Témoignage au Procès Historique de France TELECOM

Extrait de mon témoignage paru dans l'Humanité

Retour du Procès, l'émotion m'empêche d'écrire tout ce que j'ai dans le cœur, je remercie l'auteur de l'article ci-dessous qui a entraperçu ce qui s'y loge : 

PROCÈS FRANCE TÉLÉCOM. « À L’ÉTÉ 2009, IL Y A UN SUICIDE PAR SEMAINE »

Jeudi, 20 Juin, 2019

Kareen Janselme

Malgré seize démissions de médecins du travail entre 2006 et 2009, et des rapports annuels édifiants, France Télécom n’a pas remis en question son organisation du travail.

 

Il fait froid. Vingt-sept degrés dehors, mais le tribunal est glacé. Glacé par l’effroi et les mots de la psychiatre Brigitte Font Le Bret lors de l’audience, mardi. « Corps meurtris, corps démembrés, corps froids, corps sans vie… Des suicides avec des modes opératoires très violents, qui n’ont rien à voir avec un appel à l’aide, surtout quand ils se passent sur le lieu du travail ou quand on laisse un courrier accusant le travail. » Membre du conseil scientifique de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom, créé en 2007 par les syndicats SUD et CFE-CGC, Brigitte Font Le Bret a sonné l’alarme à de nombreuses reprises à l’époque. « À l’été 2009, il y a un suicide par semaine, rappelle la psychiatre, appelée à témoigner. Une patiente est devenue aphone, pourtant elle n’avait aucune lésion aux cordes vocales. En fait, elle ne supportait plus la “double écoute.” » Mutée dans un centre d’appel, cette salariée n’encaissait plus l’audition systématique de ses coups de fil, la surveillance de sa supérieure. La médecin a obtenu que la maladie soit reconnue imputable au service. Comme pour Jean-Paul, dont elle a empêché le saut de son balcon. La psychiatre raconte le recours des salariés à l’alcool, au cannabis, aux stimulants pour tenir. La perte de cheveux, de libido, quand le patient arrive à lui en parler. À la barre, lourdement affectée même neuf ans plus tard, Brigitte Font Le Bret peine à surmonter son émotion. L’avocat des parties civiles, Me Teissonnière, vole à son secours en relevant qu’elle n’était pas médecin du travail mais psychiatre dans un cabinet privé à la ville. Mais qu’ont donc fait les services de santé au travail dans l’entreprise pour éviter cette situation ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.