l’apprendre en lisant Médiapart : Il a bichonné une poignée de lycéens éphèbes et « marcheurs » en leur distribuant très généreusement 60 000 € en 2019 pour créer un syndicat lycéen « apolitique », bien entendu. A ajouté 30 000 € en 2020, au cas où. Sauf que les sous sont surtout partis en restaurants étoilés, hôtels de luxe et bars de nuit, sans compter de menues dépenses « nouvelles technologies », si vous voyez. C’est vraiment chiant une carte bleue qui laisse sa trace partout, quand on est imprudent.

Aujourd’hui ,son collègue de l’office (on dit de l’intérieur), le Dard malin, est jaloux. Il pense lancer aussi son logiciel dans le vent. Son premier projet (mâle adroit en vérité) visait à redresser… le pays. Il pensait le nommer «  Trique and braguette » mais D.S.K., qui a de l’expérience sur la chose, lui a déconseillé d’instrumentaliser ainsi son organe de commu-niquation. Il a donc remballé ce premier jet. Mieux inspiré, il va maintenant concevoir une appli. bien dans l’air du temps : associer la répression face aux récalcitrants du confinement avec « la protection de l’environnement » (une expression qu’il faut absolument caser dans tout discours). Au lieu de rédiger un P.V.sur une feuille CERFA 2020.6.4.2. qui a participé à la déforestation, les condés pourraient utiliser sur leurs téléphones « Samsoule » la petite merveille logicielle « Flic and ticket’ ». Sans contact avec le contrevenant, juste un échange grâce au cul.R.code des appareils en présence, et la passe est réglèe.

A qui le tour maintenant ? Toutes ces fausses perles technologiques, qu’elles soient plus sérieuses que celles évadées de mon imaginaire facétieux, qu’elles forment un collier aux éclats juste étincelants pour attirer les pies, ne remplaceront jamais le sourire de la crémière ou la harangue du poissonnier.

Je laisse la « clique des starteupeurs » dériver vers l’univers de l’inhumain. Pour ma part, « je déconnecte ».

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.