Le Burn Out pour lisser la souffrance au travail et la rendre consensuelle

La mode du Burn Out et son usage quasi quotidien dans les certificats médicaux, les livres, les pétitions pourrait sembler être une réelle avancée par rapport à la dénonciation des organisations de travail délétères. J'ai bien peur que cela soit tout le contraire. Identifier un burn out sur le plan médical, c'est comme faire un diagnostic d'entorse de cheville au travail sans faire un arbre de causes. L'approche de la souffrance au travail ne peut se faire sans l'analyse précise et minutieuse de la Clinique du Travail et de ce qu'on y fait. Après quelques minutes d'entretien avec mes patients c'est de bien autre chose dont parlent les patients. Les secrets déposés dans les cabinets médicaux sont bien plus embarrassants : mauvaise qualité des produits fabriqués, peur du risque pour la population consécutif à ces malfaçons, souffrance éthique...Les médecins accueillants ces confidences sont eux-mêmes chargés de ces secrets et en proies à une souffrance éthique. Trop écrire sur un certificat c'est s'exposer à une plainte au Conseil de l'Ordre des Médecins, ne pas écrire c'est quelque part cautionner un système potentiellement dangereux pour autrui. Le Burn Out en amalgamant cause et conséquence a le mérite pour les médecins de pouvoir écrire sans risque mais les salariés et les agents de la Fonction Publique s'exposent à un autre risque celui de se voir entendre dire "Mais vous ne savez pas dire non ? " "Vous vous investissez trop". Des reconnaissances de maladies professionnelles ont été refusées à ce titre là. On revient toujours au même point dé départ : c'est le facteur individuel.

Le concept de burn out louable car il décrit une réelle symptomatologie mais il ne permettra pas de réelles avancées sur le droit du travail. La charge de la preuve incombe au  salarié ou au fonctionnaire. Cette preuve ne peut être que le fruit d'une longue démonstration montrant une congruence entre des modifications du process du travail et l'apparition de symptômes. Il faut donc, avant de réclamer un tableau de maladie professionnelle "fourre tout", former les médecins à la Clinique du Travail, encourager le travail pluridisciplinaire pour apporter une démonstration cas par cas. La complexité est bien là, le travail est éminemment collectif mais en même temps éminemment individuel. Pour comprendre le travail il faut une approche plurielle, ne pas tomber dans la stigmatisation en oubliant par  exemple de faire des diagnostics différentiels. Les juges en Cour d'Appel et en Cassation ne se contenteront pas à mon avis d'un constat de Burn Out. Ils réclament un cheminement argumenté s'inscrivant dans une histoire professionnelle unique et contextuelle. Le Benchmark n'aurait jamais pu être reconnu comme organisation délétère par la Cour d'Appel de Lyon si les salariés de la Caisse d'Epargne avaient parlé seulement d'un burn out au sens générique.

Par rapport à la souffrance du travail des médecins entendant des situations de maltraitances au travail, je propose qu'une dérogation au secret soit fait en pouvant par exemple se confier avec l'accord du patient au Médecin Inspecteur de la Santé voit directement à l'Inspection du Travail si gravité avérée.

Docteur Brigitte Font Le Bret

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