Révolution!

2017: Centenaire de la révolution d'octobre 1917! Élection de l'auteur de : Révolution" ! Réflexions autour d'un mot.

Révolution !
2017 est l'année anniversaire de celle d'octobre. Cette révolution a été la première. Première en ceci qu'elle a décidé l'abolition de la propriété privée à l'échelle d'un pays et qu'elle l'a réalisée victorieusement. D'autres, comme la Chine, ont suivi cette voie.
Ces victoires ont pris fin après 70 ans d'un combat permanent contre les partisans de la propriété privée.
Ces derniers n'ont cessé de tout mettre en œuvre pour détruire les effets de ces révolutions, provoquant des guerres sur la planète entière, persécutant leurs partisans, ajustant leur politique afin de corrompre ceux qui étaient tentés de les rejoindre.
Aujourd'hui nous sommes bien obligés de faire le constat d'une victoire planétaire de la contre révolution. Mais cette victoire politique et économique du capitalisme ne lui suffit pas. Ses partisans veulent faire disparaître l'idée même de ces révolutions qui ont supprimé la propriété privée sur la moitié de la planète pendant plusieurs décennies. Que cela ait existé les terrifie au point qu'ils veulent en faire disparaître jusqu'au souvenir, qu'ils veulent naturaliser la propriété privée et ainsi faire que toute tentative qui prétendrait y échapper soit vue comme un artifice mortifère. Le mot "totalitaire" a été utilisé à cette fin. Il est brandi comme un fétiche destiné à éloigner tout partisan de l'abolition de la propriété privée. Et le nom que ces derniers se sont donnés, le nom de communistes, ils veulent en faire le nom du plus grand risque, porteur de terreur, de misère et de mort. Qu'il ne reste du communisme que le souvenir confus d'un massacre né du cerveau malade de quelques idéalistes, voilà ce à quoi travaillent avec acharnement les tenants de la propriété privée. Et c'est ce qui unit toutes les forces politiques qui se disputent le pouvoir d'état à travers le monde. Cette révolution, celle qui exige sans concession la suppression de la propriété privée, le monde capitaliste s'acharne à extirper des esprits l'idée même de sa possibilité. Et il est en passe d'y parvenir.
Fort de sa victoire, il tente de s'emparer de mots qui étaient ceux des communistes, de les vider de leur sens, de ce qui les rattachait à l'idée communiste.
Ainsi, en France, on a vu celui qui a été élu président en 2017, année du centenaire de la révolution d'octobre, publier un livre qui titre "Révolution". Titre qui fut impossible du temps où les états socialistes existaient encore et où l'idée communiste avait ses partisans organisés. Mais aujourd'hui l'auteur de ce livre, qui a su s'emparer du pouvoir par les élections en évinçant tous les partis traditionnels, et qui ne cache pas son intention d'utiliser ce pouvoir pour modifier profondément les institutions, monsieur Macron, se réclame d'une révolution. Et il le fait avec la bonne foi de ceux qui sont devenus adultes quand le monde communiste s'effondrait.
Ceux qui, intellectuels de l'ombre, faisaient disparaître la Commune de Paris des manuels scolaires, ramenaient 1830 et 1848 à un combat pour le droit de vote, présentaient mai 1968 comme les frasques de petits bourgeois avides de libération des mœurs, rassemblaient nazisme et communisme sous le mot "totalitarisme", effrayaient avec le nom de Pol Pot, celui de Staline, celui de Mao confusément mêlés dans le bain de sang de massacres et les cadavres de camps, ceux-là ont mené à bien le travail de sape de ces dernières décennies.
Et ceux qui, ne niant rien des horreurs, tentaient cependant d'y faire quelques clartés, d'en démêler la confusion, étaient sitôt repoussés comme dangereux pervers. Dire Staline, Goulag ou Révolution Culturelle devait achever toute pensée.
Ainsi Macron est devenu adulte quand ce travail était déjà très avancé et que révolution pouvait se dire en un tout autre sens : un chambardement des règles qui gouvernent le capitalisme pour permettre à chacun d'être fils de ses œuvres, de pouvoir rêver l'avenir sous le mot d'ordre réactivé : " Enrichissez-vous". Macron y croit : la révolution c'est la possibilité pour chacun de créer sa start-up! Cela provoque le sourire amusé des plus anciens et l'adhésion enthousiaste de quelques ambitieux, laisse dans une expectative prudente la plupart des gens, soulève parfois l'indignation, mais que le mot révolution ait été employé n'est pas en cause. Ce qui est en cause c'est la capacité de la mener à bien ou la sincérité de ceux qui la proclament. C'est que la suppression de la propriété privée qui fut l'élément essentiel de la Révolution d'Octobre 17, l'idée même en a quasiment disparue.
Mais pas totalement! Et il est de la plus grande nécessité que cette idée ne disparaisse pas. Nous ne savons que trop à quelles perspectives guerrières conduisent les rivalités et les ambitions toujours plus grandes des partisans de la propriété privée. Aujourd'hui le capitalisme triomphe sur la planète, c'est une mauvaise nouvelle, un conflit mondial est grandement probable.
Mais seulement probable, il est de notre responsabilité, en reprenant le flambeau de l'abolition de la propriété privée et du communisme, de l'empêcher.

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