Souffrance, Travail, Souffrance- 1

Dans ce monde, où la « valeur travail » est portée aux nues, on pourrait distinguer deux catégories de personnes : celles qui souffrent de leur travail et celles qui souffrent de ne pas en avoir.

Dans ce monde, où la « valeur travail » est portée aux nues, on pourrait distinguer deux catégories de personnes : celles qui souffrent de leur travail et celles qui souffrent de ne pas en avoir.

 

Désunies, séparées, ces personnes se côtoient peu, ou pas longtemps : on reste généralement entre soi, entre gens aux pouvoirs d'achat comparables, on fuit celui-ci qui nous rappelle notre honte sociale ou celui-là dont il se pourrait bien que son état soit un jour le nôtre.

Pourtant, ces deux souffrances sont l'envers et l'avers d'une même médaille de fer : pour que certains soient privés de travail, il faut que d'autres en soient surchargés. Pour que certains acceptent des conditions dégradantes de travail, il faut que d'autres acceptent des conditions dégradantes de vie.

Voici plus de cent cinquante ans que le temps de travail diminue, voilà plus de cent cinquante ans que la productivité de nos pays augmente et avec elle leur richesse. Manuel Valls vient de rappeler opportunément devant la City que la France -cette France des 35 heures, si arriérée, si décalée, en un mot : si communiste- demeure la cinquième puissance économique mondiale...

Voici plus de cent cinquante ans que les machines permettent de produire davantage avec toujours moins de personnel, et cette tendance va s'accélérant : dans un pays où l'on momifie à grands frais tout ce qui disparaît, peut-être verrons nous bientôt les caissières, par exemple, classées monuments historiques, puisque le client de plus en plus s'empresse de faire leur travail gratuitement. Notons que celui-ci pousse parfois le zèle jusqu'à payer pour ça : le guichetier de banque se voit ainsi délesté d'une partie de ses tâches, le sympathique client ayant le droit d'effectuer lui-même, pour une modeste somme chaque mois, ses opérations bancaires.

 

 

De ces remarques trop rapides émergent quelques questions auxquelles on devrait tous, me semble-t-il, réfléchir:

Comment se fait-il que le thème du partage du temps de travail soit abandonné par la plupart des partis politiques et que les syndicats n'en fassent pas une revendication prioritaire ?

Comment se fait-il que nous acceptions une situation aussi absurde sans réagir ?

Comment se fait-il que le travail conserve, dans ces improbables conditions, un tel prestige ?

 

Enfin, et surtout, comment agir intelligemment, collectivement, face à cette « horreur économique » ?

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