Minuscule chronique de la bêtise ordinaire (et du désastre qui vient)

Pendant que, une énième fois, on crucifie le seul qui proposait un programme réellement anti-FN au prétexte que ce vilain n'a pas dit ce qu'il fallait dire, le mur médiatique grandit : votez Macron !Votez Macron ! Motez Vacron ! Crotez Mavon !

Pendant que, une énième fois, on crucifie le seul qui proposait un programme réellement anti-FN au prétexte que ce vilain n'a pas dit ce qu'il fallait dire, le mur médiatique grandit : votez Macron ! Votez Macron ! Motez Vacron ! Crotez Mavon !

 

Oui, je le ferai. Sauf que.

Toute hégémonie, toute puissance appelle, excite, à sa destruction.

Et lorsque l'on voit par exemple cette photographie, prise sur l'étal banal d'un petit libraire de la France périphérique...

votez-macron

 ... on ne peut que constater l'étalage obsessionnel -obscène avais-je envie d'écrire- d'un visage en deux dimensions qui n'emporte pourtant aucune adhésion citoyenne, sinon celle d'une poignée de néo-libéraux plus ou moins assumés dont une bonne moitié ne semble pas tout comprendre au film dans lequel elle fait de la figuration.

 

C'est une erreur manifeste de casting, mais pouvait-il en être autrement : un tel candidat, qui ne naît du néant que par la grâce d'un plan com' bien mené, ne peut faire illusion très longtemps. Et maintenant, plus l'artillerie médiatique qui le propulse sera lourde, plus le rejet de ce personnage sera grand.

 

Ce mur en toc encourage l'abstention et le vote blanc.

Pire, il fonctionne également comme un appel à voter Le Pen:

« La finance et l'Union « Bolkenstein » Européenne nous prennent pour des cons ? On veut nous forcer à voter pour eux ? Il faut que nous votions pour lui? Pour ceux qui se moquent de nous, nous mènent dans le mur et rognent sans cesse sur nos maigres salaires, quand on en a un, et font de nos vies ce néant consumériste ? Allons-y, jouons aux cons, suicidons-nous en choeur, et vous chuterez avec nous, car telle est la liberté qu'il nous reste... » : voilà, traduit par mes soins, le sentiment de rage qui ne peut que grandir face à un tel unanimisme imbécile.

C'est évidemment une erreur : Le Pen se joue d'eux comme Macron les nargue. Mais après tout ils s'en moquent : ils sont (symboliquement au moins) au-dela du périph', loin des écrans où la vie est si belle, loin des mondanités de l'entre-soi, ils sont déjà dans la merde et le dégoût, déjà méprisés, on leur jette du hanouna et de la bouillie publicitaire tous les soirs au moment du repas; qu'ils s'en mettent jusque là…

 

A la perversion de la démocratie que représente la candidature Macron, la perversion d'un vote Le Pen répond donc. Qui est responsable ? Où sont les "méchants"?

Bien sûr, dans les belles rédactions parisiennes et les salons dorés de l'"élite" politique, où l'on n'a que de beaux sentiments nobles, où l'on est rationnel, on s'inquiète un peu: il y a quelques coups de schlague à prendre sur les doigts et l'on sent un peu le vent mauvais. Mais on ne cherche surtout pas à comprendre et à analyser les raisons profondes du rejet dont des gens si respectables (eux-mêmes) sont les innocentes victimes : il y faudrait un peu de remise en question et d'auto-critique, il faudrait changer son fusil d'épaule... Difficile quand on a le parcours impeccable du bon élève et que l'on se sait nécessairement du bon côté des gentils. Non, vraiment, il est plus simple de crucifier, une énième fois, celui qui a cherché à donner une voix à ceux que l'on broie sans bruit et qui, n'en déplaise au moraliste manichéen Danenickx, porte en toute conscience du moment que nous vivons l'insigne des détenus politiques.

 

Dans quelle proportion cette mécanique infernale fonctionnera-t-elle ?

Personne ne le sait.

59/41 disent aujourd'hui les sondages. Soit 9 points d'écart. Avec 1,5 points de marge d'erreur en moyenne. Dynamique côté Le Pen. Et un affrontement télévisuel qui arrive et dans lequel Macron n'a que des coups à prendre...

 

Mais qui a joué avec le diable ne peut décemment s'inquiéter des conséquences de son jeu. Qui est honnête intellectuellement ne cherche pas de bouc-émissaire.

Bon appétit, Messieurs !

 

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