Pourquoi le CRIF ment-il aux juifs de France ?

Pour défendre l'indéfendable, le CRIF n'a d'autre solution que de mentir. Exemples.

Le CRIF, se prétendant être le défenseur exclusif de tous les juifs de France, s’est en réalité spécialisé dans la défense quasi exclusive d’une idéologie : le sionisme.

Certes si elle est adoptée par une partie des juifs français, cette idéologie est cependant très loin d’être la seule qu’ils partagent, ni une vision qu’ils seraient les seuls à avoir en partage. Le sionisme est récent, né dans la fratrie du nationalisme et du colonialisme qui ont submergé l’Europe au XXème siècle avec les conséquences que nous savons. Pendant des siècles la culture et la religion des juifs ont pu s’épanouir en dehors d’un sionisme inexistant. Aujourd’hui de nombreuses communautés juives dans le monde, surtout les jeunes, prennent de plus en plus de distance avec cette idéologie, bien souvent au nom de leur croyance, mais aussi pour des motifs humanistes.

D’autres groupes sociaux que les juifs, et même parmi elles certaines qui professent des idéologies ou croyances hostiles aux juifs, peuvent partager l’idéologie sioniste. Le cas le plus connu est celui de certains évangélistes nord-américains. Le Président des USA a par exemple déclaré avoir déplacé l’ambassade des USA à Jérusalem pour satisfaire cette fraction fidèle de son électorat.

En conséquence de ce choix idéologique, le CRIF s’est donc donné pour mission de s’en prendre à ceux qui, juifs ou non, combattent l’idéologie sioniste. À ce titre il taxe les premiers de « mauvais juifs ayant la haine de soi », les seconds, sans discussion ni distinction possible, d’être des « antisémites ».

Dans ce combat obsessionnel, mené avec le soutien et inspiré, est-il besoin de le préciser, par Israël est ses agences (Elnet…), le CRIF remportent quelques victoires. Il garde une certaine crédibilité auprès d’une large fraction de la classe politique encore imprégnée d’idées colonialistes et qui, à ce titre, voit d’un œil complaisant la colonisation de la Palestine, pièce maîtresse dans le contrôle qu’elle souhaite exercer sur la région et ses ressources naturelles stratégiques. Cette fraction étant largement représentée au sein du pouvoir actuel, les soutiens à Israël n’y manquent pas.

Une de ces victoire, entre autres, est la possibilité qui demeure d’importer en France des marchandises et services illégalement produits dans des colonies israéliennes. Certes une obligation d’étiquetage, évidemment peu respectée, laisse au citoyen consommateur le soin de faire sa propre police. On imagine l’extension de ce genre de politique à tous les produits illicites ! À quand le libre accès à la cocaïne, pourvu que son caractère illégal soit mentionné sur le paquet ??? Avec un effet certainement stupéfiant…

Même quand il s’adresse aux pouvoirs publics, certains « succès » du CRIF ressemblent furieusement à des victoires à la Pyrrhus. Ainsi a-t-il réussi à faire voter par l’Assemblée Nationale une résolution favorable à ce qu’il prétendait être la « définition IHRA » de l’antisémitisme. Définition en fait manipulée et affublée d’exemples tendant à, évidemment, qualifier d’antisémites les adversaires du sionisme. Victoire apparente donc, loin de l’adoption de la loi qu’il souhaitait. Résolution votée par un très faible nombre de députés, la plupart ayant préféré ne pas s’exprimer. Résolution surtout amputée des exemples comme l’a précisé le rapporteur de la résolution avant le vote. Opération qui aura surtout permis à beaucoup de députés de constater à quel point les porteurs de la résolution, y compris dans leurs rangs, faisaient peu de cas de nos libertés d’opinion et d’expression.

Mais il est des terrains sur lesquels le CRIF encaisse défaites sur défaites : celui du Droit et celui de l’opinion publique.

