Vers une nouvelle laïcité

Dans le dernier livre de Jean-Luc Mélenchon, De la Vertu, un point a été peu souligné qui me semble fondamental.

Lorsque JLM parle de la loi de séparation de l'Eglise et l’État, il explique très clairement qu'elle se justifie au nom de l'inaliénabilité de la liberté de conscience. Celle-ci est évidemment mise à mal par tout endoctrinement religieux, et d'autant plus profondément que cet endoctrinement est précoce.

 

Mais il propose un élargissement de cette laïcité. En effet, si l'endoctrinement religieux a été mise à distance par la loi de 1905, qu'en est-il de celui de la marchandise ? Qu'est ce qui protège les enfants -et ils y sont soumis très tôt, on pourrait même dire in utero…- de la marchandise ? Du discours marchand ? De la publicité ?

Car il s'agit bien d'un endoctrinement d'une puissance incroyable, qui joue sur l'inconscient, qui manipule les affects de consciences en devenir, qui s'immisce au plus intime de chaque être, qui détourne les pulsions de leur sens...

On a pu à juste titre s'effarer de l'empire que garde sur les esprits la religion, longtemps après que ces esprits ont cherché -réussi ?- à s'en libérer. Mais cet empire est incomparablement plus fragile que celui-là : moins précoce, moins scientifique, moins intime, moins dissimulé et donc plus facile à combattre. Comment construire une conscience libre face à un tel lavage de cerveau? C'est pourtant tous les jours ce que nous acceptons. Et qui, parents, enseignants, citoyens, nous épuise et nous renvoie à notre impuissance : il y faut une réponse d'ampleur, collective, qui s'appuie sur la loi.

Il est donc urgent d'élargir la laïcité et d'affronter enfin cette forme d'endoctrinement, particulièrement pervers et efficace : séparons l’État de la Marchandise. C'est l'un des chemins de Liberté.

 

 

 

En complément :

Réflexion de Debord en 1989 (Commentaires sur la société du Spectacle

« Le changement qui a le plus d’importance, dans tout ce qui s’est passé depuis vingt ans, réside dans la continuité même du spectacle. Cette importance ne tient pas au perfectionnement de son instrumentation médiatique, qui avait déjà auparavant atteint un stade de développement très avancé: c’est tout simplement que la domination spectaculaire ait pu élever une génération pliée à ses lois. Les conditions extraordinairement neuves dans lesquelles cette génération, dans l’ensemble, a effectivement vécu, constituent un résumé exact et suffisant de tout ce que désormais le spectacle empêche; et aussi de tout ce qu’il permet. »

 

Le travail de Bernard Stiegler qui s'attache à ses questions :

http://arsindustrialis.org/economie-libidinale

https://www.cairn.info/revue-multitudes-2006-1-page-85.htm

 

On pourrait également réfléchir aux analogies possibles entre religion et consommation. Constater que la consommation remplit dans notre société cette bonne vieille fonction d'"opium du peuple", et que, pour reprendre encore Debord, la consommation est bien ce qui nous relie (religare) mais "en tant que séparé":

"Le spectacle n'est que le langage commun de cette séparation. Ce qui relie les spectateurs n'est qu'un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé." (Thése 39 de la Société du Spectacle)

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