Souffrance, emploi, souffrance – 1

Avant qu'un militant FN, qui a fini par se prendre pour François Premier (le pape ou le roi, je ne sais?) et disparaître de Mediapart (momentanément sans doute), ne le fasse quelque peu dévier de son sujet, mon premier billet a suscité des réactions intéressantes.


1- Le premier intervenant me fait une remarque sur l'aspect réducteur de ma présentation du « monde du travail ». « Deux catégories de personnes : celles qui souffrent de leur travail et celles qui souffrent de ne pas en avoir », ça peut paraître en effet un peu court... Mais mon but était d'avoir une approche radicale (au sens étymologique) de cette question, qui permette donc de rassembler.

2- L'idée selon laquelle il existe une « troisième catégorie des personnes ayant un travail valorisant, auxquel elles adhèrent avec une sorte de foi... » ne me semble par contre pas tout à fait juste. J'ai tendance à penser que le monde actuel du travail -mais c'est discutable- favorise les distancés, les cyniques, ceux qui n'y croient pas vraiment, et d'une certaine manière les incompétents qui portent beau, brassent le vent avec brio, mais sont de peu de fond... Ce qui y croit, les imbéciles, seront les premiers à craquer sans comprendre ceux qui leur arrive.

http://www.monde-diplomatique.fr/2014/08/VICTOR/50697


3- Une autre réaction conduit à une réflexion sur les termes utilisés. Que recouvre les termes de travail, d'emploi, de métier  ? Comment les distinguer et les employer avec justesse sous peine d' « ajouter au malheur du monde » ?

Voici une tentative de clarification :

Le travail peut être défini comme le « processus volontaire d'action sur la matière, l'information, les êtres vivants ». Mais on peut distinguer deux types de « travail » :

- Le travail « trepalium », placé sous le signe de l'obligation sinon de la contrainte.

- Le travail «opera», ou le plaisir et le sens sont présents et recherchés. Il me semble, dans la mesure où ce plaisir et ce sens entraine une maitrise exponentielle d'un savoir-faire, que l'on peut considérer que le métier relève du travail « opera ».

L'emploi peut être défini comme la « place que l'on occupe dans la société afin d'y réaliser un travail, en échange d'une rétribution ». L'emploi est donc une place, un lieu tant physique que symbolique, qui nous est assignée par la société.

 

Autrement dit, l'emploi est un contenant, le travail est un contenu. L'employeur offre l'emploi, l'employé vend son travail à l'employeur.

 

Il est donc clair, en utilisant ces mots dans le sens qui vient d'être donné, que la souffrance dont je souhaitais parler est bien due à l'emploi et non au travail. Ceci ne veut pas dire que l'on ne peut pas souffrir de son travail -les troubles musculo-squelettiques, par exemple, ne sont pas une vue de l'esprit- mais que mon utilisation du mot était impropre, et que mon but initial était bien de réfléchir collectivement à la souffrance à l'emploi et au non-emploi, et au moyens collectifs de l'affronter.

 

Cet objectif n'a par contre pas été évoqué dans les commentaires.

 

 

 

Voici un lien très bien fait sur la question de vocabulaire trop vite abordée ici :

http://www.intelligence-complexite.org/nc/fr/documents/recherche-dun-document/doc/le-travail-et-lemploi-un-contenu-et-un-contenant-version-3.html?tx_mcxapc_pi1[action]=docDetail&cHash=298fe100c3cc0993e0414ffdd9b5ac9e

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