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Billet de blog 1 déc. 2019

Ken, Costa, Robert... et les autres...

Quelques voix d'intellectuels et d'artistes nous éclairent et nous subliment : espoir dans une nuit sans étoile... Hélas, cette semaine, une phare s'est éteint, tristement, en pleine tempête, risquant de nous précipiter aveuglément dans les profondeurs des discordes hystériques et stériles!

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Les films de Ken Loach nous font entendre les cris de détresse d'une société malade... On y rencontre ces gens qui nous ressemblent, ces gens qui "ne sont rien", qui essaient de s'en sortir et dont la dernière fierté est de ne pas lâcher. Ils vont au bout d'eux mêmes, dans une course d'obstacles perdue d'avance, car les règles du jeu des dominants les enfoncent toujours plus dans l'insupportable et l'inhumain.

Des gens ordinaires, dont la vie était construite sur les valeurs essentielles du travail et de la famille, s'écroulent. L'art de Ken Loach, c'est de les sublimer comme des héros de tragédie...mais pas que! Il nous renseigne film après film, sur les ressorts de ce capitalisme pourri.

Je défie quiconque après avoir vu "Sorry, we missed you", de continuer à faire tranquillement ses achats sur Amazon, sans plus se poser de question!

Costa Gavras nous a habitués également à des films engagés. Il a voulu avec son dernier film "Adults in the room",  sur la base du livre de Yanis Varoufakis, retracer les tractations entre l'Eurogroupe et le gouvernement grec élu de Tsipras.

Sujet particulièrement peu cinématographique que ces réunions interminables et techniques dans les locaux déshumanisés de l"antre" de Bruxelles. Pourtant, il en fait un film haletant et documenté, où il nous fait comprendre comment fonctionne cette union européenne qui brise tant de vies! Pas d'éthique, que du cynisme : un cynisme de cols blancs, d'une élite politique guidée par les intérêts particuliers des lobbys et de la finance mondiale. Nous sommes sidérés devant ces pantins gesticulants, cet Eurogroupe sans statut officiel, non constitué, non élu, totalement informel, qui sans compte-rendu aucun, sans rapport écrit ni communication contrôlée, décide de l'avenir de peuples entiers!

En être arrivés à accepter cela dans nos démocraties est vraiment un signe de mort annoncée de nos libertés. Nous en rendre conscients, c'est le but de ce film! Nous rendre notre parole, notre regard, notre sens critique de citoyen... pour refuser ça!!!

Robert Guédiguian, c'est notre Ken Loach marseillais! Oui, j'ai pour lui une tendresse particulière parce qu'il raconte Marseille, ville emblématique, avec cette connaissance de l'indicible, cette subtilité loin du folklore parisien, cet amour des gens et des quartiers.

Dans son dernier film "Gloria Mundi", il a voulu pointer comment " l'apogée de la domination est atteint lorsque le discours des maîtres est tenu et soutenu par les esclaves". Dans cette " star-up nation" qu'est devenue la France, où la jeunesse a été formatée à son insu à un modèle de réussite à tous prix, où l'individualisme forcené est une vertu, où les discours de lutte et de solidarité sont devenus ringards et passéistes... que faire???  Sûrement continuer à s"écouter et à s'aimer, tenter de faire comprendre avec de petits films, de beaux livres, des chansons et musiques libératrices, des articles de journalistes non affidés au système, que ce monde là est destructeur et qu'il n'épargnera personne, pas même ceux qui tirent les ficelles!

Ils sont là malgré tout ces phares qui nous éclairent, de François Ruffin à Manu Chao, d'Edwy Plenel à Denis Robert, de Nicolas Mathieu à Gérard Mordillat, sans oublier Victor Hugo...et bien d'autres...

Et puis, il y avait aussi Juan Branco, jeune homme brillant et intelligent, "transfuge" de l'élite dont il dénonce en parfait connaisseur, les rouages, l'emprise et le vaste projet de prise en main complète et définitive de notre société baillonnée.

Mais Juan Branco, à force de traquer petits arrangements et vastes compromissions s'est un peu perdu! La mise en pâture de François Ruffin, par le biais d'une vidéo "réchauffée" censée le discréditer lors de négociations engagées entre lui, Macron et les Ecopla, a un relent malsain. Tant de hargne de Juan Branco envers un compagnon de lutte, tant d'intransigeance quant au moyen, alors même qu'il est le premier à savoir , tout au moins ses livres s'en font l'écho, qu'en matière de rapport de force, la fin (la faim ) justifie parfois les moyens, tant que l'on y perd pas sa sincérité.

C'est ce genre de choses qui nous tue!!!...et rassure nos ennemis! que l'on se trompe d'ennemi ...et ils rigolent sous cape!

Cette querelle fratricide déplacée, si près de ce grand rassemblement prévu le 5 décembre, est une faute, plus qu'une faute, un gâchis!!

Cela m'a fait mal, mais j'espère encore en l'unité et la solidarité qui fera de cette journée le début de quelque chose. Soyez nombreux à vous manifester! A votre manière, mais exprimez vous le 5 décembre, il y va de votre avenir et de celui de vos enfants...

Et pour finir sur une note douce et forte, entonnons ce petit refrain:

Foule sentimentale

On a soif d'idéal

Attirée par les étoiles, les voiles

Que des choses pas commerciales

Foule sentimentale

Il faut voir comme on nous parle

Comme on nous parle!!!

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