En matière de Droit, sa défaite récente la plus éclatante est le jugement de la Cour Européenne des Droits de l’Homme - CEDH condamnant la France pour ne pas avoir respecté la liberté d’opinion de militants qui avaient appelé au boycott d’Israël. Le CRIF n’était pas partie civile, mais nous verrons plus bas qu’il s’est largement impliqué dans ce dossier, dont le résultat n’est évidemment pas à porter au crédit de la France dont, il faut le rappeler, la classe politique est encore imprégnée de colonialisme.

Dans le sillage de cette décision le gouvernement s’est vu contraint de rejeter la demande écrite formulée par la députée Aurore Bergé (LREM) visant à mettre fin aux financements de l'Agence française de Développement accordés à la Plateforme des ONG pour la Palestine. Madame Bergé est l’un des soutiens les plus actifs du CRIF, présidente du groupe d'amitié France-Israël de l’Assemblée Nationale. Elle a ainsi déclaré, lors d’une de ses nombreuses visites en Israël, sur un site de colonisation extrêmement controversé où Israël conduit des « fouilles archéologiques » qui sapent les maisons des palestiniens : « Israël est un pays ami et allié et notre enjeu est de banaliser les relations entre les deux pays indépendamment du conflit israélo-palestinien ». Quoi de mieux, face à une réalité dérangeante, que de détourner hypocritement le regard ?

Mais c’est surtout sur le front de l’information et de la compréhension de la nature du régime sioniste par la population française que le CRIF enregistre ses plus gros revers. Ceci malgré, et nous y reviendrons, le peu d’empressement d’une partie des médias à informer correctement leur public sur le sujet. Car, face à la crudité de la réalité, le voile jeté par l’avalanche de fantasmes historico-religieux, la distorsion du sens des mots, les calomnies, finit par se déchirer. Plus personne ne croit que nous assistons à un « conflit » entre deux entités symétriques. Le terme de « colonisation » s’il n’est pas encore universellement admis se répand rapidement. Grandement aidé en cela par Israël lui-même qui a érigé la colonisation en valeur nationale par une récente loi constitutionnelle de Juillet 2018, article 7.

Où qu’il soit prononcé, le discours du CRIF ne passe plus. À chaque fois que le public a la possibilité de réagir, sur les réseaux sociaux évidemment, mais aussi en réaction aux articles publiés en ligne, via le courrier des lecteurs, sur les gradins des amphithéâtres des universités, sur les bancs des lycée, le discours falsificateur qu’il tient est vivement contesté.

S’inscrivant donc dans une démarche qui vise à faire accepter par les français un soutien à une politique manifestement aux antipodes des principes les plus fondamentaux auxquels la France se réfère, le CRIF se voit donc acculé au mensonge. Surtout à l’intention des juifs, comme le montreront les exemples qui suivent, tirés d’une interview du représentant du CRIF en Alsace par Radio Judaïca Strasbourg le 25 septembre 2020.

La transcription intégrale de cette émission figure à la fin de ce billet.

  • la jurisprudence française a condamné les appels au boycott, très clairement

Faux ! Suite aux circulaires Alliot-Marie et Mercier une centaine de procédures ont été lancées. Seules deux ou trois ont abouti à des condamnation, malgré la pression du pouvoir sur les procureurs qui furent sommé de justifier leur décision s’ils décidaient de ne pas poursuivre ! Et encore, certaines circonstances de fait ont justifié la condamnation, bien plus que le principe même d’une prétendue illégalité du boycott, illégalité que de simples circulaires ne sauraient établir.

  • Cour Européenne qui est constituée de juges de différents pays, notamment qui est influencée par le droit anglo-saxon

Tendancieux ! La cour était effectivement composée de plusieurs juges, dont un français, et la condamnation pour entrave à la liberté d’expression a pourtant été prononcée à l’unanimité. La cour a le rôle éminent de contrôler la mise en œuvre de la Convention Européenne des Droits de l’Homme dans 47 pays européens. On reste stupéfait de la légèreté de l’appréciation du CRIF par apport à la gravité de la sanction que constitue la condamnation de la violation par la France de la liberté d’expression.

