Vive la liberté !

Depuis quelques jours, et avec de larges brassées, je nage dans le bonheur. C’est que notre présidentissime, ou bien son ordonnance matignonesque (il faut bien que le maître de l’Olympe lâche de temps en temps sa pelote d’éclairs pour souffler un peu), nous concocte un nouveau confinement. Enfin ! Un nouvel élan de la liberté retrouvée, de la liberté générée, de la liberté épousée. Nous rendons-nous bien compte de cet espace-temps qui va, tel le soleil aux aurores, éveiller et éclairer jusqu’à l’éblouir notre misérable conscience humaine ? Car il faut bien saisir la portée du document de haute volée philosophique que nous allons à nouveau devoir utiliser chaque jour : « l’autorisation de sortie ». Qui s’en rend compte dans notre univers bassement matérialiste ? Ce laisser-passer qui n’a l’air de rien est en vérité un flambeau révolutionnaire : chacun est libre de sortir puis de rentrer à sa guise (enfin, presque), en définissant lui-même les conditions de sa liberté autoproclamée. Un choix personnel, à pulvériser l’argumentaire de prédestination d’un certain Luther et de son meilleur disciple, Mélenchton, à en faire tomber de jalousie, s’il n’était en bronze, le bras de la statue qui accueille les voyageurs arrivant à New York. A rendre inachevé le célèbre poème de Paul Eluard. S’il écrivait « liberté » sur ses pages d’écolier, il ignorait que nous, ici et maintenant, nous pouvons aussi écrire « sur ce parchemin que la muse nomma CERFA j’écris ton nom, Liberté, et je m’autorise à sortir ». Sans maman, sans tonton, sans le patron, sans l’aide à domicile.

Elle est pas belle, la liberté ?

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