Palmyre: quel patrimoine?

La prise de Palmyre par l'EI a été précédée d'une offensive médiatique peu commune. Pas un jour sans que les beautés archéologiques de la cité antique, classée au patrimoine mondial de l'Humanité, ne soit décrites et, par avance, évoquée la perte immense que représenterait leur destruction.

Quels enseignements tirer de cette représentation ?

Soit nous considérons que nous avons les médias que nous méritons, qu'ils sont révélateurs de ce que nous sommes et pensons, et tout ceci doit être interprété comme le symptôme d'une plus grande importance accordée aux vieilles pierres qu'aux êtres humains dans notre société. Soit nous considérons que les médias sont des instruments de propagande à la solde du pouvoir, qu'ils cherchent à "travailler" l'opinion française, et… ça ne change rien. Car cela signifierait que l'on pense pouvoir mobiliser plus sûrement les gens sur le massacre des temples gréco-romains plutôt que sur celui des Palmyréniens.

Ce qui est à l'état diffus, et insensible, dans notre société (combien de millions dépensées pour réhabiliter tel château qui ne défend plus rien, telle église où plus personne ne prie, tel four à pain qui n'en cuira plus aucun, quand des êtres humains sont, dans l'ombre de ces ruines refaites à neuf, moins bien traités que certains chiens) est donc ici avoué, révélé dans toute sa splendeur.

Il faut dire que le patrimoine, c'est sacré. C'est tout d'abord, surtout avec le label Unesco, l'assurance de revenus substantiels pour l'industrie touristique. C'est ensuite le refuge d'un monde qui n'invente plus rien et qui, sachant sa chute, croit en ralentir l'échéance en sauvant les apparences d'un monde disparu.

Giacometti n'est plus là pour demander quoi sauver dans un incendie : un chat ou un Rembrandt. Notre monde a tranché. Le petit chat est mort dans l'indifférence, et avec lui un peu de notre monde. Sans doute faudrait-il penser à classer, au patrimoine mondial de l'Humanité, les êtres humains.

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