  • Il n'y avait aucun intérêt à faire un appel de cette décision puisque on aboutirait à au même résultat.

Faux ! Cette affirmation vis à masquer l’échec du CRIF, dont le président national Francis KALIFAT, avait écrit au Garde des Sceaux et au Ministre des Affaires étrangères pour demander que la France forme un recours devant la Grande Chambre de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH). La France n’a pas formé ce recours voué à l’échec et qui n’aurait eu d’autre effet que de la déconsidérer un peu plus.

  • Donc il est très difficile d'attaquer les personnes qui organisent ce genre de manifestation, parce qu'en fait il n'y a pas de structure juridique en France de BDS.

Faux ! D’ailleurs la très complaisante intervieweuse n’affirme-t-elle pas que le CRIF a en face de lui des associations « qui ont pignon sur rue » ? Ce qui est bien le cas, cette fois. Il s’agit bien d’associations qui agissent en toute légalité et en toute clarté, avec des adhérents, des statuts, des responsables. Si le CRIF ne les attaque pas, c’est parce qu’il sait bien que de telles actions seraient à nouveau vouées à l’échec ! Raison pour laquelle il préfère adopter des actions plus sournoises mais d’autant plus dangereuses pour les libertés publiques.

  • Aujourd'hui les manifestations de BDS ont très très peu d’écho.

Faux ! Si cela était vrai, on se demande bien pourquoi Israël et le CRIF sont littéralement obsédés par le mouvement BDS et mettent autant de moyens pour le discréditer ! C’est la mission principale, en Israël, du ministère des Affaires stratégiques, créé spécialement à cet effet. Véritable Ministère de l’ingérence dans les affaires intérieures des autres États, fussent-ils « amis et alliés » aux yeux de Madame Bergé ! Le Ministère apporte ainsi des aides financières substantielles aux organisations qui s’opposent à BDS, sur le terrain ou sur la toile, bien sûr en bons petits supplétifs de l’action d’Israël chez ses « amis ».
Quant au CRIF, il vient tout juste de stipendier deux personnes pour réaliser un livre qui vise exactement le même objectif.
C’est beaucoup, non, pour un adversaire aussi négligeable !

  • c'est toujours les mêmes, quelques juifs d'ailleurs, certainement paranoïaques ou qui ont des difficultés avec leur identité

Faux ! Ce jugement injurieux à l’encontre de coreligionnaires ou de membres de la même communauté ne fait que marquer l’incapacité du CRIF à admettre que le judaïsme puisse exister pleinement en dehors du sionisme. Même en Israël des juifs apportent leur soutien aux palestiniens : Le rabbin Hirsch rend visite à Maher Al-Akhras, palestinien otage d’Israël, en grève de la faim. Vouloir assigner ainsi à tous les juifs une idéologie aussi délétère que le sionisme n’est pas la plus mince contribution qui puisse alimenter l’antisémitisme. À l’inverse, les grandes organisations de soutien aux Droits de l’Homme, lorsqu’elles s’opposent à la politique coloniale israélienne, prennent le plus grand soin à ne pas faire d’amalgame entre juifs et sionistes. L’on pourra bien évidemment trouver des exceptions ponctuelles et des dérapages, mais très loin du colonialisme et du suprémacisme institutionnalisés par le sionisme.

  • cela peut entraîner une certaine vision déformée d'Israël

Faux : Contrairement à Madame Bergé, il faut avoir le courage de regarder la totalité de la réalité d’Israël, si on veut avoir un espoir de remédier à ce quelque chose de pourri au royaume de David.

  • Et cela peut entraîner des conséquences graves : je veux revenir sur l'actualité récente de ce jeune graffeur qui travaillait pour la ville, qui a été agressé parce qu'il portait un T-shirt Israël.

