Menacé de sanction pour avoir dit que Charlie est raciste ....

Dans le consensus autour de Charlie Hebdo qui s'est mis en place depuis la tragédie du 7 janvier, j'ai reçu 2 affichettes, l'une qui disait : "Charlie est raciste, sexiste, homophobe. Lisez le avant de dire que vous êtes Charlie".L'autre disant :" Nous sommes toutes celles et ceux pour qui on oublie de crier 'justice' et 'liberté'. Les 8 femmes tuées par mois en France par les coups de leurs 'compagnons'. Les 18000 sans-papiers tué-e-s au porte de l'Europe. Les pays du sud encore et toujours pillés par ceux du nord. Les manifestant-e-s assassiné-e-s et les victimes des violences policières. Les homos tabassés.". Le côté provocateur de la première affichette me paraissant atténué par la seconde, et l'unanimisme autour du journal Charlie Hebdo ayant mis ma patience à l'épreuve, je décidais de coller ces deux affichettes sur le panneau d'affichage de la salle des professeurs du lycée dans lequel je travaille, au milieu des 'unes' de Charlie et des extraits du journal. Objectif : secouer l'anesthésie cérébrale et moutonnière et provoquer de vrais débats sur ce que le drame de Charlie Hebdo et le rassemblement du 11 janvier signifiaient. Je ne fus pas vraiment surpris en constatant que les affiches avaient quasi-instantanément été arrachées. Ma surprise fut plus grande quand je fus convoqué le lendemain par le proviseur de l'établissement qui me menaça de sanction. L'échange tourna court lorsque j'assumai totalement mon acte. Je ne sais si il y aura réellement sanctions, mais c'est probable. Je me suis alors souvenu d'un temps où, élève de lycée je me faisais menacer de sanction pour être porteur d'Hara-Kiri. Aujourd'hui critiquer Charlie Hebdo est anti-républicain! Je ne suis pas certain que les dessinateurs de ce journal revendiquent cette place. Mais ils l'ont! Que l'emblème de la France soit devenu Charlie-Hebdo dont un des emblèmes est le dessin de bites (il en ont déjà dessiné plein dans le ciel où ils sont) me fait penser à la pièce de Jean Genet : "Le Balcon" dans laquelle le chef de la police, après avoir désespérément cherché son emblème crie son bonheur de l'avoir trouvé : un phallus géant . Sous l'emblème de la bite, méfions nous qu'il n'y ait le réel de la violence contre les peuples et d'une répression  aggravée. Les mesures prises au lendemain du 11 janvier semblent bien aller dans ce sens. Et ma petite mésaventure indique à quel point la liberté d'expression est ... relative.

 

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