SUICIDES A LA SNCF

La médiatisation que nous avions pu avoir autour des suicides de France Telecom a eu un impact très important, pas une semaine sans demande d’interview, de télévisons (personnellement je suis allée trois fois à FR3 Grenoble). L'observatoire du stress mêlant réflexion de chercheurs, praticiens, salariés, syndicats... a fait progresser la réflexion mais voilà, nous avons eu un véritable retour de bâtons avec des propositions de type "enfumage" : numéro vert, embauches de psychologues en interne, observatoire du suicide plus que discret dans ses travaux, et je me rends compte avec un grand désespoir que seules les poursuites en contentieux ont pu mener une reconnaissance judiciaire mais bien entendu sans pouvoir s'attaquer aux racines du mal à savoir la réorganisation du travail et l'intensification du travail. Comment relancer le débat à la SNCF aux statuts spéciaux notamment au niveau de la médecine de contrôle et de la médecine du travail. Espace fermé qui ne permet pas la transmission de toutes les informations. Les psychiatres pour la plupart sont restés sur la complexité du fait suicidaire et son origine multifactorielle. J'ai pu rentrer en tant qu'expert dans l'intériorité de certaines demandes de reconnaissances en AT de suicides dans le régime général, il faudrait être de mauvais foi pour ne pas voir le lien direct et certain du lien entre les conditions de travail et le suicide. J'avoue que la bataille "France Telecom" en tant que psychiatre installé en cabinet secteur 1 a été une expérience unique mais en même temps très épuisante. Je poursuis la lutte sur le plan de l'expertise (TASS) notamment ou Cour Administrative d'Appel, consciente que ce n'est qu'une goutte d'eau discrète mais qui aide les familles des ayants-droits. Je n'ai plus de demande d’interview, l'omerta est revenue. Faut-il faire à l'occasion des dix ans des suicides France Telecom lancer une action avec rappel historique et liens avec la SNCF ? Dr Brigitte Font Le Bret Brigitte Psychiatre 

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