Attention ! C’est bien CRIF qui fait perpétuellement et systématiquement un amalgame abusif « juif » = « Israël » !!! C’est bien en raison de cet amalgame que des juifs sont mis en cause à raison de la politique israélienne avec laquelle certains souhaiteraient certainement n’avoir rien à voir. C’est cette assignation collective qui est délétère. Que le CRIF arrête de faire croire que tous les juifs sont par essence inféodés à Israël ! Surtout, que la France cesse de se prêter à ce jeu dangereux…
N’inversons pas les rôles. Ce n’est pas la vérité des mots qui déclenche de la violence, c’est la réalité d’une violence originelle illégitime et impunie.

  • Et là le CRIF veille particulièrement à chaque fois intervenir auprès des rédactions, auprès des médias. Les DNA, par exemple, reprennent, très souvent les articles de l'AFP, l'Agence France-Presse, donc qui n'est pas l'agence France-Palestine comme certains disent

Exact ! On peut très sûrement n’avoir aucun doute sur le fait que le CRIF fasse pression sur les médias ! Pas vraiment dans le sens de la liberté de la presse ou pour pousser à une information pluraliste, c’est également assez évident aussi ! Les DNA et l’AFP seront certainement ravis de lire ces lignes. Le CRIF est décidément un mauvais conseiller, dénué de la moindre reconnaissance envers ses interlocuteurs, qui seraient bien mal inspirés s’ils suivaient ses recommandations.

  • le Parti communiste est toujours présent, il est actuellement au pouvoir à la Ville de Strasbourg, élu démocratiquement avec la coalition donc derrière Madame Barseghian.

Faux ! La majorité municipale strasbourgeoise est massivement écologiste. La seule élue communiste, Madame Hülliya Turan, n’a toujours pas été surprise dans les couloirs de la mairie un couteau entre les dents… mais il est vrai qu’elle a réussi, avec la majorité, à faire pièce à une tentative d’instrumentalisation de l’incident ayant touché un jeune graffeur (Cf. l’interview), tentative visant à rendre les défenseurs des Droits de l’Homme responsables de ce délit... D’où l’acrimonie du CRIF envers Madame Barseghian et son équipe.

En conséquence logique et implacable de son soutien à Israël, le CRIF se voit contraint de dissimuler la réalité de la nature de ce régime, donc de mentir. Car les dirigeants d’Israël mènent une politique d’extrême droite qui, en politique intérieure, a justifié la mise en place d’un cordon sanitaire pour s’en prémunir. Hélas, le soutien de la majorité politique à Israël offre un boulevard à l’importation et la diffusion, à partir de l’étranger, des idées qu’elle prétend combattre ici.

Manuel Valls, patriote d’occasion à peine de retour en France, en désignant la « mouvance décoloniale » comme son ennemie , démontre si besoin était la persistance de l’idéologie coloniale dans la classe politique française biberonnée aux dîners et autres surprise parties du CRIF. Une de ses toutes premières interventions sera de plaider en faveur du parachèvement du projet colonial sioniste.

Broken Heart


Transcription de l'interview

Mon invité de la rédaction aujourd'hui et Pierre Haas le délégué régional du CRIF Alsace, le Conseil Représentatif des Institutions juives de France, à propos des associations qui ont pignon sur rue comme France-Palestine Solidarité ou Info Palestine qui soutiennent ouvertement le BDS Boycott Désinvestissement Sanction. Un appel au boycott des produits israéliens. Alors ce genre d'associations qui étaient présentes au village des associations à Strasbourg la semaine dernière arboraient même des T-shirts où l’on pouvait lire « Boycott Israël apartheid ». Voilà pour la situation qui nous fait réagir aujourd'hui. Pierre Haas bonjour.

Bonjour. Merci de m'accueillir.

Le boycott d’Israël est assimilé à une manifestation d’opinion politique protégée par la liberté d'expression, alors quand même temps la Cour reconnaît le caractère discriminatoire, on en est où aujourd'hui ?

