Mélenchon, Zemmour, BFM et la gauche romantique

Sur la polémique autour de la participation de Jean-Luc Mélenchon à une émission où il a affronté Zemmour, beaucoup de choses ont été écrites. On en est encore là, me dis-je? Tout le monde crie au danger -bien réel- mais chacun dans son coin coupe les cheveux en quatre et marque son petit territoire. Il n'y a donc que ça à faire?

La "gauche intellectuelle", une partie du moins, a un sacré problème. Elle se veut proche du "peuple", se plaint de sa dépolitisation, du fait qu'il s'éloigne d'elle (les ingrats...), mais ne veut fréquenter que les salons mondains où l'on parle comme il s'agit de parler (comme eux quoi...).

Pourtant Bourdieu, vers la fin de sa vie, avait bien dit la nécessité, après s'être longtemps tenu à distance des médias par souci de respectabilité scientifique et de recul, d'investir ces lieux qui sont devenus, quoiqu'on en dise ou pense, un lieu privilégié de l'expression politique.

Il y a quelque chose d'une posture aristocratique à se tenir dans le ciel pur des Idées, au chaud dans les salles de colloques, à rester pour tout dire entre soi, quand le jeu se fait, de toute évidence, ailleurs. Mais c'est un entre-soi qui tourne de plus en plus à vide, qui s'étiole, un panier de crabe coupé de la plus grande partie de la société.

On peut être critique de Mélenchon, mais là il a raison. L'anti-fasciste qu'il est doit affronter les idées proto-fascistes de Zemmour, montrer qu'il y a en face une autre vision du monde et ce avec la plus large audience possible. Sinon quoi? Zemmour est installé dans le PAF depuis longtemps. Il n'a pas besoin de Mélenchon pour ça, pas besoin de lui non plus pour infuser ses idées.

Le problème c'est que quoi que dise ou fasse ce dernier, il y aura toujours de bonnes âmes pures, clamant le danger fasciste, plaidant le raaaaaaassemblement de la gôôôche, qui lui tireront dessus à boulets rouges (Et Mediapart semble être là pour monter tout ça en épingle, pour scinder encore ce qui peut l'être). Cherchez l'erreur... On avait eu les mêmes critiques bourgeoises avec l'interview de JLM à Gala. Rien ne change décidément. Nul doute: on ne va pas s'arrêter en si mauvais chemin. Que ne lui reprochera-ton pas dans les mois qui arrivent? La couleur de sa cravate? La forme de ses lunettes? (ce qui ne veut pas dire, faut-il le préciser, que je suis opposé à une critique, mais constructive, de JLM).

Le débat est une forme de combat. Et il faut, il fallait, y aller, même si le lieu du combat n’a pas été pas pleinement choisi. La gauche n’est plus en mesure -si elle le fût?- de choisir le terrain sur lequel elle affronte ses ennemis. On ne peut pas toujours se battre dans des conditions choisies, en position de force. On peut le regretter, rester éternellement nostalgique des années 701 : l’hégémonie culturelle (relative) est actuellement capitaliste-consumériste. C’est ainsi. La télé, et la pire qui soit, est donc en mesure de s’imposer à la démocratie comme agora, un agora encore davantage envahi de capeloï que dans l’antiquité.

C’est regrettable mais s’il l’on déserte le terrain, que le terrain soit virtuel ou réel, le remède sera pire que le mal : des gens qui n’ont que peu d’accès à une pensée de gauche en seront tout à fait écartés. Il faut y aller, et tenter de faire vaciller le machin en en dévoilant les ficelles. Facile à dire. C’est ce qu’essaie de faire Mélenchon. Il le fait bien, il le fait mal ? Le problème est surtout qu’il est l’un des très rares à tenter de le faire.

Et qu’ici comme ailleurs, parler, parler, au chaud pour encore quelque temps, est facile.





1 Il faudrait au passage que cette gauche amphigourique, compassée, faussement fraternelle et vraiment paternaliste -pour lâcher encore ce gros mot, bourgeoise-, fasse son auto-critique : pour une grande partie, elle ne connaît que bien peu le petit peuple, sinon sous forme d’image.

g

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.