Pour en finir avec l'islamophobie

Pierre Puchot vient de signer un article qui montre à quel point le mot « islamisme » est galvaudé et insignifiant car englobant trop de réalités. C'est juste : on ne peut ranger sous un même vocable des fanatiques sanguinaires et des religieux, conservateurs certes, mais qui ne feraient pas de mal à une mouche et jouent le jeu de la démocratie.

 

Il me semble, tant qu'on en est à vouloir nommer au mieux le malheur du monde, qu'il faudrait tenir un discours identique sur le terme d' « islamophobie ».

Que signifie ce terme ?

Grec ancien phobos (φόβος) : peur excessive voire obsessionnelle.

De quoi ? de l'Islam.

Bien. L'islamophobie est donc une peur obsessionnelle de la religion musulmane.

 

Voilà qui semble simple mais se complique grave dans la réalité… En effet, comme P. Puchot le dit de l'islamisme, ce mot « ne constitue, au mieux, qu'un terme fourre-tout dont l’utilisation est à proscrire ; au pire, un concept dont le caractère flou sert finalement en lui-même d’épouvantail à ses pourfendeurs ». Car être « islamophobe », pour beaucoup de personnes, principalement d'une certaine gauche radicale, c'est être tout simplement raciste...

Racisme: "1. Ensemble de théories et de croyances qui établissent une hiérarchie entre les races, entre les ethnies. − En partic. Doctrine politique fondée sur le droit pour une race (dite pure et supérieure) d'en dominer d'autres, et sur le devoir de soumettre les intérêts des individus à ceux de la race." (…). TLFI.

 

En quoi la "phobie" d'une religion relèverait-elle du racisme? On nous dira : « car c'est une peur orientée uniquement contre les musulmans ! ». À quoi on peut répondre deux choses évidentes :

1- Etre musulman n'est pas une origine ethnique. Ce n'est donc pas un racisme que l'islamophobie.

2- On a le droit d'avoir peur d'une religion en particulier, pour des raisons personnelles, historiques, ou plus prosaïquement médiatiques (puisque cette peur est en partie fabriquée par les medias)...

 

Que des racistes authentiques se dissimulent derrière la laïcité est certain. Mais assimiler tout défenseur de la laïcité à un raciste masqué est injuste et diffamant. Ceux qui comme Edgar Morin ou Alain Gresh on été taxés d'« antisémites » pour avoir critiqué la politique de colonisation israélienne, ou tel journaliste comme Denis Robert accusé d'être « complotiste » pour avoir remis en cause la vérité officielle de l’État-Marché, savent ce que c'est que cette pratique immonde de l'amalgame. Le contradicteur est frappé instantanément d'infamie et une argumentation rationnelle ne peut plus être déployée. Il doit répondre sur un autre front. Il devient l'accusé. Manière bien commode, mais bien peu honnête, de faire taire un homme.

Il y a des racistes qui se dissimulent derrière une pseudo-critique de l'Islam. Soit : ce sont des racistes. Démasquons-les et appelons-les ainsi. La loi les punit, et c'est heureux.

Des personnes critiquent l'Islam : ils en ont le droit le plus strict, et même, s'ils se réclament de Marx, le devoir. Surtout que le corollaire de ce terrorisme intellectuel qui consiste à dénoncer en tant que raciste toute critique de la religion musulmane, fait bien évidemment le bonheur des fanatiques et des fondamentalistes qui trouvent là un rempart formidable pour progresser, bien abrités… Ce sont ceux-ci, les grands gagnants, ainsi que les authentiques racistes qui se fichent comme d'une guigne d'être correctement définis et pervertissent au passage le concept de laïcité qui les a, pour certains, contrariés dans leur christianitude…

Les grands gagnants sont donc... les extrémistes de tout bords, les communautaristes qui veulent rester entre gens sains qui ont toujours raison. A terme: les marchands d'armes.

 

C'est tout ? Non. Il y a un autre grand gagnant, pour le moment. C'est la petite oligarchie libérale au pouvoir. C'est bien simple, je serais au PS actuellement, je paierais quelques personnes pour venir commenter et poster dans Mediapart afin d'attiser ce débat entre tenants d'une laïcité diluée et tenants d'une laïcité plus ferme.

Une "vraie" gauche, plus unie, pourrait gouverner, ou en tout cas parler d'une voix forte et être davantage entendue. Attirer. Mobiliser. La pseudo-question de l'islamophobie et l'affrontement sur la question laïque, obscurcie par l'accusation de racisme, est en train de provoquer des divisions et des fractures dont on peut craindre qu'elles soient graves. Voire irrémédiables.

Faudra pas venir se plaindre. Se tromper d'ennemi est toujours fatal. L'aveuglement stratégique devrait avoir des limites.

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