Alors on est dans une situation juridique assez délicate, pourquoi ? Parce que en effet la jurisprudence française a condamné les appels au boycott, très clairement, et il est interdit en France de faire des appels générals [sic] au boycott d'Israël tel que le fait le mouvement BDS actuellement. Le problème, c'est qu'en effet le mouvement a fait un recours auprès de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, Cour Européenne qui est constituée de juges de différents pays, notamment qui est influencée par le droit anglo-saxon et comme vous savez le droit anglo-saxon mets en avant une liberté beaucoup plus grande d'expression et est attachée à cette liberté d'expression que vous retrouvez donc aux États-Unis mais aussi en Angleterre où vous pouvez dire des choses que vous pensez peut-être et qui sont horribles et que en France nous réprimons. De ce fait là la Cour Européenne des Droits de l'Homme a considéré que c'était une opinion de vouloir défendre les Palestiniens à travers ce boycott et nous sommes donc coincés juridiquement par cette décision. Il n'y avait aucun intérêt à faire un appel de cette décision puisque on aboutirait à au même résultat. Donc le gouvernement français n'a pas fait appel de cette décision. Par contre le CRIF a joué son rôle pour essayer de faire réfléchir actuellement la Chancellerie et le gouvernement pour modifier le droit de façon à trouver une solution juridique à condamner ces éléments qui troublent profondément la communauté juive et exaspèrent évidemment notre communauté et nos sympathisants de par le fait qu'elle rappelle les pires heures que les Juifs ont connu en Europe, avec un appel donc général boycott des produits d'Israël mais aussi un rejet de tout ce qui est culturel, sportif et spectacle. Donc c'est inadmissible pour nous.

Mais l' appel au boycott, le lien entre antisioniste, antisémitisme, haine, des actes de violence envers les Juifs c'est avéré. Ce boycott là amène à une autre forme de haine.

Totalement c'est là où il faut faire attention. Donc le mouvement BDS c'est [c'est] en fait c'est un slogan, il n'a pas de personnalité juridique. Donc il est très difficile d'attaquer les personnes qui organisent ce genre de manifestation, parce qu'en fait il n'y a pas de structure juridique en France de BDS. C’est un collectif de [Deeks ?] associations. Alors vous avez des très petites associations qui sont créées pour défendre les Palestiniens, mais vous avez aussi des organismes plus politiques, des organismes syndicaux qui sont plutôt à gauche, qui trouvent logique de défendre dans leur esprit politique ou syndical le peuple le Palestinien, en oubliant la légitimité d'Israël à être sur cette terre. Donc il y a cette difficulté juridique et ensuite il faut se rendre compte aussi de l'évolution des choses. Aujourd'hui les manifestations de BDS ont très très peu d’écho. Alors le problème, c'est de ne pas surévaluer ce genre de manifestation, mais ne pas aussi sous-évaluer l'action de BDS sur le long terme. C'est-à-dire que quand ils font des manifestations ils sont très peu nombreux, c'est toujours les mêmes, quelques juifs d'ailleurs, certainement paranoïaque ou qui ont des difficultés avec leur identité, et puis quelques personnes marquées à l'extrême gauche qui se qui se retrouvent. Très peu d'impact dans la population quand ils interviennent mais par contre un gros impact auprès de la communauté, parce que ça nous blesse, c'est clair. Et malheureusement donc, devant ce peu d'impact, les autorités et la sécurité publique, ne fait rien pour empêcher ces manifestations parce que concrètement, il n'y a pas d'impact. Mais comme vous l'avez souligné, sur le long terme il y a la diffusion d'une propagande terrible, qui est celle de l’assimilation d'Israël au système d’apartheid et cette diffusion de boycotter tout ce qui pourrait venir d'Israël. Donc évidemment sur le long terme cela instille beaucoup auprès de la population et cela peut entraîner une certaine vision déformée d'Israël contre lequel nous devons lutter très clairement en montrant le vrai visage d'Israël.

Donc cette organisation, ces associations que vous citiez portent le BDS, souvent sur des t-shirts, sur des pancartes, et ont pignon sur rue, je le disais, au Village des Associations, place Kléber souvent le samedi après-midi, une bande de personnes réunies et qui appellent au boycott d'Israël et là, toujours pareil, sur la voie publique. On peut rien faire ?

