La grande lessive

Dialogue avec ma blanchisseuse.

 

- Brettus. C’est fait, on est bien lessivés, le monde est propre maintenant.

Ingénue. Que veux-tu dire par -là ?

- Brettus. Je pense, par analogie formelle à l’opération culturelle « la grande lessive », qui est un concours de dessins, à ce qui nous arrive aujourd’hui : nous sommes soumis à un grand dessein. Mais hélas, c’est un jeu de maux.

Ingénue. Eclaire-moi !

Brettus. Nous venons de traverser une période totalement inédite en France. Un méchant virus s’est moqué des frontières, est entré dans nos chaumières de béton et a terrassé quelques dizaines de milliers de pauvres bougres.

Ingénue. Et alors, quel rapport avec la lessive ?

Brettus. C’est que, vois-tu, les hommes de pouvoir ont profité de l’occasion pour lessiver le cerveau de notre peuple comme les femmes à leur service savent lessiver leurs chemises : on fait bouillir pour éliminer toute odeur, toute histoire ; on sèche et on repasse en prenant soin de parfumer avec une note printanière (de synthèse car la nature...).

Ingénue. Je commence à comprendre. Mais peux-tu m’expliquer ?

Brettus. Ce n’est pas bien compliqué, bien que cela soit assez subtil. Imagine une bibliothèque chargée d’ouvrages qui ne te plaisent pas. Tu la vides pour faire place nette et tu garnis ensuite les rayons de nouveaux livres : ceux que tes amis et toi-même ont écrits. Les accros de l’informatique traduiraient : on déprogramme puis on reprogramme. Toi qui a les pieds sur terre, tu dirais : on fait un nettoyage de printemps, une grande lessive. Mais quand c’est dans la tête des gens, c’est un lavage de cerveau.

Ingénue. Tu vas un peu loin ; où va t-u chercher tout ça ?

Brettus. Dans notre monde, tout simplement. Les russes, les chinois puis les américains, sans citer de nombreux disciples, ont usé et abusé du lavage de cerveau. Pour le dire avec un vocabulaire plus choisi, c’est de la manipulation mentale ; ou, pour faire savant, une technique de persuasion coercitive.

Ingénue. Ouah ! Tu m’en as trop dit, ou pas assez…

Brettus. C’est que j’observe ce qui se passe, ce qui se dit, ce qui se fait. Que j’essaie d’analyser ce qui se trame, de comprendre ce nouveau monde qui se construit.

Ingénue. Et pourquoi donc un nouveau monde dans cette histoire de lessive ?

Brettus. Tu l’as bien entendu comme moi, Ingénue. Sur tous les tons, par presque toutes les voix médiatiques: nous allions sortir de la crise sanitaire vers un monde nouveau « plus rien ne serait comme avant ». Notre grand maître olympien lui-même a laissé tremblé sa voix pour nous annoncer ce monde meilleur.

Ingénue. Et quel rapport avec le lavage de cerveau ?

Brettus. Tout. Ce monde de félicité dans lequel nous vivrions après l’épreuve, qu’on nous a fait miroiter pendant des mois, n’est que l’oméga de cette sinistre et cynique opération à grande échelle de manipulation mentale globale. Le lavage de cerveau en étant l’alfa du processus, le point de départ.

Ingénue. Alors, explique-moi un peu.

Brettus. Pour lessiver un cerveau, il faut fragiliser les personnes, les rendre coupables d’une situation qu’elles ne maîtrisent pas. Donc, si le virus a pénétré puis s’est diffusé dans le pays, c’est un peu notre faute. Responsabilisés et rendus anxieux, on isole ensuite les hommes : appelons çà le confinement. On peut alors guider et contrôler leurs informations en les rendant dépendants d’un système médiatique mandaté pour entretenir la peur (la liste des morts s’égrène et s’étoffe au fil des heures ; toute alternative à la soumission totale est inimaginable ; la réflexion et l’esprit critique sont dénoncés comme subversifs) ; ainsi s’installe une nouvelle dépendance envers l’ordre établi car la nature humaine a horreur du vide de références.

Ingénue. Tu pourrais me donner d’autres exemples concrets de ces contrôles de l’esprit ?

Brettus. Hélas, oui. Tu as subi, comme 66 millions de français, la récitation ininterrompue de chapitres, épîtres ou autres versets relatifs à l’épidémie à toute heure du jour ou de la nuit, dans tous les quotidiens, sur toutes les stations radio, sur toutes les chaînes de télévision. Des milliers de diffusion si on totalisait. Tu vois, ce qui relevait au départ de la nécessaire information est devenu, non par le simple fait du hasard, un bourrage de crâne. Méthode propre aux états totalitaires qui neutralise la conscience, broie l’identité et la personnalité, participe à la dernière étape du processus de lavage de cerveau.

Ingénue. Ce que tu appelais tout à l’heure la reprogrammation ?

Brettus. Bravo ! Je vois que tu as gardé un potentiel de réflexion pour résister au dispositif de sidération mis en place. Pour nous tous, les dégâts sont profonds mais pas irréversibles. C’est que dans nos gènes coule du sang de gaulois réfractaires à l’ordre brun tapi dans les dorures élyséennes. Nous sommes un peuple éduqué qui sait, quand il le faut, dénoncer l’infantilisation et la soumission. Comme d’autres, au demeurant. Lavons-nous abondamment les yeux pour sortir de cette gigantesque séquence d’hypnose idéologique et névrotique que nous venons de subir.

- Ingénue. Tu me rassures. Et maintenant, on fait quoi ?

Brettus. On lève le poing pour ne pas laisser le monde, non celui d’hier, mais celui d’avant-hier, resurgir du cimetière des dogmes libéraux carnassiers. On prend les fourches pour chatouiller la culotte des oligarques. On ouvre collectivement, les idées bras-dessus bras-dessous, le chantier d’un nouveau siècle des lumières.

- Ingénue. J’en pleure d’envie. S’il te plaît, change mon état si vil. Appelle-moi désormais Marianne !

 

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