Le problème, c'est que quand ils se présentent il se présentent à un stand pour défendre les intérêts de la Palestine, ce qui est leur droit, leur opinion, c'est tout à fait légitime et nous pouvons rien faire contre cette situation. Et s'ils pouvaient défendre mieux les Palestiniens, peut-être qu'il aideraient Israël à défendre les Palestiniens parce que quand on voit comment les Palestiniens sont traités dans d'autres pays arabes, on peut se poser des questions. M’enfin la question n'est pas là. Le problème, c'est que bien souvent ils dérivent avec en effet ce T-shirt et j'en ai parlé justement à l’Adjointe Madame Nadia Zourgui, Adjointe donc au Maire en charge de la tranquillité et de la sécurité publique pour le compte de la commune et elle reconnaît que le stand en lui-même ne pose pas de problème mais les T-shirts qui étaient portés, les discours appelant au boycott, posent un problème. Et c'est un problème donc comme je l'ai dit auparavant de petit travail d'assimilation et de réflexion qui est faite auprès des personnes qui ne connaissent pas le conflit, qui ne connaissent pas l'histoire de ce conflit et qui petit à petit ont une vision déformée de la réalité. Et cela peut entraîner des conséquences graves : je veux revenir sur l'actualité récente de ce jeune graffeur qui travaillait pour la ville, qui a été agressé parce qu'il portait un T-shirt Israël. À savoir que c'est la conséquence directe de la délégitimation d’Israël et du fait de la démonisation de l'État d'Israël qui entraîne ce genre de comportement de ces personnes. Si vous regardez toujours dans l'actualité récente nous avons le procès de l'hyper cacher, les complices donc du tueur de l'hyper cacher, il est clair dans les débats que ce tueur est venu, a demandé la religion des personnes, leur a dit qu'ils savaient pourquoi il venait, a justifié ces meurtres par ce qui se passait en Palestine. Donc cela participe bien à l'ensemble de la diffusion de ce discours de rejet d'Israël qui est fait par une certaine frange d'activistes et de militants ; pour lequel donc il faut absolument en effet qu'on trouve des solutions pour les remettre dans le cadre de la loi.

J’ai une question très naïve : mais quand place Kléber, il y a une tente avec des gens qui arborent un T-shirt « boycott Israël » ou « Israël apartheid », est-ce que vous pourriez envisager de discuter frontalement avec ces personnes pour leur demander leur réelle motivation ?

Alors les militants actuels ce sont des idéologues sur, en Alsace, ce sont principalement, ils sont pas dangereux en terme de violence. Voilà, ce sont vraiment des gens qui considéraient peut-être à une époque que de l'autre côté du rideau de fer, c'étaient des vraies démocraties populaires. Bon s'ils le croient tant pis pour eux et aujourd'hui ils croient qu’Israël n'existe que pour faire souffrir les Palestiniens en oubliant totalement la réalité de 20 % de la population arabe israélienne. Bref, on peut discuter mais on perd son temps. Avec la précédente municipalité lorsque apparaissaient des appels clairs au boycott, nous pouvions les contacter pour faire intervenir la police. Nous allons espérer qu'avec cette municipalité dès que nous arriverons à les convaincre à faire la différence entre la discussion sur le problème palestinien qui reste un problème, vraiment pour les arabes d'ailleurs plus que pour Israël. Pour le Liban, pour la Syrie, pour la Jordanie. Oui, c'est un problème, le problème palestinien, mais nous espérons que ces gens puissent s'exprimer mais ne plus violer la loi française qui est celle de l'appel au boycott et de la discrimination globale et générale vis-à-vis d'Israël qui n'est même pas donc l'état d'Israël mais bien Israël, ce sont bien les enfants d'Israël.

Pour préparer mon papier j'ai cherché qui parle effectivement du BDS et en quels termes et c'est vrai qu’il y a certains papiers, plutôt de gauche, mais certains journaux, qui ont l'air d'avoir des partis pris.

C'est très délicat de présenter le problème israélo-palestinien parce que il est… c'est un problème sensible qui touche plusieurs aspects : l'aspect religieux, l'aspect territorial, l’aspect de civilisation aussi par rapport à certaines théories sur les civilisations actuelles, donc c'est clair que c'est un sujet sensible qui doit nécessiter une réflexion de fond de la part des journalistes, c'est leur métier et une présentation neutre parce que c’est un conflit étranger au territoire français. Malheureusement, en effet, il y a une élite de gauche bien-pensante qui a cru trouver dans le problème palestinien un des éléments emblématiques des difficultés que peuvent rencontrer que l'on rencontre dans le monde musulman et qui donc est présent aussi dans les cités puisque nous avons une minorité musulmane importantes en France. Que nous devons intégrer dans nos valeurs de la République. D'où les réflexions actuellement sur la loi sur le séparatisme sur lequel travaille le gouvernement qui là aussi est très sensible, très sensible, il faut bien trouver les mots, mais ne il faut pas avoir peur des mots et on se rend compte aujourd'hui qu’en effet certains médias, mais plus que les médias, plus ce qui m'inquiète c'est que ces médias ont des impacts au niveau de la population mais aussi rejoignent une certaine politique pro-arabe qui a toujours été réalisée par le Quai d'Orsay qui considère que la francophonie aide au développement d'une relation particulière entre la France et les pays du Maghreb ou du Liban. On l'a vu encore récemment avec le président de la République qui est venu au Liban comme si c'était un pays dépendant un peu de la France alors que c'est un pays autonome et souverain, mais qui a de grandes difficultés, très clairement, et qui est d'ailleurs une victime collatérale du problème israélo-palestinien. Le Quai d'Orsay a cette politique : ça influe sur les médias, ça influe sur la politique de la France et je vous avoue que lorsque j'ai participé à des cours à Science Po Strasbourg, j'étais très surpris, non pas de la politisation des étudiants, parce que si ils étudient la politique, c'est qui sont passionnés et qu'ils vont former les cadres des politiques, des futurs politiques, mais de leur approche très partisane aussi sur le conflit israélo-palestinien. Et là le CRIF veille particulièrement à chaque fois intervenir auprès des rédactions, auprès des médias. Les DNA, par exemple, reprennent, très souvent les articles de l'AFP, l'Agence France-Presse, donc qui n'est pas l'agence France-Palestine comme certains disent, mais c'est vrai que bien souvent ils essayent de chercher une certaine neutralité mais c'est un sujet sensible. Il faut passer au-delà de cette sensibilité pour comprendre l'intérêt à long terme de revenir à une meilleure explication du conflit. Mais on voit qu’on avance quand même puisque l'évolution avec le traité de paix signé avec certains pays arabes et les bonnes relations qui s'établissent entre Israël et certains pays arabes relativise tout à fait l'approche primaire qui a été faite par une certaine gauche qui n'a jamais compris la complexité du Proche-Orient.

Pierre Haas, juste une dernière question par rapport au boycott. Est-ce que vous êtes plutôt optimiste quant à l'éradication de ce mouvement ?

Alors, c'est un combat de long terme… Vous voyez, le Parti communiste. Le communisme s'est écroulé avec la chute du mur et pourtant le Parti communiste est toujours présent, il est actuellement au pouvoir à la Ville de Strasbourg, élu démocratiquement avec la coalition donc derrière Madame Barseghian. C'est vraiment un combat de long terme qu'il faut mener qui va être très très long, mais j'ai confiance évidemment en l'évolution de notre société pour arriver à rétablir la vérité. Je pense au combat entre Raymond Aron et Jean-Paul Sartre, comment Raymond Aron a été vilipendé et en fait c'est lui qui avait raison. Alors c'est pas grave si aujourd'hui on nous traite mal, le CRIF et Israël sont maltraités mais l'important c'est qu'à la fin Israël reste.

Pierre Haas, délégué régional du CRIF Alsace, le Conseil Représentatif des Institutions juives de France. Merci.

Merci.

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